CINETUDES
Vendredi 16 Mai 2008
12:35

Aldrich : Présentation - 1e (1954)


Dans la première partie de ce dossier nous allons, à travers une sélection de films représentatifs, tenter de cerner le maître et son œuvre.

Nous analyserons ensuite à travers six films (tous édités en Zone 2), les thématiques de l'auteur et sa conception de la mise en scène et du cinéma : Bronco Apache nous permettra d'étudier les rapports d'Aldrich avec le western, et plus largement avec le cinéma de genre. Vera Cruz nous introduira à la figure récurrente du duel et au héros chez Aldrich. Avec En Quatrième Vitesse c'est sa vision politique et sociale que nous essaierons de cerner ainsi que sa conception de la mise en scène. Attack ! ouvrira sur la théâtralité chez Aldrich, puis sur sa vision de l'individu et du groupe. Les Douze Salopards seront l'occasion de parler de la violence et plus largement du film de guerre. Et enfin avec Fureur Apache nous étudierons l'évolution de la carrière du cinéaste depuis Bronco Apache et éclairerons la dernière partie de son œuvre.




Aldrich : Présentation - 1e (1954)
Robert Aldrich est né à Cranston (Rhode Island) le 9 août 1918. Il meurt à Los Angeles (Californie) en 1983.

Robert Aldrich épouse par son parcours toute l'histoire du cinéma d'après guerre. Le début de sa carrière se fait dans le cadre d'un cinéma de genre proprement Hollywoodien (le western avec Bronco Apache et Vera Cruz, le film noir avec En Quatrième Vitesse, le film de guerre avec Attack !) donnant la part belle à l'action et au rythme. Mais dès ses premiers films, Aldrich se présente comme un franc tireur, qui avec une audace inouïe fait exploser ces genres par une invention formelle, un dépassement des archétypes, une complexité dans la caractérisation des personnages. Sa famille de cinéma est celle d' Anthony Mann, de Samuel Fuller, de Nicholas Ray, des cinéastes qui ont révolutionné le cinéma américain en innovant, bouleversant de fond en comble les codes établis par le "vieil" Hollywood et par là précipité sa chute.

A la fin des années 50, la fin de cet âge d'or s'accompagne d'une crise durable, que Robert Aldrich subit de plein fouet. Ce sont des productions de plus en plus bas de gamme qui s'expatrient hors du sol américain. Aldrich traverse donc son désert fait de films sans ambition, d'éviction de tournage, jusqu'à un improbable péplum. Il faut attendre Les Douze Salopards et son succès public considérable pour qu'Aldrich retrouve une indépendance totale lui permettant de réaliser ses œuvres les plus personnelles, du Démon des Femmes en 1968 à Fureur Apache en 1972. Des films d'une violence de plus en plus exacerbée, qu'elle soit psychologique ou physique, hantés de personnages névrosés, où la folie et la vulgarité sont les révélateurs implacables de nos propres vices, de nos désespoirs.

Les dernières années de l'œuvre d'Aldrich sont malheureusement ponctuées de ratages publics et critiques, parfois justifiés. Mais toujours Aldrich rebondit, frappant là où on ne l'attend pas, avec une vivacité intacte jusqu'à son dernier film le magifique Deux Filles au Tapis en 1981. Il s'éteint deux ans plus tard à Los Angeles.



WORLD FOR RANSOM (Alerte à Singapour)

Aldrich : Présentation - 1e (1954)
Etats-Unis - 1954

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Hardy Lindsay, Butler Hugo

Avec : Duryea Dan, Lockhart Gene, Knowles Patric, Denny Reginald, Bruce Nigel, Carr Marian, Dumbrille Douglass, Luke Keye, Lung Clarence, Nova Lou, Shields Arthur

Image : Biroc Joseph - Production designer : Glasgow William - Décors : Offenbecker Ted - Montage : Luciano Michael - Musique : De Vol Frank - Production : Aldrich Robert, Tabakin Bernard

