CINETUDES
Lundi 12 Mai 2008
14:00

Compte-Rendu du Festival du Court-Métrage de Fréjus 2005

Le 8ème Festival du Court Métrage s'est tenu à Fréjus les mardi 18 et mercredi 19 janvier 2005 en l'honneur du cinéaste et écrivain José Giovanni, disparu en 2004. A cette occasion une salle multimédia est ouverte en son nom au Collège Les Chênes, à Fréjus. Cette année, le thème était "Secrets". Cette manifestation culturelle qui a attiré plus de 1500 personnes sur les deux jours, est un moment privilégié de rencontres entre les professionnels (réalisateurs, romancier, historien du cinéma, techniciens, journalistes) et le public, cinéphiles ou spectateurs ravis de connaître de nouveaux horizons en dehors du long métrage. Car le court métrage est avant tout la concrétisation d'un rêve en réalité. Aussi, le Festival du Court Métrage de Fréjus est un instant privilégié pour découvrir et faire connaître des films courts, réalisés par des professionnels du cinéma (Laetitia Colombani qui signa " A La Folie, Pas du Tout " avec Audrey Tautou et Samuel Le Bihan) ou par des nouveaux venus dans le milieu et dont c'était le premier film (Pierre-Alain Lods).

De toute évidence, ce Festival permet des rencontres et des échanges entre le public, notamment des collégiens, et des passionnés qui se consacrent à leur art, devrais-je dire à notre art à tous, car le cinéma est avant tout l'union en un instant sacré devant un pur moment de rêve, de bonheur, de sourire, de tristesse, mais avant tout devant la création artistique. Car n'y a-t-il rien de plus chaleureux, que par une froide journée d'hiver, d'être tous unis pour contempler le rêve assouvi d'un artiste.




Mardi 18 janvier 2005

Compte-Rendu du Festival du Court-Métrage de Fréjus 2005

Le premier jour du Festival est consacré à la compétition en 35 mm . La sélection de cette année se fonde sur le thème des "secrets". C'est un thème universel qui s'approprie parfaitement au cinéma, au film. Le secret d'un mot non-dit, d'un instant oublié ou caché, d'un moment de douleurs (Le Cap), d'un mythe qui se construit un Oscar (Calypso is Like So). Tout simplement l'impénétrable sensation d'avoir concrétisé un rêve et de le faire découvrir. Mettre en scène son premier film est un moment de pur émerveillement, mais aussi de pure douleur. Mais c'est un rêve assouvi, une envie qui a pris forme, la fulgurance d'une intimité, d'un inconscient qui libère ses fantasmes, ses secrets les plus profonds, les plus enfouis. Le court permet en un temps limité à l'artiste d'approcher, de contempler, de séduire, de démontrer, de dénoncer ; d'amener par la main des femmes, des enfants, des hommes dans le jardin de leur intimité, dans le berceau de leur rêve.

Mais au-delà de la beauté artistique, il y a aussi la difficulté de créer, de convaincre, les difficultés financières, techniques, les doutes, les questionnements, les remises en cause de ses propres choix. L'artiste est confronté à une multitude de problèmes, financiers, matériels, artistiques. Le questionnement de sa propre personne, de ses propres choix. Lorsque le doute s'insinue, il y a des moments d'angoisse. Cette longue attente devant l'inexorable. La vérité qu'ils croyaient posséder leur échappe, les guide sur les tortueux chemins de la douce folie. En quoi les choix décidés sont-ils les bons ? Suis-je au service de ma propre création ? La création n'a-t-elle pas pris l'emprise sur le créateur ? L'artiste ne se dépossède-t-il pas de sa création ? La création n'a-t-elle pas soumis le créateur à ses idéaux ? L'accomplissement de soi au travers un film reflète l'artiste : ses sentiments, ses choix, ses idées pour faire vivre ce que le spectateur va regarder douloureusement, avec tendresse, rejeter, approuver, pleurer, rire, sourire, supplier. La projection sur grand écran d'un rêve, d'une même et unique personne. La contemplation par le spectateur de l'intimité la plus nue de l'artiste.

