CINETUDES
Vendredi 30 Juillet 2010
21:45
Robert ALDRICH

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)


Voici le 3ème volet de la présentation de la carrière de Robert Aldrich. Cette dernière partie introductive sera suivie d'une étude plus approndie sur 6 films majeurs du réalisateur, mais également car ceux-ci sont actuellement disponibles en DVD Zone 2 : Bronco Apache, Vera Cruz, Kiss Me Deadly, Attack! , Les Douze Salopards et Fureur Apache...




THE FLIGHT OF THE PHOENIX (Le Vol du Phénix)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis - 1965

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Heller Lukas d'après le roman de Elleston Trevor

Avec : Stewart James, Attenborough Richard, Finch Peter, Krüger Hardy, Borgnine Ernest, Bannen Ian, Fraser Ronald, Marquand Christian, Duryea Dan, Kennedy George, Tinti Gabriele, Montoya Alex, Bravos Peter, Aldrich William, Chase Barrie

Image : Biroc Joseph - Direction artistique : Glasgow William - Décors : Hafley Lucien - Montage : Luciano Michael - Musique : De Vol Frank - Production : Aldrich Robert, Blake Walter (producteur associé)]i

Un avion s’écrase dans le désert saharien. Poussés par la détermination de Dorfman (Hardy Kruger) qui se dit concepteur d’avions, les douze naufragés vont bâtir un avion, le Phénix, à partir des restes de l’appareil accidenté.

Robert Aldrich se sert du prétexte de ce film catastrophe pour décrire comme dans Attaque ! ou dans son film suivant Les Douze Salopards, les individualités qui composent un groupe d’hommes. Ce sont les échanges, les tensions, les émulations entre les personnages qui intéressent le cinéaste. Le spectateur est de nouveau pris au dépourvu face à l’orgueil du personnage principal, le pilote incarné par James Stewart, qui refuse de croire au projet de Dorfman, mettant en danger la survie de ses compagnons. Un film méconnu, porteur des sujets chers à son auteur (lutte pour la survie, enfermement) mais sur un mode léger, loin de l’agressif Baby Jane. A redécouvrir.

Chronique DVD Zone 2 sur dvdclassik



THE DIRTY DOZEN (Les Douze Salopards)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis, Espagne - 1967

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Johnson Nunnally, Heller Lukas d'après le roman de E.M. Nathanson

Avec : Marvin Lee, Meeker Ralph, Borgnine Ernest, Bronson Charles, Cassavetes John, Ryan Robert, Savalas Telly, Jaeckel Richard, Kennedy George, Lopez Trini, Meeker Ralph, Sutherland Donald

Image : Scaife Edward - Direction artistique : Hutchinson William - Montage : Luciano Michael - Musique : De Vol Frank - Production : Hyman Kenneth, Anzarut Raymond (producteur associé)

Condamnés aux travaux forcés ou à la peine capitale, douze détenus se voient offrir une porte de sortie : participer à une mission suicide contre l’armée allemande.

A partir de ce postulat, tiré d’un roman de E.M. Nathanson et scénarisé par Lukas Heller et Nunnally Johnson (scénariste des Raisins de la Colère et de la Route du Tabac pour John Ford), le réalisateur se plaît à décrire une nouvelle fois les êtres humains au-delà du groupe, des hommes confrontés à une mort inéluctable, luttant désespérément contre la fatalité. Il est aidé en cela par des acteurs irréprochables, superbement dirigés, parmi lesquels on retrouve entre autres habitués du cinéaste, Lee Marvin, Charles Bronson et Ernest Borgnine.