Lorsque Robert Aldrich tourne en 1954 son deuxième film (après The Big Leaguer l'année précédente) cela fait déjà 13 ans qu'il travaille à Hollywood. Employé à la production, script, administrateur délégué, il devient très rapidement premier assistant pour d'illustres cinéastes (Lewis Milestone, John Cromwell, Albert Lewin, William Wellman…). En 1952 et 1953, il travaille pour la télévision en tant que scénariste et réalisateur. C'est le succès de la série télévisée China Smith qui va lui permettre de réaliser Alerte à Singapour. On retrouve d'ailleurs dans le rôle principal Dan Duryea, déjà acteur sur la série, Bernard Tabakin comme co-producteur ainsi que Joseph F. Biroc qui sera son chef opérateur de prédilection tout au long de sa carrière et ce jusqu'à son ultime film Deux Filles au Tapis.

Le film est co-écrit par Hugo Butler (non crédité au générique, ce scénariste connu pour ses idées de gauche ayant été mis sur la liste noire en 1951), que Robert Aldrich a certainement rencontré sur les tournages de l'Homme du Sud de Jean Renoir et du Rôdeur de Joseph Losey (pour qui il éprouvait un énorme admiration), où il officiait en tant qu'assistant réalisateur. Ils collaboreront de nouveau sur Feuilles d'Automne, Sodome et Gomorrhe et Le Démon des Femmes. Clairement progressiste et frondeur, Robert Aldrich après avoir été assistant pour trois victimes du maccarthysme (Charles Chaplin, Joseph Losey et Abraham Polonsky), n'hésitera pas à travailler avec des blacklistés, tel Dalton Trumbo sur El Perdido.

De prime abord, World for Ransom est un film répondant aux canons du film noir (ici associé au film exotique) : Mike Callahan, un privé installé à Singapour, est plongé dans une enquête complexe, réunissant tous les ingrédients (complots, trahisons, bagarres, femme fatale… ) et les décors classiques du genre (ruelles obscures, bars louche, ville plongée dans la nuit…). Mais déjà on trouve en germe ce qui sera des constantes chez Aldrich et qui préfigure notamment un de ses futures chefs-d'œuvre En Quatrième Vitesse : ruptures de ton (le film se fait récit d'espionnage avec l'arrivée d'un savant atomiste), détective cynique et glacial qui trouvera son accomplissement dans le personnage de Mike Hammer, recherches formelles sur le cadre dont le but premier est de trancher avec la réalisation sans relief de la série télé. Tout cela concourt à transformer une banale série B en véritable film d'auteur, prémices d'une œuvre en devenir, déjà marqué par la personnalité d'un des plus grand réalisateur du XXème siècle.



APACHE (Bronco Apache)

Aldrich : Présentation - 1e (1954)
Etats-Unis - 1954

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Webb James R. d'après le roman de Paul I. Wellman

Avec : Lancaster Burt, Peters Jean, McIntire John, Bronson Charles, Dehner John, Guilfoyle Paul, MacDonald Ian, Sande Walter, Ankrum Morris, Blue Monte

Image : Laszlo Ernest - Production designer : Remisoff Nicolai - Décors : Kish Joseph - Montage : Crosland Jr. Alan - Son : Solomon Jack - Musique : Raksin David - Production : Hecht Harold, Lancaster Burt

Après la capitulation du chef Apache Géronimo le 14 avril 1886, Massaï (Burt Lancaster) refuse la reddition de son peuple et s'enfuit du convoi qui le menait à une réserve Indienne. Une longue traque commence.

En se penchant sur la misère d'un peuple Indien décimé, déraciné et parqué, Robert Aldrich en mettant en scène un scénario de James R. Webb (qui participera à l'écriture de son prochain film Vera Cruz) réalise un des premiers western antiraciste, genre initié en 1950 par La Flèche Brisée de Delmer Daves (James R. Webb écrira par ailleurs Les Cheyennes, autre grand western pro-indien, réalisé par John Ford en 1964). Plus radical que Daves, Aldrich déclarait associer les trains de déportés Indiens à ceux de l'Allemagne Nazie. Une mise en scène pleine de sensibilité nous fait ressentir un grand sentiment d'injustice et nous fait partager la haine et la révolte de Massaï. Mais Robert Aldrich, en grand pourfendeur d'un manichéisme confortable et bien-pensant, rend impossible l'identification totale du spectateur à ce héros à l'orgueil démesuré, au comportement brutal envers sa compagne Nalinle (Jean Peters).

