CINETUDES
Lundi 12 Mai 2008
11:14

DAWN OF THE DEAD / ZOMBIE de George Romero - 1e / 1978

1ère partie : Présentation


Dans la première partie de cette étude de Zombie, il s'agit outre quelques précisions d'ordre général, de mettre l'accent sur les différences entre les montages dont ce film a fait l'objet, une façon de rendre hommage au travail associé de George A. Romero et de Dario Argento dont la collaboration plus que n'importe quelle autre dans le cinéma fantastique aura permis de porter une oeuvre au delà de toute attente.



DAWN OF THE DEAD / ZOMBIE de George Romero - 1e / 1978

Ecrit par George A. Romero

Principaux interprètes :

David Emge : Stephen
Ken Foree : Peter
Scott H. Reiniger : Roger
Gaylen Ross : Francine










Le phénomène Zombie


1978. Cette date a marqué à tout jamais le cinéma fantastique de l'empreinte d'un film : Dawn of the Dead. Réalisé par George A. Romero, il sera distribué sous le titre Zombie en Europe. Deuxième film de ce qui n'est pas encore la tétralogie des Zombies, ce métrage conte l'histoire de quatre personnages tentant de survivre face à la destruction d'une civilisation qui ploie sous les corps de morts ressuscités pour des raisons qui ne seront pas évoquées.

Réalisé par G. Romero, qui n'en est pas à son premier essai en la matière puisqu'il est déjà l'heureux papa de Night of the living Dead depuis 10 ans déjà, film dont le retentissement sera tel qu'on peut aujourd'hui affirmer qu'il pose les bases du genre, Dawn of the Dead fera l'objet de 3 montages différents. En effet il sera coproduit par l'italien Dario Argento, fort caractère, qui exigera de monter lui-même la version qui sera distribuée en Europe et plus connue de nous sous le titre Zombie.

DAWN OF THE DEAD / ZOMBIE de George Romero - 1e / 1978

Lorsqu'on lui parle de ses films de zombies, Romero déclare que pour lui ce sont des jouets sans implications émotionnelles, lui permettant de se laisser aller, de parler avec ses "tripes". Exutoire donc, ne niant pas l'aspect social ou politique mais avouant avoir traité ces thèmes inconsciemment, involontairement. Il ne cache pas son embarras lorsqu'on lui parle de ses films et de ce qui a pu être écrit à leur sujet, s'expliquant difficilement leur succès mais évoquant tout de même leur "côté" symbolique, leur manière d'extrapoler sur le devenir de la société moderne, leur pessimisme. (*1)

Il peut sembler exagéré de faire dire tant de choses à ce que d'aucuns qualifient péjorativement de films d'horreur ; pourtant le cinéma fantastique, d'un point de vue narratif et symbolique, dispose de plus de liberté que d'autres cinémas reconnus pour leur portée métaphorique. S'il est vrai que le genre s'enlise souvent dans des codes usés jusqu'à la corde, certains réalisateurs démontrent cependant par une forme maîtrisée et des récits riches que la médiocrité n'est pas celle du genre mais celle du talent : Romero est de ceux-là.



When there's no more room in hell, the dead will walk the earth… *2


Face à des évènements aussi graves qu'inhabituels, les hommes semblent désorganisés, à la fois paniqués et paralysés par leurs divergences sur la nature de la situation et sur les solutions à envisager. Face à cela, certaines personnes vont décider de fuir ce désordre et de s'organiser pour leur survie en petit groupe. Francine Parker (Gaylen Ross) travaille à la télévision, la panique est totale dans les studios où les programmes sont assurés tant bien que mal alors que des débats stériles battent déjà leur plein. Stephen Andrews (David Emge), son petit ami, travaille pour la même chaîne et dispose d'un hélicoptère. Ils décident de fuir à bord de l'engin. Leur ami Roger De Marco (Scott H. Renniger) est du voyage ; soldat d'élite de son état (membre des sections spéciales d'intervention de la police), il leur présentera Peter Washington (Ken Foree), un de ses collègues qui sera donc le quatrième homme à bord de l'hélicoptère. Fuyant les grandes métropoles riches en zombies et livrées à la panique, ils vont très vite opter pour ce qui leur semble un bon refuge : un centre commercial dans lequel ils décident rapidement de se barricader.



Les personnages (empathie et identification)


Le Zombie que nous connaissons s'attarde peu sur les personnages, certaines séquences détaillant leurs relations à différents moments ont été supprimées par Dario Argento par souci d'efficacité, mais le film originel tel que voulu par Romero traite plus des vivants que des morts. Les 4 personnages sont la voûte et le thème même du métrage, rien d'étonnant à ce que les ajouts du montage Romero (expression inadaptée car on doit plutôt considérer que c'est Dario Argento qui a opéré des coupes, la paternité revenant au réalisateur) et de la version longue concernent essentiellement ces derniers.