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Robert Aldrich réalise ici une œuvre violente et implacable sur la guerre et les horreurs qui lui sont inhérentes. Pour Aldrich, il n’y a pas de guerre propre, et les atrocités existent dans les deux camps. Ce sont des assassins qui gagnent les batailles. On est bien loin ici de l’héroïsme et du patriotisme de bon aloi qui prédominent tout le pan du cinéma américain qui traite de la deuxième guerre mondiale. Comme dans Bronco Apache, Aldrich s’interroge sur l’essence même de l’héroïsme et remet en question le droit de tuer qui y est habituellement associé. Par la violence extrême du film et l’ambiguïté de ses protagonistes (à la fois héros et crapules) il tend un miroir au spectateur, l’obligeant à se questionner sur les raisons de sa fascination devant ce déferlement de sauvagerie, à se positionner face à ces scènes de barbarie incroyablement efficaces, confiant en sa sensibilité et son jugement. Souvent mal perçu, honteusement taxé de fascisant, Les Douze Salopards est bien au contraire un film profondément antibelliciste, choquant et pessimiste, qui nous plonge irrémédiablement dans l’absurdité et la fureur d’un conflit avec une rage rare et salvatrice.

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Son considérable succès commercial (c’est son quatrième film consécutif qui recueille les faveurs du public) va permettre à Robert Aldrich de racheter les studios Famous Player-Lasky, renforçant son statut d’indépendant. Il est durant les années soixante, le seul réalisateur à posséder ses propres studios. Il demeure, même actuellement, l’un des seuls réalisateurs qui a eu le courage d’insuffler une conscience morale à des films de genre (western, film noir, film de guerre) en poussant le public à réfléchir sur ce qui lui est donné à voir. Un grand film, profond et passionnant.

Chronique DVD Zone 2 sur dvdclassik



THE LEGEND OF LYLAH CLARE (Le Démon des Femmes)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis - 1968

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Butler Hugo, Rouverol Jean, DeBlasio Edward, Thom Robert - Avec : Novak Kim, Finch Peter, Borgnine Ernest, Selzer Milton, Falk Rossella, Tinti Gabriele, Cortese Valentina, Carroll Jean, Murphy Michael, Meriwether Lee

Image : Biroc Joseph - Direction artistique : Glasgow William, Davis George W. - Décors : Gleason F. Keogh, Grace Henry - Son : Milton Franklin - Montage : Luciano Michael - Musique : De Vol Frank - Production : Aldrich Robert

Elsa Brickmann, une jeune actrice inconnue, est choisie pour incarner le rôle principal d’une biopic retraçant la carrière d’une actrice disparue mystérieusement vingt ans auparavant, la célèbre Lylah Clare. C’est sa ressemblance frappante avec la comédienne qui lui offre la chance d’être sélectionnée par Lewis Zarken, l’ancien réalisateur dont la carrière était liée à celle de la star disparue, et qui devait se marier avec elle le jour du drame. Alors que le tournage se déroule, Elsa est totalement possédée par son rôle, emportée par la folie d’un réalisateur qui veut modeler son actrice pour qu’elle fusionne totalement avec son modèle. Comme dans Vertigo, Kim Novak incarne deux personnages, Elsa et Lylah, et Zarken, à l’image de Scottie, veut transformer physiquement et mentalement Elsa pour retrouver celle qu’il n’a jamais cessé d’aimer, pour exorciser les démons du passé.

Robert Aldrich poursuit avec ce film sa démystification de l’industrie du cinéma entamée par les charges féroces que furent Le Grand Couteau et Baby Jane. Dans Lylah Clare, Hollywood est la proie de décideurs mégalomanes qui produisent les films comme on parie sur des chevaux de courses, de journalistes obséquieux ou carnassiers, toute une faune de charognards qui ont vidé par leur avidité et leur vanité le cinéma de toute créativité, annihilant la moindre tentation artistique, transformant les artistes en bestiaux et l’art en marchandise. Rapports de force, domination, dépendance et sexe sont les ingrédients de cette danse macabre.