Robert Aldrich ne tombe pas non plus dans la facilité en en faisant un antihéros, mais par ce personnage et ses failles, il met le spectateur dans une situation dérangeante. Tout au long de sa filmographie, il multipliera les héros peu sympathiques, voir franchement haïssables. Des individus complexes mettant le spectateur à mal, l'obligeant à réfléchir sur ce qu'il voit, sur son adhésion habituellement totale et instinctive. Aldrich réfléchit sur ce qu'est l'héroïsme, sur ses limites et ses excès, sur les sacrifices qu'il entraîne. Massaï est ainsi emblématique du héros chez Aldrich : un homme dont le combat dérisoire est le plus souvent perdu d'avance, luttant seul, et ce jusqu'au sacrifice (Massaï était abattu dans la fin initiale, mais les Artistes Associés ont imposé un happy end, espérant ainsi adoucir la violence du réquisitoire).

Burt Lancaster est admirable dans ce rôle bigger-than-life (il a l'apparence d'un géant lorsqu'il rentre dans une maison). On le sent totalement investi dans ce film, dont il est par ailleurs producteur. Il retrouvera Robert Aldrich pour Vera Cruz, Fureur Apache (pendant à ce Bronco Apache) ou encore L'Ultimatum des Trois Mercenaires. On retrouve également dans ce film Charles Bronson, un autre habitué du réalisateur (Vera Cruz, Les Douze Salopards). Robert Aldrich aime s'entourer des mêmes acteurs, scénaristes et techniciens, fondant une véritable famille de cinéma. Ernest Laszlo signera ainsi la photo de tous ses films de Bronco Apache au Grand Couteau. La beauté de ses images achève de faire de Bronco Apache un western magnifique et passionnant.

Chronique du DVD Zone 2 sur dvdclassik



VERA CRUZ

Aldrich : Présentation - 1e (1954)
Etats-Unis - 1954

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Kibbee Roland, Webb James R. d'après une histoire de Borden Chase

Avec : Cooper Gary, Lancaster Burt, Darcel Denise, Romero Cesar, Borgnine Ernest, Bronson Charles, Montiel Sara, Elam Jack, McCallion James, Ankrum Morris

Image : Laszlo Ernest - Production designer : Ybarra Alfred - Montage : Crosland Jr. Alan - Musique : Friedhofer Hugo - Production : Hill James, Hecht Harold (co-producteur), Lancaster Burt (co-producteur)

Le film narre les péripéties de deux mercenaires, un ancien officier sudiste (Gary Cooper) et un brigand (Burt Lancaster), profitant d'une période troublée au Mexique (l'action se situe en 1866 et l'empereur Maximilien combat l'insurrection de Benito Juarez) pour essayer de faire fortune.

Aldrich : Présentation - 1e (1954)
Le scénario de James R. Webb ( Bronco Apache) et Roland Kibbee (auteur de nombreuses comédies et de films d'aventures, notamment Une Nuit à Casablanca d'Archie Mayo ou Le Corsaire Rouge de Robert Siodmak) d'après une histoire de Bordan Chase, est une merveille d'invention. Déchaîné, imprévisible, noir, violent, plein d'un humour cynique et dévastateur, jubilatoire, Vera Cruz est tout cela et bien plus encore. Ses dialogues décalés, ses personnages cupides et amoraux, ses brusques changements de rythme et de ton, en font un film charnière qui annonce l'avènement du western spaghetti.

A ces ruptures de ton et ces héros peu recommandables, Aldrich ajoute avec Vera Cruz une autre figure thématique omniprésente tout au long de son œuvre, celle des duels : d'Attaque à Baby Jane, jusqu'à l'apogée qu'est L'Empereur du Nord, ceux-ci sont l'occasion pour le réalisateur d'aller au plus près de ses personnages, dans leur folie, leurs limites et leurs doutes. Moins sombre que dans ses films postérieurs, le duo-duel Cooper/Lancaster est irrésistible et totalement jouissif (on n'a jamais vu Gary Cooper dans un tel contre emploi !). A noter la présence dans des seconds rôles d'Ernest Borgnine, acteur magnifique qui sera le plus grand fidèle du cinéaste (Le Vol du Phénix, Les Douze Salopards, Le Démon des Femmes, L'Empereur du Nord, La Cité des Dangers…). Un chef-d'œuvre inoubliable.