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Quatre personnages donc, c'est peu mais leur richesse compense aisément leur faible nombre. Parmi eux deux soldats, Peter d'une part est sans doutes le personnage principal, il incarne le leader naturel par sa prudence et son habileté. Avoir choisi un acteur noir n'est pas innocent (*3), le concept de l'autre, de son refus et sa destruction n'est pas sans présenter de nombreuses analogies avec le racisme, un des thèmes sous-jacents du film (mais nous y reviendrons plus amplement dans la deuxième partie de cette étude).

Roger d'autre part, est le fonceur du groupe, naïf, excessivement téméraire, sûr de son habileté, affecté par la mort (la séquence de mort d'un de ses collègues au début du film et les précautions qu'il manifeste vis-à-vis de ceux qu'il doit déloger à ce moment en témoigne). De ce fait, le phénomène zombie est pour lui incompréhensible d'un point de vue moral, l'être humain n'a pas mérité cela et il niera le danger jusqu'à la morsure. S'il partage son amour de la race humaine avec Peter, il est moins fataliste et ne peut se résoudre à admettre l'existence avec ces créatures, au point de souvent oublier le danger qu'elles représentent.

Ces deux soldats sont accompagnés d'un couple, initiateur de la fuite en hélicoptère. Stephen d'abord, pris en étau entre sa compagne dont la souffrance et la faiblesse (exagérée) qu'il lui porte lui sont difficiles à supporter, et les deux soldats par qui il souhaiterait bien être complètement accepté malgré leurs différences. Imprudent mais gérant sa peur de façon moins néfaste que Roger, son manque de sang-froid et sa maladresse (tant vis a vis des zombies que de Fran) précipiteront sa chute. Une bonne volonté indéniable ne suffira pas à compenser sa maladresse.

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Francine enfin. Romero affectionne les personnages de femme forte, à l'instar de Day of the Dead , cette unique représentante du sexe féminin fait preuve d'une force et d'un courage sûrement plus important que ses confrères masculins chez qui la témérité est plus le fruit d'un instinct social que d'une détermination à survivre (la volonté provisoire de Peter de se suicider montre les limites de sa lucidité et de sa combativité). Sa psychologie se manifeste tant par ses inquiétudes (lorsque Stephen ne revient plus) que par ses refus (celui d'épouser Stephen à un moment où "tout est faussé", celui d'être mise à l'écart) ; cette opposition entre la souffrance et une liberté dictée par la raison est guidée par le courage.

Seul espoir de la race humaine face à la mort et à la prolifération galopante des zombies, la femme objet de procréation et de raison ne doit qu'à son courage de supporter une relative mise à l'écart de l'action, luttant contre le désespoir de ne pouvoir influer sur les actes des hommes qui l'entourent de par sa condition de femme enceinte. Cette impuissance ressentie est canalisée, a contrario de celle de Stephen qui se traduit par des actes inutiles et irraisonnés, tentatives pathétiques de reprendre le contrôle des évènements (coups de feu sur les pillards et lutte désespérée contre les zombies dans l'ascenseur).



Montages (choix artistiques et efficacité)


La version montée par Argento et distribuée en Europe portera le titre de Zombie et sera moins longue de 22 minutes. 139 minutes pour la version américaine et 117 pour ce que l'on appellera le montage européen, la version la plus longue (distribuée en Allemagne) totalisant 156 minutes (soit 39 minutes de plus que le montage que nous connaissons).

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Les montages différents sont toujours objets de fascination et ce film ne fait pas exception à la règle, d'abord parce que les différences sont assez importantes en terme de quantité (22 minutes ce n'est pas rien même pour un film dépassant les deux heures) ensuite en terme de contenu. Le montage européen n'est pas une simple version allégé du film puisque si certaines séquences ont été purement et simplement supprimées, cette version comporte des plans absents du montage américain.

L'existence de ces trois montages montre, de façon éclatante les enjeux qui découlent de cette étape de la fabrication d'un film, les choix concernant l'alternance des scènes d'actions, le nombre de plan ou la musique donnent une coloration différente au métrage et changent notre point de vue sur les personnages. Il faut préciser que le montage européen est plus dynamique et s'attarde moins sur les personnages, les scènes les plus longues ont été raccourcies par souci d'efficacité, celles-ci s'enchaînent donc plus rapidement, insufflant un rythme plus soutenu.