Zarken est un réalisateur égocentrique, despote d’une cruauté inouïe, mais cependant incroyablement lucide sur l’état de la machine à rêves. Plongé dans un passé cinématographique glorieux, se souvenant par cœur de répliques des films d’un âge d’or certainement idéalisé, il est le porte-parole d’un Aldrich désabusé, qui nous offre une nouvelle fois un personnage complexe, odieux jusqu’à l’insupportable, mais également touchant. Le film décrit par des flash-backs oniriques les circonstances entourant la mort de Lylah Clare, donnant l’occasion à Robert Aldrich de se laisser aller à des recherches formelles audacieuses mais pas toujours convaincantes. Bien plus réussi est le final saisissant, ou encore l’utilisation de la partition de Frank De Vol, qui par ses intonations de cabaret allemand nous fait irrémédiablement associer Lylah Clare à Marlène Dietrich. The Legend of Lylah Clare sera le dernier scénario d’Hugo Butler qui disparaît la même année.



THE KILLING OF SISTER GEORGE (Faut-il tuer Sister George ?)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis - 1968

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Heller Lukas d'après la pièce de Frank Marcus

Avec : Reid Beryl, York Susannah, Browne Coral, Fraser Ronald, Medina Patricia, Paddick Hugh, Delevanti Cyril, Aberg Sivi, Beckley William, Church Elaine, Dillon Brendan

Image : Biroc Joseph - Direction artistique : Glasgow William - Décors : Brown John - Montage : Luciano Michael - Musique : Fried Gerald - Production : Aldrich Robert, Blake Walter (producteur associé), Scherik Edgar J. (producteur exécutif)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Jude incarne dans une série à succès de la BBC une religieuse, Sœur George, infirmière généreuse qui enchante les téléspectateurs. Dans la vie, c’est une alcoolique vieillissante, paranoïaque, qui fait souffrir mille tourments à sa compagne Childie. Elle apprend que les producteurs de la série ont décidé de tuer son personnage, et ses opportunités de carrière se limitent au doublage d’une vache dans un programme pour enfants ! Son monde finit de s’écrouler alors qu’elle est persuadée que Childie la trompe avec une productrice. Menacée de perdre ce qui fait son seul attrait, la célébrité, elle décide de dévoiler au public sa véritable vie de scandales, espérant entraîner dans sa chute la série et les producteurs honnis.

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
C’est le quatrième film que Robert Aldrich consacre au spectacle. Après avoir démystifié le monde du cinéma avec Le Grand Couteau, Baby Jane et Le Démon des Femmes, il s’attaque à ce qui est devenu au cours des années 70 le médium numéro un, la télévision. Le réalisateur a trouvé dans la pièce de Frank Marcus (adaptée une nouvelle fois par Lukas Heller, déjà responsable de Baby Jane) un sujet qui symbolise de manière parfaite sa défiance vis à vis des icônes créées par le cinéma et la télévision, formatées par des producteurs ou des studios obnubilés par l’argent et le succès, grâce à la complicité d’acteurs aliénés par leurs désirs de reconnaissance et de gloire.

Aldrich, comme à l’accoutumée réalise un film féroce et vulgaire, n’hésitant jamais à grossir les traits et à dépeindre des actions extrêmes, dans un constant souci de faire réagir le spectateur, quitte par ses excès à saborder son film, comme ce fût le cas en son temps pour Baby Jane. Autant la charge contre le monde du spectacle reste toujours aussi pertinente, autant la description de l’homosexualité féminine, qui lui vaudra quelques déboires avec la censure de l’époque, ne résiste pas aux passages des années. Faut-il tuer Sister George ? marque la fin de la collaboration d’Aldrich avec William Glasgow, son directeur artistique attitré.



THE GRISSOM GANG (Pas d'orchidées pour Miss Blandish !)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis - 1971

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Griffiths Leon d'après le roman de James Hadley Chase

Avec : Darby Kim, Wilson Scott, Musante Tony, Lansing Robert, Stevens Connie, Dailey Irene, Addy Wesley, Faye Joey, Keefer Don

Image : Biroc Joseph - Décors : Brown John - Musique : Fried Gerald - Production : Aldrich Robert

Issue d’une riche famille, Barbara Blandish est kidnappée par le gang des Grissoms, famille de dégénérés menée par une mère, Ma’ Dalton en puissance. Slim, le plus névrosé de la bande, tombe amoureux de la victime.