Certains réalisateurs étaient présents dans la salle. J'étais tout près d'eux dans la salle de cinéma. Je me mets à leur place. Cela doit être fascinant et angoissant d'être soumis à l'appréciation de chaque spectateur qui va percevoir le film différemment. Car finalement, qu'est-ce-que le film projeté ? Et plus particulièrement un court métrage ? Assis dans une salle, le spectateur attend, les lumières, les paroles de chacun autour de soi. C'est l'ultime moment de solitude avant la communion par les images. L'interrogation. La personne est dans son lit. Elle parcourt un ouvrage. Ses paupières se font lourdes. Dans la salle, le silence hante le lieu. Les lumières s'éteignent. Le spectateur est plongé dans le noir. La personne éteint sa lampe, se couche et s'endort. Dans la salle, c'est le silence. Les premières images défilent sur l'écran. Le lecteur s'est endormi et les premières images de son rêve côtoie son esprit. Le spectateur est plongé dans un rêve qu'il va percevoir, redéfinir en fonction de sa propre personne, de ses émotions personnelles, de ses sentiments. Lui seul est capable d'apprécier le court métrage. Puis au bout de 20 minutes, les lumières se rallument, le rêve s'achève dans un soupir, dans un regret, dans un moment de tendresse, de pleurs, de rire. Le spectateur a rêvé.

La sélection du mardi était éclectique. Tous les genres furent abordés : l'animation cinéphilique (Calypso is Like So), la comédie en huis clos à message (Ascenseur pour un Boulot), le film noir (Si Cinq Rois Valaient Cette Dame), le drame intime (Le Cap), le drame social (Lune), le drame burlesque (Le Manian), l'héroïc fantasy (L'Empreinte de l'Ange), l'exercice de style (Undercover).

Cette belle représentation des genres du cinéma confirme l'universalité du thème " Secrets ". Ces dix courts métrages nous montrent toutes les différentes possibilités de lecture d'un même mot, toujours en fonction des sentiments, des idées et de la personnalité du réalisateur. La richesse des courts métrages présentés prouve les multiples possibilités d'aborder un même sujet. C'est une union de dix artistes qui ont travaillé chacun de leur côté et nous proposent à présent la lecture d'un même sujet.

Personnellement, je pense que ces jeunes réalisateurs ont tous réussi leur pari : accomplir, concrétiser un rêve. Le genre importe finalement peu. L'accomplissement d'un désir est bien trop important. Je suis membre de la Commission d'organisation et de sélection. A la vision de tous ces films (sélectionnés ou pas), je peux en déduire, voire en conclure, qu'il y a des influences majeures qui traversent tous ces courts. En premier lieu, le cinéma à message : la dénonciation, montrer pour comprendre. Le cinéma social de Ken Loach , au style semi-documentaire est présent dans de nombreux courts (Lune). Il y a une évidente volonté de dire, d'éclairer le spectateur sur certaines dérives de notre société (la détresse d'une mère à qui on retire son enfant : Lune ; la solitude et l'individualisme à outrance, même dans la mort : Le Manian ; la discrimination : Ascenseur pour un Boulot ; l'obsession du pouvoir et de l'argent : Si Cinq Rois Valaient Cette Dame ). Mais, il y a aussi le partage d'une déchirure ( Le Cap ), l'interactivité ( Undercover ), le travail sur la forme et le style à partir d'un genre, le film noir avec le court de Pierre-Alain Lods . La diversité est au cœur de toutes les préoccupations.



Les récompensés de la soirée furent :

Undercover ( Prix du Public )
Si Cinq Rois Valaient Cette Dame ( Prix Hermès de la Ville )
Calypso is Like So ( Prix du Jury )

Il n'est pas de mon devoir de juger, mais je vais apporter quelques éclaircissements sur les trois courts récompensés.



