On est en effet dans une conception plus organique et physique que cérébrale, qui se traduit par une forte mise en valeur des éléments dans la mise en scène (feu, eau, terre, air), ces derniers n’existant que par la manière dont ils influent sur l’enveloppe corporelle, vecteur et réceptacle des sensations que la réalisatrice cherche à transmettre au spectateur. C’est l’étroite association de ce corps avec son environnement, comme si tout ce qui était matière vivante devait se retrouver en face à face, qui permet à ce cinéma d’atteindre sa sensualité réelle. K.19 s’evertue ainsi à rendre on ne peut plus palpable l’idée de radioactivité, au travers de ce réacteur en fuite dégageant une lumière bleue totalement particulière, un environnement proprement fantastique qui aboutit à une dissolution des corps, une surexposition de la peau que la réalisatrice met continuellement en valeur (image 2). De la même manière, The Weight of Water s’achève sur le déchaînement d’une tempête auquel les passagers du bateau doivent faire face en guise de catharsis, le vent et l’eau se déchaînant furieusement autour d’eux. Point Break et ses sports de l’extrême exprime littéralement la plénitude totale avec les éléments que recherche le cinéma de Kathryn Bigelow (image 2), une esthétique du vivant, ou plus exactement du "sentir vivant". A contrario, le monde moderne dans Strange Days propose des sensations par procuration qui sont synonymes de mort, une simulation du vivant particulièrement inquiétante. Au contraire d’une vie simulée, que raconte Near Dark , au fond si ce n’est la reconquête de la vie, refaire de son corps une matière du vivant où le sang circule, ouvert aux sensations. Severen ( Bill Paxton ), vampire assumé, subit la violence comme un être dénué de vie et de sensibilité, accueillant à bras ouverts les décharges d’une arme ou un camion lui fonçant droit dessus, sans craindre la douleur… Le corps se calcine, redevenant comme un bloc de terre et de poussière. Il est ce que Caleb, le héros, ne deviendra jamais, revenant vers le vivant et remmenant par la même occasion celle qu’il aime. A son réveil, Mae se remet à expérimenter les sens qu’elle avait perdus, un corps frêle, tuméfié et peureux, mais revenu à la vie (image 3).