CINEMA, TEMPS ET HISTOIRE - 2e partie : Chronique d'un échec critique et commercial
A propos de La Neige tombait sur les Cèdres (Snow falling on Cedars) de Scott Hicks.
Cette deuxième partie va être matière à relater les origines de l'œuvre Snow falling on Cedars, l'organisation du processus d'adaptation cinématographique et enfin son accueil on ne peut plus tiède à sa sortie en salles.
Snow Falling on Cedars, le livre original
David Guterson sur le tournage de Snow falling on Cedars.
Comprendre Snow falling on Cedars c'est aussi un peu comprendre son auteur initial, tellement l'un est intimement lié à l'autre. David Guterson est né à Seattle en 1956 d'un père avocat dont il a toujours admiré les combats et la vison des choses.
" One of the things I heard (from him) early on was to find something you love to do -before you think about money or anything else. The other thing was to do something that you feel has a positive impact on the world. " ( *1)
De ces souvenirs d'enfance à Seattle, l'auteur les décrit comme ceux d'une vie idyllique entre le drugstore de son oncle et le Nord de la ville où il habite, près des fermes et des forêts où il passe son temps à jouer avec ses amis. Du jeune Ishmael Chambers, il y a beaucoup de Guterson. C'est à l'université de Washington, dans une classe d'écriture, qu'il trouve sa vocation, étudiant sous la direction de l'écrivain Charles Johnson. C'est aussi là qu'il se forge l'idée de l'importance pour un écrivain de livrer des fictions morales. Diplôme en poche, Guterson va déménager à Bainbridge Island, dans Puget Sound, où il enseignera l'Anglais. Occasionnellement, il écrit des articles pour "Sport Illustrated" et aussi pour le magazine "Harper". Mais installé à Bainbridge, il va développer pendant une dizaine d'années ce qui sera le roman qui va l'amener en 1995 sur le devant de la scène : Snow falling on cedars (traduction française : La Neige tombait sur les Cèdres).
To Kill a Mocking Bird de Harper Lee : un roman seminal.
Inspiré par l'île où il habite, son histoire et les diverses personnes qu'il a pu y rencontrer, il exprime également son attachement à une forme de littérature dense et profonde des terres américaines comme celle de Jim Harrisson, et aux valeurs morales telles qu'a pu les décrire une Harper Lee dans To Kill a Mocking Bird, roman auquel il paye un certain tribut. Le livre narre, en 1954, un procès dans une petite île imaginaire, San Piedro, au détroit de Puget dans l'Etat de Washington, qui est plongée en pleine tempête de neige. Celui qui est jugé se nomme Kabuo Miyamoto, pécheur d'origine japonaise accusé du meurtre de Carl Heine, autre pécheur (lui d'origine allemande) retrouvé un matin mort dans ses filets. Ishmael Chambers, le journaliste local, suit l'affaire avec intérêt : l'épouse de Kabuo, Hatsue, fut son amour de jeunesse avant que la guerre ne les sépare. Hatsue fut envoyée au camp de relocation de Manzanar, Ishmael dans le pacifique où il perdit un bras. Raconté via des allées et venues incessantes entre passé et présent, on découvre peu à peu tout ce qui se cache derrière chacun des personnages. Et Ishmael, qui a découvert une preuve disculpant Kabuo, devra se décider s'il doit la révéler ou la détruire. Entre ses mains se tient le destin d'une communauté déchirée.