Compte-Rendu du Festival du Court-Métrage de Fréjus 2005
  • Undercover s'inspire manifestement de La Rose Pourpre du Caire (1985) de Woody Allen , où l'on voyait un acteur de film prendre vie, sortant de l'écran et aller embrasser une jeune femme amoureuse du personnage. Dans le cas de Undercover , sans en dévoiler son contenu, nous pouvons écrire que nous sommes dans une optique semblable.

  • Si Cinq Rois Valaient Cette Dame est un court extraordinaire qui bénéficie d'une maîtrise totale de son jeune réalisateur. L'influence du film noir américain est omniprésente. Le réalisateur, qui a tourné en noir et blanc avec un grain particulier sur l'image, exploite toutes les ressources du champ, de l'espace et des possibilités de son suspense, qui passe par des regards saisissants, des mots non-dits et des gestes regrettables. Le travail expressionniste sur les possibilités formelles du noir et blanc, renvoie aux influences de Fritz Lang , de Jacques Tourneur et plus récemment aux films néo-noirs de John Dahl . Si la forme est superbement travaillée, il y a aussi un message douloureux sur le pouvoir, la quête obsessionnelle de l'argent. La fin d'une ironie glaciale ne finira pas d'hanter le spectateur.

Compte-Rendu du Festival du Court-Métrage de Fréjus 2005
  • Calypso is Like So est un vrai bijoux de cinéphile. Robert Mitchum sculpte son Oscar et réinterprète tous les rôles de sa vie : Les Nerfs à Vif , La Nuit du Chasseur , Le Jour le Plus Long , Les Griffes du Passé , Rivière Sans Retour et bien d'autres. Dans un film d'animation éblouissant, une authentique jouissance pour tout cinéphile-fan de Robert Mitchum (dont je fais partie).






Mercredi 19 janvier 2005

Le thème est libre dans la catégorie vidéo . Il n'y a plus de secrets. Mais demeurent de grands moments d'émotion et de divertissement. La communion entre les spectateurs et les films est toujours présente. Tout comme pour la compétition en 35 mm, l'éclectisme et la diversité sont au cœur de la sélection.

Souvent avec très peu de moyens, les réalisateurs ont utilisé toutes les ressources de leur caméra et de leur création pour faire naître une œuvre. L'important, comme je le soulignais déjà ci-dessus, est la concrétisation d'un rêve.

L'exercice de style est très présent ( 3ème Sous-Sol , Helicamor ) et contient aussi un message ( Aligato ), mais il y a également des films à message comme Libre Comme l'Air , plaidoyer pour la liberté, Révélations , court métrage qui reflète l'actualité (mais dont je ne peux vous révéler le contenu).


Aligato (qui a obtenu deux prix, celui du Public et celui du Jury ) est un grand moment de cinéma court. Filmé en un seul plan-séquence de 10 minutes, le film suit la lente descente aux Enfers d'un homme et d'une femme, qui après la demande en mariage, finissent par se disputer et sombrer dans la violence. C'est un film très dur, qui au-delà de sa performance technique est une dénonciation de la violence dans un couple, de ses causes et de ses conséquences. Il me semble qu'il s'agit du premier film du réalisateur, Maka Sidibé , également acteur dans le court, mais c'est une réussite exceptionnelle sur tous les plans. Il y a une maîtrise totale du cadrage et de l'espace qui se recentre sur les deux personnages. Le travail de caméra est éblouissant pour un premier essai.

Le Syndrome de Cyrano de Camille Saféris a obtenu le Prix Hermès de la Ville . C'est un joli marivaudage sans mouvement dont le traitement des couleurs donne une chaleur au ton du film, partagé entre rêve, espoir et déception.