L’adaptation du roman à succès de James Hadley Chase est une véritable réussite, prenant souvent le contre pied du postulat de base, inversant les situations et les sentiments des protagonistes. Le film gagne ainsi par rapport au matériau original en puissance et en noirceur. Robert Aldrich se plaît à décrire des êtres emprisonnés dans leurs rôles, sombrants dans la folie, impuissants face à leurs désirs impossibles. L’interprétation parfaite rend crédible ces personnages torturés, et la mise en scène de Robert Aldrich laisse souvent pointer un grand humanisme dans ce tourbillon de violence.



ULZANA'S RAID (Fureur Apache)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis – 1972

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Sharp Alan

Avec : Lancaster Burt, Davison Bruce, Luke Jorge, Jaeckel Richard, Martínez Joaquín, Bochner Lloyd, Swenson Karl, Watson Douglass, Hamilton Dran, Pearce John, Holland Gladys, Fairchild Margaret, Eccles Aimée, Bull Richard, Reichow Otto

Image : Biroc Joseph - Direction artistique : Vance James Dowell - Décors : McCarthy Jr. John - Montage : Luciano Michael - Musique : De Vol Frank - Production : DeHaven Carter, Hecht Harold, Lancaster Burt, Sharp Alan (producteur associé)

Dans les années 1880, un lieutenant de cavalerie a pour mission de pourchasser un groupe de rebelles Apaches qui, refusant la reddition indienne, sèment la terreur dans la région.

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Ulzana’s Raid est le film miroir de Bronco Apache (réalisé 18 ans plus tôt par Robert Aldrich). Mais alors qu’en 1952 le réalisateur prenait fait et cause pour le groupe d’Indiens, défiant ainsi les conventions habituelles du western et réalisant un film profondément progressiste, la nouvelle version de cette histoire est sise du côté des soldats et des civils américains confrontés aux horreurs perpétrées par les Apaches. Robert Aldrich fut à l’occasion taxé de racisme, mais opposé à tout manichéisme, il décide au contraire de montrer la violence et le sadisme des guerriers indiens, et dégage ainsi son récit de tout l’idyllisme alors de bon ton dans le cinéma américain, qui faisant son mea-culpa de décennies de westerns xénophobes et caricaturaux, sombrait dans l’excès inverse avec des descriptions tout aussi mensongères et idéalistes des Indiens en "bons sauvages". Aldrich renvoi dos à dos la violence culturelle et cultuelle des rebelles et celle qui, sous couvert de civilisation, a éradiqué un peuple séculaire. Comme dans Les Douze Salopards, le réalisateur nous montre qu’une guerre ne peut être qu’inhumaine et qu’aucune règle ne peut la rendre acceptable. Car Fureur Apache est avant tout un film de guerre, parabole à peine cachée du conflit vietnamien où les récits des tortures perpétrées par les combattants Viêt-cong avaient une grande importance dans la propagande belliciste.

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Aldrich refuse de sombrer dans un humanisme béat et ne cherche jamais à donner bonne conscience au spectateur en usant de procédés démagogiques ou simplistes, évacuant ainsi tout romantisme de son récit. Il pousse le spectateur à s’interroger sur l’aversion qui l’envahit face aux abominations perpétrées et qui pourrait sans réflexion le faire sombrer dans une xénophobie aveugle. Aldrich a toujours préféré aux films calibrés et emprunts de bons sentiments des œuvres complexes et dures, confiant en l’intelligence de son public et en sa lucidité.