Au bout de sa course, le roman sera traduit dans plus de 30 langues et vendu à 4 millions d'exemplaires aux Etats-Unis, ce qui en fait un très gros succès de librairie. Mais au départ, les ventes ne sont pas immédiatement au plus haut, il s'agit d'un succès construit petit à petit à travers le bouche à oreille et la réputation que lui donne les lecteurs. Surtout, le roman assoira son statut en remportant un prix littéraire très prestigieux, le "Pen/Faulkner Award". A un degré moindre de To Kill a Mocking Bird qui empocha le Prix Pullitzer, le livre est une petite sensation dans le monde littéraire américain. Le sujet historique est mis sur le devant de la scène via ce succès, et le roman, qui est rapidement étudié dans les écoles, devient matière à y introduire plus facilement le thème des camps de relocation pour nippo-américains. David Guterson a publié son roman suivant l'année de sortie de Snow au cinéma : East of the Mountain, le récit d'un vieil homme de 73 ans atteint d'un cancer et partant faire un dernier pèlerinage dans sa région natale où il veut se suicider en faisant croire à un accident de chasse. Il enchaîne en 2003 avec Our lady of the forest où une adolescente fugueuse est persuadée d'avoir été témoin d'une apparition de la vierge Marie. Dans tous les cas on retrouve ce rapport extrêmement fort à la nature.
Les trois romans de David Guterson.
Adaptation et tournage
Hicks dans les décors naturels de Snow…
Snow… étant classé dans les meilleures ventes, il va donc assez logiquement intéresser les studios hollywoodiens. C'est Universal qui acquiert les droits du roman. Si ce dernier a été un succès, ce serait du point de vue cinématographique la première œuvre hollywoodienne à traiter des camps de relocations pour Japonais après Come see the Paradise (Bienvenue au Paradis) d'Alan Parker, dont le lourd échec commercial n'a pas été oublié. Mais la popularité du roman est telle qu'elle ne manque pas de lancer ce projet d'adaptation, même s'il ne s'agit pas de ces livres dont on achète les droits avant la publication, ce que tient à souligner la productrice Kathleen Kennedy, le mettant au crédit du fait qu'un casting principalement composé d'asiatiques peut faire hésiter les décideurs :
" Most of the time, the movie rights to books are bought very early. In fact, most books are bought in galley form before publication, but that didn't happen with Snow falling on Cedars. (…) I think it was primarly because it had a japanese cast. " (*2)
La maison de production qui va développer le projet se nomme Kennedy/Marshall, du nom du célèbre couple de producteurs qui la dirigent. Associés fréquents de Steven Spielberg, ils sont partis tenter une expérience en solitaire depuis 1993. Kathleen Kennedy a grandi en Californie du Nord, où il reste de nombreux vestiges de l'immigration chinoise. La productrice a pointé ce fait pour montrer son implication en ce qui concerne la culture asiatique et son attachement à ce projet.
Le scénario va être confié à Ron Bass. Ce dernier a étudié les sciences politiques et a commencé sa vie professionnelle comme juriste dans le show-biz. Cette connaissance du droit peut expliquer son intérêt dans le récit de Guterson, mais décrivant son expérience d'adaptation, il déclare ne pas avoir de son côté entrepris de recherches concernant tout ce qui pouvait concerner l'historique, se basant sur ce qu'avait déjà pu rassembler l'auteur du roman. Il reste ainsi fidèle à la structure non linéaire du livre et cherche à recréer les personnages en les adaptant à sa propre sensibilité. Ron Bass est devenu l'un des scénaristes les plus "académiquement" importants grâce au succès publique de Rain Man et ses Oscars. On le retrouve à la tête de films différents, des produits conçus pour Julia Roberts aussi bien que des adaptations de romans ambitieuses : en 1998 il a signé celle de What Dreams may come de Richard Matheson et participé à celle du Club de la chance (1994), un film où justement il se confronte déjà avec la communauté asiatique américaine. Un autre travail récent de ce scénariste mettant en scène le monde asiatique se trouve être la première version du script de Memoirs of a Geisha (Rob Marshall, 2005).
L'adaptation de l'oeuvre de Guterson signée par Bass va alors être proposé à Scott Hicks. Ce dernier, en 1995, avait déjà tenté de prendre une option sur le livre pour en faire une adaptation mais on lui avait annoncé que c'était Universal qui en avait les droits (payés à un prix qu'il ne pouvait alors se permettre). Le succès de Shine lui permet l'accès à ce projet prestigieux. Par rapport au scénario de Bass, il va lui-même procéder à certaines modifications significatives : il fait supprimer la voix-off, ou abandonne l'idée de mettre en scène un spectaculaire débarquement de marines à Tarawa préférant donner à cette séquence un caractère profondément intériorisée.
