Ce film est le premier grand rôle de Willem Dafoe , mais il faut tout de même attendre 1987 pour voir débarquer le premier film complet de son auteur, Near Dark . Variation moderne autour du mythe du vampire, l’œuvre a atteint depuis un statut véritablement culte (alors que passé quasi inaperçu à sa sortie). Si bien que certains peuvent voir ce film comme inégalé. On y retrouve effectivement tous les thèmes de la réalisatrice : Near Dark est un coup de maître, un film qui se ressent comme définitif. Est-ce pour autant un one-shot ? Non, car pour quelque peu originale qu’elle soit, le reste de la filmographie de Kathryn Bigelow montre avant tout sa volonté de se frotter à des genres différents, approfondissant thématiquement et formellement son cinéma de manière continue, relevant plusieurs défis et ne se caricaturant jamais. Elle a su éviter le piège du ressassement. Une chose peut sans doute expliquer la rareté de ses films : elle n’a pas en effet été aidée par le box-office. Point Break est le seul réel succès financier de sa carrière. Strange Days , coûteux et ambitieux film d’anticipation, a subi un bide qui l’a éloignée des plateaux pendant cinq ans. Elle n’est revenue qu’au travers d’un petit film The Weight of Water , lequel a attendu deux ans avant de trouver une distribution. K.19 , blockbuster au budget de plus de cent millions de dollars, a également été un lourd échec et on peut craindre de ne pas revoir la réalisatrice avant un moment sur le grand écran.
Toutefois, si Bigelow préfère rester des années sans tourner, c’est aussi parce qu’elle préfère avoir l’opportunité de ne faire que ce qu’elle veut. Elle n’a jamais réalisé une seule commande mais que des films dans lesquels elle s’est entièrement impliquée, même les grosses productions ou les films qu’elle n’a pas scénarisés. Pour garder la main, la télévision lui convient mieux. Parfois, elle peut rester longuement sur un projet inabouti. C’est elle par exemple qui était au pilotage du projet Jeanne D’Arc avant d’être écartée par son producteur Luc Besson qui a repris l’affaire à son compte (une histoire qui s’est soldée par une action en justice contre Besson et a encore plus retardé le retour sur les écrans de la réalisatrice). Considérée souvent comme une bonne technicienne par la critique, on a du mal à lui reconnaître pleinement un vrai statut d’auteur. Notre étude va tenter avant tout de le lui offrir avec franchise.