Fureur Apache est un véritable chef d’œuvre, servi par une réalisation sobre et efficace et une interprétation sans failles au sein de laquelle Burt Lancaster nous offre une de ses plus belle prestations. Le retrouver dans le rôle principal et en tant que producteur, double casquette déjà tenue pour Bronco Apache, renforce encore le sentiment de continuité existant entre ces deux film phares de son auteur, porteurs de ses idéaux et de ses questionnements.



THE EMPEROR OF THE NORTH POLE (L'Empereur du Nord)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis - 1973

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Knopf Christopher - Dialogues : Sherman Robert

Avec : Marvin Lee, Borgnine Ernest, Carradine Keith, Tyner Charles

Image : Biroc Joseph - Direction artistique : Smith Jack Martin - Décors : Bretton Raphael - Montage : Luciano Michael, Gross Roland - Musique : De Vol Frank - Production : Hough Stanley, Hyman Kenneth (producteur exécutif)

Lors de la grande dépression de 1930, nombre de vagabonds, les "hobos", tentent de survivre le long des voies de chemin de fer, voyageant clandestinement dans les wagons de marchandise. Shack (Ernest Borgnine) a juré qu’aucun d’entre eux ne profiterait du train qu’il conduit, son sadisme assumé et sa violence aveugle tenant les hobos à l’écart. "A" Number One (Lee Marvin), véritable légende chez ces déshérites, parie qu’il gagnera Portland à bord de son train.

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
La filmographie de Robert Aldrich est ponctuée de faces à faces, et il en fait dans ce film le thème central, l’enjeu scénaristique. A travers la confrontation sans merci de Shack et A-N1, ce sont des mythes qui se créent, les parias de cette Amérique en crise trouvant dans ce duel un échappatoire à leur vie de miséreux et transformant leurs protagonistes en véritables légendes modernes. Les icônes chez Aldrich trouvent toujours leur source dans la folie : mégalomanie chez les acteurs de ses œuvres sur le spectacle ( Baby Jane , Sister George …), violence intrinsèque des héros de ses films de guerre et de ses westerns ( Les Douze Salopards , Fureur Apache …). Ici, malgré le rythme trépidant du film et ses scènes d’action époustouflantes, on ne peut qu’être saisis par la vacuité de ce combat, choqués par sa violence incroyable, à l’image d’un final éblouissant mais d’une barbarie rarement surpassée.

A l’instar de nombre des films d’Aldrich, le scénario de Christopher Knopf et Robert Sherman (un habitué du cinéaste puisqu’il fut superviseur des dialogues de Quatre du Texas et du Vol du Phénix, et assistant à la production notamment sur Kiss me Deadly et Le Grand Couteau, ainsi qu’acteur sur bon nombre de ses films) mélange les styles (aventure, drame social, road movie…) et ménage de grands moments d’humour. Cette construction narrative originale et l’énergie sidérante dégagée par la mise en scène font de l’Empereur du Nord un des sommets du film d’action des années 70. A redécouvrir absolument.



TWILIGHT'S LAST GLEAMING (L'Ultimatum des 3 Mercenaires)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis- 1977

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Cohen Ronald M., Huebsch Edward d'après le roman de Wager Walter

Avec : Lancaster Burt, Widmark Richard, Durning Jr. Charles, Winfield Paul, Douglas Melvyn, Young Burt, Cotten Joseph, Miles Vera, Smith William

Direction artistique : Achmann Werner - Production designer : Zehetbauer - Montage : Luciano Michael, Martin William, Winetrobe Maury - Musique : Goldsmith Jerry - Production : Adelson Merv, Hengst Lutz (producteur exécutif), Jedele Helmut (producteur exécutif), Sherman Harry R. (producteur exécutif)

Lawrence Dell, ancien général de l’armée américaine, s’échappe d’une prison militaire et avec l’aide de trois autres condamnés à mort, s’empare d’une base de lancement de missiles nucléaires. Ils menacent de lâcher les bombes sur les États-Unis si on ne leur livre pas 10 millions de dollars et un avion et que, à la demande de Dell, le président révèle les secrets d’une conférence secrète dont le général fut le témoin et qui explique les raisons réelles de la guerre du Vietnam !