Hicks s'entoure de collaborateurs prestigieux. Robert Richardson et Frank Corwin sont ainsi des transfuges du cinéma d' Oliver Stone. Respectivements directeur de la photographie et monteur, ils ont avec ce cinéaste mis en image des moments importants de l'histoire contemporaine des Etats-Unis : l'assassinat de Kennedy, la guerre du Vietnam, Richard Nixon. Les deux hommes ont également contribué à The Horse Whisperer de Robert Redford. Pour Hicks qui est Australien, ces collaborateurs sont un moyen de mieux se confronter à une reconstitution sur les Etats-Unis des années 30 à 50. Décoratrice de Sur la route de Madison, L.A Confidential et Pleasantville , la participation de Jeannine Oppewall entre aussi dans cette optique.
Hicks avec Ethan Hawke et Youki Kudoh.
Concernant le casting, le film ne s'associe pas à une véritable star : c'est Ethan Hawke qui obtient le rôle principal d'Ishmael Chambers. Eternel jeune premier depuis Dead Poets Society qui l'a révélé, il n'est jamais parvenu à s'imposer en tant que vrai star mais reste un acteur du paysage cinématographique américain avec des choix variés allant d'Hollywood au cinéma indépendant. Parfois considéré par la presse américaine comme se prenant un peu trop au sérieux, il n'est pas toujours apprécié. Ce rôle romantique et cérébral rejoint en tous cas ceux qu'il tient dans Great expectations (1998) et Gattaca (1998). Pour le rôle d'Hatsue, il a fallu aussi aller chercher, comme pour Tamlyn Tomita autrefois chez Alan Parker, dans le choix limité que propose les actrices parlant à la fois le Japonais et l'Anglais et capables de tenir un rôle principal. Véritable star au Japon où elle a aussi une carrière de chanteuse depuis l'âge de douze ans, Youki Kudoh partage sa (courte) filmographie entre le Japon et l'Occident. Elle a joué pour Jim Jarmush dans Mystery Train (1989) et dans le film Picture Bride évoqué précédemment. Le reste de la distribution est une collection de seconds rôles prestigieux : James Cromwell, James Rebhorn, Richard Jenkins, Sam Shepard et surtout la participation de Max Von Sydow. Face à cela le reste du casting asiatique est plus discret. Rick Yune (Kazuo) n'est pas japonais mais coréen, c'est son premier film de cinéma au sortir de sa carrière de mannequin. Cary-Hiroyuki Tagawa, qui joue son père, a ici une très petite participation mais c'est un acteur fréquemment utilisé à Hollywood, même si jamais dans un rôle important. Le reste des acteurs d'origine asiatique n'ont pas une filmographie très fournie et sont d'ailleurs bien moins nombreux que chez Alan Parker.
Les lieux décrits par David Guterson étant imaginaires bien qu'inspirés de lieux réels, Hicks et la production s'en vont essentiellement à la recherche d'espaces correspondant le mieux au rendu visuel et capables aussi d'être viables financièrement. Le tout se tourne donc dans l'état de Washington mais aussi au Canada très prisé par Hollywood. Cette recherche des lieux de tournage aura duré dix mois dans le processus de pré-production. David Guterson est fortement impliqué dans le film puisqu'il y officie comme co-producteur, et donne de nombreuses indications aux repérages. Ici Hicks obtient un budget de 36 millions de dollars, un budget moyen mais solide pour un film comme celui-ci qui nécessite surtout des dépenses pour l'établissement de certains décors et la reconstitution du climat de tempête de neige qui parcoure toute l'œuvre. Il a ainsi fallu trois mois pour transformer la ville de Greenwood en communauté de pécheurs des années 40, Greenwood, où s'est également tournée toute la scène de parade. (*3) Au moment de la post-production, une partie de l'équipe du son est occupée à travailler sur un autre film Universal, ce qui va repousser d'un an la sortie originellement prévue à Noël 1998. Hicks en profite pour revoir son montage et le rendre encore plus déstructuré.