Chronique du DVD Zone 2 sur dvdclassik




A SUIVRE ...

Direction le forum pour en discuter



Editions DVD - Zone 2 :

APACHE (Bronco Apache)

Éditeur : MGM
Format image :
Format son : Langues et formats sonores : Français (Dolby Digital 2.0 Mono), Anglais (Dolby Digital 2.0 Mono), Allemand (Dolby Digital 2.0 Mono), Italien (Dolby Digital 2.0 Mono), Espagnol (Dolby Digital 2.0 Mono),
Sous-titres : Français, Anglais, Allemand, Italien, Espagnol, Polonais, Hongrois, Grec
Bonus : Bande-annonce


VERA CRUZ

Format écran : Cinémascope
Éditeur : MGM
Studio : Metro Goldwyn Mayer
Format image : Cinémascope - 1.98:1, Full Screen (Standard) - 1.33:1
Format son : Langues et formats sonores : Français (Dolby Digital 2.0 Mono), Anglais (Dolby Digital 2.0 Mono), Allemand (Dolby Digital 2.0 Mono), Italien (Dolby Digital 2.0 Mono), Espagnol (Dolby Digital 2.0 Mono)
Sous-titres : Français, Anglais, Allemand, Italien, Espagnol, Hollandais, Suédois, Norvégien, Danois
Bonus : Bandes-annonces



Filmographie :

The Big Leaguer (1953)
World for Ransom (Alerte à Singapour, 1954)
Apache (Bronco Apache, 1954)
Vera Cruz (1954)
Kiss Me Deadly (En Quatrième Vitesse, 1955)
The Big Knife (Le Grand Couteau, 1955)
Autumn Leaves (Feuilles d'Automne, 1956)
Attack ! (Attaque !, 1956)
The Garnement Jungle (Racket dans la Couture, 1957, écarté du tournage, non crédité)
The Angry Hills (Trahison à Athènes, 1959)
Ten Seconds to Hell (Tout près de Satan, 1959, scénario)
The Last Sunset (El Perdido, 1961)
Sodoma et Gomorra (Sodoma e Gomorrhe, 1962, co-réalisé avec Sergio Leone)
What Ever Happened to Baby-Jane ? (Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, 1962)
Four of Texas (Quatre du Texas, 1963, scénario)
Hush… Hush Sweet Charlotte ( Chut, chut, Chère Charlotte, 1965)
The Flight of the Phoenix (Le Vol du Phénix, 1965)
The Dirty Dozen (Les Douze Salopards, 1967)
The Legend of Lylah Clare (Le Démon des Femmes, 1968)
The Killing of Sister George (Faut-il tuer Sister George ?, 1968)
Too Late the Hero (Trop tard pour les Héros, 1970, scénario)
The Grissom Gang (Pas d'orchidées pour Miss Blandish !, 1971)
Ulzana's Raid (Fureur Apache, 1972)
Emperor of the North Pole (L'Empereur du Nord, 1973)
The Longest Yard (Plein la Gueule, 1974)
Hustle (La Cité des Dangers, 1975)
Twilight's Last Gleaming (L'Ultimatum des trois Mercenaires, 1977)
The Choirboys (Bande de Flics, 1977)
The Frisco Kid (Un Rabbin au Far West, 1979)
All the Marbles (Deux Filles au Tapis, 1981)





Mercredi 09 Juin 2004
Olivier Bitoun (William Lee)

Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte



Nouveau commentaire :

Nom*
Adresse email* (non publiée)
Site web

Commentaire
Me notifier l'arrivée de nouveaux commentaires
Votre adresse IP sera enregistrée avec votre message : 38.103.63.16

Dans la même rubrique :

Aldrich : Vera Cruz - 20/10/2004