Le film est complètement détruit par les studios, qui pour le rendre plus commercial procèdent à des coupes aveugles dans le montage original (2h26) : disparition d’un rôle tenu par Vera Miles, suppression de tout ce qui a trait aux motivations profondes des protagonistes, amputation d’actions annexes… Sa version française ne dure plus ainsi que 91 minutes ! (On mesure la difficulté des producteurs face à ce film atypique lorsque l’on liste les titres utilisés pour sa distribution en France : La Dernière Lueur du Crépuscule, Piège pour un Président ou encore L’Ultimatum des Trois Mercenaires !). Cette version est ainsi le plus souvent incompréhensible, et on ne peut qu’imaginer ce qu’a pu être ce film dans sa version intégrale. Malgré ces mutilations, le film demeure au-delà d’un récit de politique fiction très efficace, une attaque en règle des institutions politiques et militaires, prêtes à toutes les ignominies pour protéger leur pouvoir. Très noir, pessimiste, L’Ultimatum était le film préféré de son auteur qui retrouvait dans ce film des interrogations qui prenaient leurs sources plus de vingt ans auparavant dans Kiss me Deadly où l’on trouvait déjà Michael Luciano comme fidèle collaborateur, et qui signe à l’occasion de ce film son dernier montage pour Robert Aldrich.



THE CHOIRBOYS (Bande de Flics)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis - 1977

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Knopf Christopher d'après le livre de Joseph Wambaugh

Avec : Durning Charles, Gossett Jr. Louis, King Perry, Kusatsu Clyde, Macht Stephen, McIntire Tim, Woods James, Quaid Randy

Image : Biroc Joseph - Production designer : Kenney Bill - Décors : Bretton Raphael - Montage : Guresky Joseph, Martin William, Rosenblum Irving, Winetrobe Maury - Musique : De Vol Frank - Production : Adelson Merv, Aldrich William, Guthrie Lynn, Rich Lee, Bregni Mario (producteur exécutif), Bregni Pietro (producteur exécutif), Damon Mark (producteur exécutif)

Ce film est adapté d’un roman écrit par un ex sergent de la police de Los Angeles. Robert Aldrich y insuffle un humour noir, un cynisme qui fait de Bande de Flics un film d’une radicalité incroyable dans sa critique de la société américaine des années 70. La violence, la vulgarité, la noirceur du tableau poussent le scénariste Christopher Knopf, excédé, à retirer son nom du générique. Le film est une suite de saynètes (procédé qu’il reprendra notamment dans Deux Filles au Tapis) qui décrivent le quotidien d’un groupe de policiers. Le monde dans lequel ils évoluent n’est que corruption et violence, portrait sans fard d’une Amérique abandonnée de ses valeurs et de sa morale (si tant est qu’elle ait jamais connue ces absolus !).

Les personnages formant ce groupe (groupe impossible comme toujours chez Aldrich) sont absolument abjects par leur racisme, leur vulgarité, leur violence, leur machisme, leur corruption. Mais Aldrich ne fait pas ce film pour condamner ses personnages. Sa grande force est de révéler leur détresse. En effet, ces flics n’ont plus prise sur le monde qu’ils habitent et qu’ils doivent réguler. Cette impuissance s’accompagne d’une solitude poignante, d’une mélancolie dépressive : leur lot, c’est une misère sentimentale, relationnelle et sexuelle complète. Alors le groupe n’est qu’un fantasme. Même s’il leur permet de décharger leur haine et leur frustration sur des plus faibles, au bout du chemin il n’y a que l’individu face à lui-même, il n’y a pas de rédemption chez Aldrich. Sous les dehors d’un film coup de poing (l’ouverture du film se fait sur un vitrail d’église explosant sous le coup d’une main gantée, toujours l’art du prologue d’Aldrich…), dérangeant et incorrect, c’est bien le désespoir de l’individu qu’Aldrich met ici à nu.