Echec au box office
Snow falling on cedars va voir sa sortie programmée en 1999 à la fin de l'année. L'idée peut être aussi bonne que mauvaise. En plaçant l'œuvre de Hicks un 26 décembre en sortie limitée, Universal voit dans le film un poulain important pour le représenter dans la course aux Oscars, surtout après les sept nominations de Shine. La performance de Max Von Sydow est clairement mise en avant pour une récompense dans la catégorie "meilleur second rôle". Toutefois lancer un film de cette façon devient très problématique quand il se trouve être accompagné de critiques particulièrement mitigées. D'abord présenté dans des projections au Festival de Toronto en Septembre et même dans une avant-première à Bainbridge Island, lieu dont s'inspire le film, le film récolte déjà des avis partagés qui se confirmeront à la sortie. D'emblée il est intéressant de souligner que les adaptations à l'écran de romans très populaires sont particulièrement attendus au tournant par la critique américaine. Lorsque Brian De Palma a adapté Bonfire of the vanities de Tom Wolfe en 1990, ceci lui a valu son accueil le plus houleux. Le réalisateur, Scott Hicks, est également dans le collimateur et attendu au tournant puisque sortant d'un film "phénomène". Et en l'occurrence ce sont sur ces deux points, l'adaptation et la réalisation, que les mauvaises critiques se révèleront particulièrement sévères.
On souligne qu'à l'écran la construction narrative et la richesse de Guterson sont trop simplifiées ou qu'alors ses équivalents visuels ne fonctionnent pas tandis que les personnages deviennent stereotypés :
" The transformation of an intricate novel into a successful film can be a daunting task. Filmmakers must effectively generate symbolism and imagery onto the screen, instead of allowing the readers to interpret it for themselves. That's why people are always saying that a movie was never as good as the book. Unfortunately, Snow Falling on Cedars, directed by Scott Hicks (Shine), is a prime example of an unsuccessful interpretation of a tremendous novel. "
" At the same time, it has - perhaps inevitably - lost much of the novel's drive and core of originality, and its characters have, to a large extent, been reduced to movie stereotypes. As good as it is in many ways, the film is not as emotionally gripping as it should be and comes off as a rather predictable liberal statement. " (*4)
On reproche aussi au cinéaste d'avoir trop soigné la forme au détriment de la dramaturgie et de la force du fond. Que ce soit la photographie ou alors les prétentions artistiques à jouer avec le montage. La position bâtarde du film, entre production de studio à visées académiques et oeuvre aux ambitions artistiques parfois décalées, trouble visiblement les différents chroniqueurs. Toutefois le film a de francs défenseurs, comme l'influent Roger Ebert qui écrit un papier très élogieux, louant la complexité formelle du film qu'il trouve tout à fait pertinente :
" Told this way, the story seems like crime and romance, but "Snow Falling on Cedars" reveals itself with the complexity of a novel, holding its themes up to the light so that first one and then another aspect can be seen. The style is crucial to the subject. " (*5)
Mais en général, les papiers parlent d'un film "moyen", plutôt que d'être véritablement virulent à son sujet. On a une œuvre qui ne suscite pas vraiment de passion, plutôt une sorte d'indifférence. Il existe quelques critiques vraiment très dures, comme celle du San Francisco Examiner qui s'attaque à à peu près tout dans le film et se révèle être l'un des rares papiers à vraiment critiquer la représentation historique, le fait de ne pas du tout montrer l'aspect difficile des camps et de véhiculer ainsi une imagerie "propre".
Présentation du film au Festival de Toronto (1999).