Mais tous les courts métrages présentés avaient de grandes qualités : Libre Comme l'Air , qui se déroulait dans une maison de repos, conte le rêve d'Icare d'une jeune femme en proie à la folie. Bénéficiant d'une réalisation très respectueuse de son sujet, ce court a ému par sa sincérité et par la belle performance de l'actrice principale, Murielle Martinelli . Helicamor est un vrai court métrage expérimental, fortement influencé par les premiers travaux expérimentaux dans les années 60 de Brian De Palma . Le cinéaste utilise toutes les possibilités formelles d'un escalier en spirale pour créer un enchevêtrement d'images et de formes, avec l'utilisation du split-screen et de la géométrie formaliste, renforçant par un travail de montage (plans courts) que structure le rythme saccadé par un crescendo vertigineux de précisions.






Le Festival du Court Métrage de Fréjus permet la diffusion de films courts dans le cadre d'une manifestation culturelle qui a pour vocation la connaissance, l'échange, la découverte, la pédagogie de films de jeunes réalisateurs que les chaînes de télévision diffusent malheureusement trop peu. C'est également l'occasion de découvrir des univers différents, des sensibilités nouvelles, des travaux de cinéma de personnes dont la vocation est de nous faire partager un instant d'émotion pure. La très grande présence de collégiens et de lycéens au cours des séances de projection est synonyme du fait que le cinéma est aussi un art de la connaissance et de la pédagogie : la connaissance pour comprendre, appréhender, expliquer, commenter et créer au sein des classes, une véritable discussion, des échanges d'opinions, l'enrichissement personnel pour des enfants, par de nouveaux horizons cinématographiques, qui viennent en complément des derniers blockbusters. Pour des enfants, des adolescents, n'y a-t-il rien de plus stimulant que de connaître et découvrir des films différents de ce qu'ils voient habituellement et de partager 1h30 de plaisir et de connaissances ? La projection de ces courts permet par la suite l'échange, le débat, l'affirmation d'une idée, d'une opinion et tout simplement la prise de parole pour raconter ce qu'ils ont ressenti au court de ces instants. La discussion sur des films à message, le sentiment de jouissance devant un film expérimental : le plaisir des yeux, des sens et la naissance d'une discussion, sont au cœur de toutes les préoccupations du Festival.

La vocation universelle de montrer et de faire connaître des talents nouveaux, de les récompenser en diffusant leur travail qui leur permettra sûrement de mieux se faire connaître et d'avoir un premier contact avec le long métrage. La récompense d'être sélectionné encourage ces réalisateurs à poursuivre leur travail, à affirmer une personnalité, à continuer à nous faire partager leur intimité, leurs idées, leurs sentiments, leur message, à corriger les premières imperfections pour tendre vers l'idéalement réussi. Mais au fait, qu'est-ce-qu'un film réussi ?

Chaque année depuis 8 ans, le Festival du Court Métrage de Fréjus s'inscrit dans le cadre de l'accès à tous, à la culture. N'oublions pas que la culture ne connaît pas les différences de classes sociales. La culture est universelle et demeure un savoir et une chance pour tous de faire connaître, d'éduquer, de responsabiliser, de divertir et d'apprendre. En ce sens, j'estime que la culture est universelle. Elle doit quotidiennement être présente dans notre société. Grâce à ce Festival, la culture cinématographique, qui réunit tous les arts, est présente pour tous. En permettant de s'unir devant un film, la culture, dans le cas présent le cinéma, abolit les différences de classes sociales, d'âges, et en l'espace de quelques heures, procure un grand moment de bonheur. Le nombre important de spectateurs au cours de ce Festival nous motive pour l'année prochaine, pour vous proposer une sélection aussi belle et diversifiée.





  • Pour ceux que la question des courts métrages et de leur place dans le paysage cinématographique intéresse, nous vous invitons à venir en débattre sur la partie dédiée dans le forum






Samedi 19 Février 2005
Hughes

Piece_jointe_1_Le_court_metrage_selon_Jean_Renoir.doc Pièce jointe 1 Le court metrage selon Jean Renoir.doc  (21.5 KB)

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