ALL THE MARBLES (Deux filles au tapis)

Aldrich : Présentation - 3e (1965/1981)
Etats-Unis - 1981

Réalisation : Aldrich Robert - Scénario : Frohman Mel

Avec : Falk Peter, Frederick Vicki, Landon Laurene, Young Burt, Reed Tracy, Bryant-King Ursaline, Nevins Claudette, Jaeckel Richard, Hancock John, Montana Lenny

Image : Biroc Joseph - Direction artistique : Neel Beala - Production designer : Anderson Carl - Son : Church Richard S. - Montage : Lane Richard, Rosenblum Irving - Musique : De Vol Frank - Production : Aldrich William, Blake Walter (producteur associé), Saeta Eddie (producteur associé)

A travers l’itinéraire de deux catcheuses (les California Dolls) et de leur entraîneur (Peter Falk), qui parcourent les Etats-Unis à la recherche de nouveaux contrats, Aldrich dans cette dernière œuvre nous offre un film optimiste proche de la fable.

Bien sûr le monde du sport dans lequel évoluent les protagonistes du film est démystifié avec une rage coutumière au réalisateur : violence incroyable des combats, humiliations, tricheries, corruption, obscénité des spectateurs… le mythe du sport comme ascension sociale en prend un sacré coup ! Mais les héros de ce film forment une véritable communauté, nomades dans une Amérique grise et dépressive à l’écart de laquelle ils vivent tels les Massaï et Nalinle de Bronco Apache. Pour une fois, la fraternité et l’amitié ne sont pas de vains mots. En témoigne Peter Falk qui avant le combat final chuchote à "ses" filles : "Que vous gagniez ou que vous perdiez, sachez que je vous aime".

Le film est construit en succession de petites scènes, sans véritable montée dramatique, privilégiant les moments décontractés. Les sentiments des personnages, leurs relations amicales et amoureuses sont décrites avec une sensibilité rare dans la carrière du réalisateur. Cette douceur est ponctuée par les scènes de combat, filmées avec un brio qui transforme ce sport théâtral en un déluge de violence spectaculaire. Aldrich évite tout le racollage inhérent au sujet, et transmet au spectateur la passion qui anime les filles pour ce sport en le représentant de manière claire et en lui rendant toute sa force visuelle. Aldrich leur rend hommage en épousant leur vision du catch, en refusant tout recul cynique et ironique. Ce cynisme, il le réserve à des spectateurs assoiffés de haine, beuglants et obscènes, notamment dans un inévitable combat dans la boue révélateur de leur bassesse et de leur vulgarité. Le regard lucide d’Aldrich est intact dans cette dernière œuvre, mais la douceur et l’espoir viennent magnifiquement clôre son œuvre.





A SUIVRE :

Etude de 6 films majeurs : Bronco Apache, Vera Cruz, Kiss Me Deadly, Attack!, Les Douze Salopards et Fureur Apache

  • Direction le forum pour en discuter !





    Editions DVD - Zone 2 :

    THE DIRTY DOZEN (Les Douze Salopards)

    Format écran : Cinémascope
    Éditeur : Warner Home Vidéo
    Format image :
    Cinémascope - 1.77:1
    Full Screen (Standard) - 1.33:1
    Langues et formats sonores : Français (Dolby Digital 2.0), Anglais (Dolby Digital 2.0), Italien (Dolby Digital 2.0)
    Sous-titres : Français, Anglais, Italien, Allemand, Espagnol, Arabe, Bulgare, Roumain, Néerlandais, Anglais et italien pour sourds et malentendants
    Bonus : le documentaire (9 min), la bande-annonce originale


    THE FLIGHT OF THE PHOENIX (Le Vol du Phénix)

    Editeur : Fox Pathé Europa
    Format image : Widescreen anamorphic - 1.85:1
    Langues et formats sonores : English (Dolby Digital 2.0 Stereo), English (Dolby Digital 1.0), Spanish (Dolby Digital 1.0), French (Dolby Digital 1.0)
    Sous-titres : English, Spanish
    Bonus : Bande annonce