Le 26 décembre, le film est présenté dans trois villes et dans trois salles, à Los Angeles, New York et Toronto. Il rapporte pour son premier week-end 32,135 dollars (*6), une moyenne entrées/copies timide pour une sortie limitée. Le film se voit offrir un plus grand élargissement deux semaines plus tard à travers 1150 écrans (*7). Une combinaison de salles bâtarde vraiment située juste entre la sortie d'un blockbuster sur 3000 écrans et la sortie limitée à moins de 1000 écrans. Par la suite l'œuvre perdra au fil des semaines de plus en plus de salles... Car le succès ne prend pas et le film se fraye à peine la place dans le top 10 de ce premier week-end de sortie nationale. Au final il va rapporter sur le sol américain (Etats-Unis et Canada) la cagnotte assez maigre de 14 417 593 dollars (*8) ce qui est bien insuffisant au vue de son budget même si on peut tout de même souligner qu'après un premier week-end laborieux, bien des films se sont plus rapidement effondrés en matière d'entrées. Toutefois, peu de débats et d'articles sur les Nippo-Américains s'organisent en parallèle de la sortie du film par exemple, loin des débats qui ont entourés la sortie de La Liste de Schindler. Si à l'échelle littéraire le récit eut un impact réel, sur celui du cinéma commercial, c'est tout autre chose.
Au contact d'un sujet de prime abord très américain, la distribution dans le reste du monde ne vient pas rattraper ces résultats fortement en demi-teinte pour Universal. Ailleurs, le film va rapporter à peine 5 millions supplémentaires (pour un total de recettes mondiales s'élevant à 19 667 593 millions (*9)). En Australie, terre du cinéaste Scott Hicks, les résultats sont également très moyens et on ne pas peut compter sur des personnes se déplaçant sur le seul nom du réalisateur de Shine. Quel accueil en France ? Les critiques à la sortie du film sont dans l'ensemble très mauvaises, si l'on excepte celles des Echos, du Figaro ou de Positif, avec des arguments surtout esthétiques et narratifs, où là encore le sujet historique n'entre pas vraiment en considération. Dans Le Monde, Thomas Sotinel le décrit même seulement comme un "arrière-plan" (*10). Yannick Vély, qui a écrit la critique très négative du film sur le site Ecran Noir, aborde lui par contre le sujet sur le plan de l'Histoire et surtout politique en s'étonnant de la représentation aseptisée des camps et de la vision qui est présente des personnages asiatiques (*11). De nombreux médias ou revues ne parlent même pas de la sortie, comme s'ils n'avaient pas été présents aux projections de presse (pas de critique du film dans les Cahiers du Cinéma par exemple). Le magazine Premiere annonçait pour sa sortie en France, le 3 mai 2000, 46 copies (*12). A l'instar de la distribution aux Etats-Unis c'est un chiffre qui donne peu de chances de succès à moins d'un bon bouche à oreille. Le film ne récoltera que 7663 entrées (*13 ) sur toute sa carrière en salle, un chiffre particulièrement dérisoire.
L'affiche française et deux jaquettes DVD.
Lorsqu'à la sortie de Hearts in Atlantis, deux ans plus tard, Hicks fut questionné sur l'échec de Snow, il avança le fait que les personnes ayant aimé le roman avaient eu peur de le voir trahi à l'écran. Mais observons aussi la promotion du film pour comprendre si cela n'a pas pu jouer : l'affiche cinéma reprend des visuels proches des couvertures du roman avec ses forêts de cèdres embrumées en arrière-plan qui reflètent un fort contenu "atmosphérique" : ce que la personne découvrant cette affiche remarque en premier lieu ce sont les visages en gros plan. C'est un moyen de mettre en avant Ethan Hawke, afin d'attirer les admirateurs de l'acteur, mais c'est surtout Youki Kudoh qui apparaît en valeur. La juxtaposition voir la fusion tel un ying et un yang du visage occidental au visage asiatique, outre une complémentarité philosophique qui représente assez bien tout ce versant du film, laisse sous-entendre aussi que le cœur est là, dans la relation difficile non seulement entre les deux personnages mais aussi deux communautés et une harmonie à retrouver. En revanche, rien sur l'internement des Nippo-Américains ni la possible confrontation avec un sujet historiquement polémique. En gage de qualité, deux banderoles encadrent l'image, l'une indique que le film est signé par le réalisateur de Shine (un succès) l'autre que le film est l'adaptation d'un best seller. Les noms alignés des interprètes en bas de l'affiche indiquent un film rempli d'acteurs très solides à défaut de grandes stars. Enfin, le slogan " First love … last forever " accentue le contenu essentiellement romantique. La vision de cette affiche interpelle les lecteurs du livre immédiatement, mais peut apparaître sans doute plus floue au spectateur en général qui ne connaît rien du contenu. En France, l'affiche est conservée, si ce n'est qu'on ne fait pas mention du best seller (plus faible impact du livre oblige). Le slogan change aussi, déviant l'une des répliques de Max Von Sydow : " Il faut beaucoup d'amour et de haine pour se libérer d'une obsession ". On dépasse pour le coup le seul cadre de l'histoire d'amour pour mettre d'emblée en valeur le mouvement plus complet du film. La jaquette DVD garde le visuel dépouillé de l'affiche originale, comme si dans les rayons de grandes surfaces culturelles l'adaptation filmée pouvait se confondre comme produit complémentaire avec le livre, présent à un autre endroit du magasin. Mais certains DVD ou VHS américains ont eu un visuel mettant en valeur uniquement Ethan Hawke avec son nom en grand, sans doute pour favoriser la location du film en vidéo club.
La bande annonce est assez limitée également, mettant essentiellement en valeur un aspect purement mélo, avec l'histoire d'amour d'enfance contrariée par divers évènements et final à la Casablanca, sans que l'on sache quels sont ces évènements précisément, même si le thème de la rédemption, du besoin d'enterrer un traumatisme, est mis en valeur. Toutefois, difficile sans connaissances préalables de savoir à quels évènements historiques le film fait référence et ce n'est pas là dessus que Universal compte forcément vendre son film. Mais la voix off bien pompeuse courante des bandes annonces U.S fait son office pour faire comprendre que le film est une œuvre "d'importance", l'adaptation d'un best seller à grand succès critique, la nouvelle œuvre de "the acclaimed director of Shine", et ça semble surtout être dès lors une invitation à un film incontournable de la période des Oscars. De toute cette campagne du distributeur, le film ne récoltera qu'une nomination (difficilement évitable) à la meilleure photographie.
A SUIVRE...
*1 RANDOMHOUSE.COM David Guterson (en ligne) Disponible sur WWW ;
*2 Kathleen Kennedy, préface de Ron Bass et Scott Hicks, Snow falling on cedars : The shooting Script, New York, 1999, P.7
*3 GREENWOOD CITY.COM (en ligne) Disponible sur WWW;
*4 BEZAITIS ATHAN in FILMCRITIC.COM- Snow falling on cedars (review, 1999) (en ligne) Disponible sur WWW;
*5 Roger Ebert, Snow falling on cedars, Chicago Sun times, 1999
*6 BOX OFFICE MOJO, Snow falling on Cedars (en ligne) Etats-Unis. Disponible sur WWW ;
*7 BOX OFFICE MOJO, Snow falling on Cedars, op.cit.
*8 BOX OFFICE MOJO, Snow falling on Cedars, op.cit.
*9 BOX OFFICE MOJO, Snow falling on Cedars, op.cit.
*10 Thomas Sotinel, Une neige ennuyeuse comme la pluie, Le Monde, 4 Mai 2000, p.35
*11 VELY Yannick in ECRAN NOIR, Un puissant Somnifère (en ligne), France, 2000. Disponible sur WWW ;
*12 Premiere, mai -juin 2000, p33.
*13 LUMIERE.ORG, Snow falling on Cedars. Disponible sur WWW ;
Guillaume Bryon (Ishmael Chambers)
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