    ULZANA'S RAID (Fureur Apache)

    Format écran : Cinémascope
    Éditeur : Universal Pictures
    Format image :
    Cinémascope - 1.78:1
    Full Screen (Standard) - 1.33:1
    Langues et formats sonores : Français (Dolby Digital 2.0), Anglais (Dolby Digital 2.0), Allemand (Dolby Digital 2.0), Espagnol (Dolby Digital 2.0), Italien (Dolby Digital 2.0)
    Sous-titres : Français, Anglais, Allemand, Italien, Espagnol, Arabe, Danois, Hollandais, Finlandais, Grec, Hébreu, Norvégien, Portugais, Russe, Suédois, Turc


    THE LONGEST YARD (Plein la gueule)

    Format écran : Cinémascope
    Éditeur : Paramount
    Format image : Cinémascope - 1.85:1
    Langues et formats sonores : Français (Dolby Digital 2.0 Mono), Allemand (Dolby Digital 2.0 Mono), Italien (Dolby Digital 2.0 Mono), Espagnol (Dolby Digital 2.0 Mono)
    Sous-titres : Anglais pour les malentendants, Anglais, Arabe, Bulgare, Croate, Tchèque, Français, Italien, Espagnol, Allemand, Hébreu.....

    Chronique DVD Zone 2


Filmographie :

The Big Leaguer (1953)
World for Ransom (Alerte à Singapour, 1954)
Apache (Bronco Apache, 1954)
Vera Cruz (1954)
Kiss Me Deadly (En Quatrième Vitesse, 1955)
The Big Knife (Le Grand Couteau, 1955)
Autumn Leaves (Feuilles d’Automne, 1956)
Attack ! (Attaque !, 1956)
The Garnement Jungle (Racket dans la Couture, 1957, écarté du tournage, non crédité)
The Angry Hills (Trahison à Athènes, 1959)
Ten Seconds to Hell (Tout près de Satan, 1959, scénario)
The Last Sunset (El Perdido, 1961)
Sodoma et Gomorra (Sodoma e Gomorrhe, 1962, co-réalisé avec Sergio Leone)
What Ever Happened to Baby-Jane ? (Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, 1962)
Four of Texas (Quatre du Texas, 1963, scénario)
Hush… Hush Sweet Charlotte ( Chut, chut, Chère Charlotte, 1965)
The Flight of the Phoenix (Le Vol du Phénix, 1965)
The Dirty Dozen (Les Douze Salopards, 1967)
The Legend of Lylah Clare (Le Démon des Femmes, 1968)
The Killing of Sister George (Faut-il tuer Sister George ?, 1968)
Too Late the Hero (Trop tard pour les Héros, 1970, scénario)
The Grissom Gang (Pas d’orchidées pour Miss Blandish !, 1971)
Ulzana’s Raid (Fureur Apache, 1972)
Emperor of the North Pole (L’Empereur du Nord, 1973)
The Longest Yard (Plein la Gueule, 1974)
Hustle (La Cité des Dangers, 1975)
Twilight’s Last Gleaming (L’Ultimatum des trois Mercenaires, 1977)
The Choirboys (Bande de Flics, 1977)
The Frisco Kid (Un Rabbin au Far West, 1979)
All the Marbles (Deux Filles au Tapis, 1981)



Mercredi 7 Juillet 2004
William Lee

Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Dans la même rubrique :

« »

Robert ALDRICH | Dario ARGENTO | Kathryn BIGELOW | Leos CARAX | John CARPENTER | Joe DANTE | Fernando DI LEO | John FRANKENHEIMER | Lucio FULCI | Scott HICKS | Alfred HITCHCOCK | Nicholas RAY | Jean RENOIR | Michael RITCHIE | Seijun SUZUKI | King VIDOR