Les scènes présentes sur le montage américain et absentes du montage européen s'apparentent souvent à des plans courts, sauf lorsqu'il s'agit de séquences complètes qui renseignent plus amplement sur la psychologie des personnages (la remarque est aussi valable pour ce que j'appellerais ici la version longue). Il n'est pas ici question de recenser toutes les différences entre les versions mais de mettre en avant ce qui à notre sens mérite d'être souligné, en nous concentrant sur les versions américaine et européenne, en prenant comme mètre-étalon ce que nous connaissons le mieux, le montage d'Argento, qui servira de base (*4). Cinq séquences coupées ou écourtées méritent d'être signalées. (*5)

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  • La première est la séquence où Fran et Stephen arrivent au lieu de rendez-vous avec Roger (Peter s'ajoutant au petit groupe sur proposition de Roger). Ce dernier n'est pas encore arrivé et sur les lieux se trouve un groupe de policiers déterminé à emporter un maximum de vivres avant de fuir en bateau. Le couple se trouve désemparé face à des hommes armés et rendus agressifs par la peur. L'arrivée de Roger et de Peter, membres d'un commando d'intervention, leur attitude sous-entendant leur détermination à en découdre, dissuadera vite les policiers de partir (ces derniers ne manquant pas de demander des cigarettes avant de disparaitre). Personne n'a de cigarettes à leur donner, pourtant une fois en vol, chacun s'en allumera une… Cette séquence pose les bases de la dépendance du couple à la maîtrise des armes des deux membres des commandos. Sans eux ils ne pourront se défendre ni face aux zombies ni face aux humains. Cette scène montre aussi que la loi de la jungle reprend ses droits face à une situation de crise et que l'on ne s'entraidera que dans le clan : pas de cigarettes et pas d'aide aux membres extérieurs au groupe.

La solidarité humaine (si exaltée de nos jours en situation de catastrophe) en prend un coup et l'on intègre plus naturellement le caractère inéluctable de la confrontation finale avec les "pillards". Chacun recherche ce qui est à son sens indispensable à sa survie, "l'autre" étant plus concurrent que partenaire.

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  • La seconde concerne l'arrêt à l'aéroport pour trouver du carburant pour l'hélicoptère. Outre l'apparition d'un zombie qui surprendra Roger en train de faire le plein avant de rapidement se faire décapiter par les pales de l'engin (mort stupide renforçant tout de même l'idée que se fait Roger de ces créatures qu'il sous-estime), l'attaque des enfants zombies et la maladroite et dangereuse façon employée par Stephen pour protéger Fran et pour abattre un zombie s'en prenant à Peter, sont plus lisibles dans le montage américain même si la séquence se trouve rallongée.

Contrairement à Zombie, tous les personnages sont ici menacés simultanément dans cette séquence (complètement transformée chez nous) : Peter par des enfants zombies (il est d'ailleurs remarquable de noter qu'ils sont abattues hors champs chez Romero alors qu'Argento n'hésite pas à les montrer perforés par les balles, sans doute moins par souci de la pudibonderie américaine que pour éviter des coupes de la MPAA, la commission de censure américaine), Roger par un zombie qui ne sera pas une réelle menace, Stephen et Fran par deux autres morts. Le premier sera mis hors course dans une séquence qui n'est pas sans faire penser à l'empoignade du cimetière dans Night of the living Dead , le deuxième sera abattu par Roger, les balles mal placées de Stephen mettant en valeur ses piètres qualités de tireur. Il faut préciser que lors de cette empoignade, Fran est absente de la majorité des plans du montage européen. Son attitude dénote avec la psychologie générale du personnage par la suite tant elle est, sur les plans coupés, paralysée et incapable d'agir.

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  • La troisième séquence se déroule peu après l'arrivée dans le centre commercial, dans le prolongement du malaise provoqué par le fait que Fran soit enceinte. La discussion tendue entre Fran et Stephen est caractéristique de son attitude vis-à-vis d'elle. Là où le montage européen s'arrête à la question de Fran à Stephen, à savoir si il veut qu'elle avorte, Romero laisse la discussion se poursuivre et s'envenimer sur le fait que le projet initial de voler vers le Canada semble mourir ici dans le centre commercial. La rancœur que Fran manifeste à cette occasion explique mieux l'attitude de Stephen par la suite alors qu'elle semble avoir digéré ce différent. Si le montage d'Argento sous-entend ce conflit grâce à d'autres séquences (le visage de Stephen, contraint de laisser des munitions à Fran avant une "escapade" masculine en dit long sur sa rancœur), la cohérence de cette relation conflictuelle est ici plus évidente. Stephen, frustré d'avoir à associer Fran à leur délicate organisation, est pris en étau entre les deux commandos (dans sa recherche de complicité et d'intégration à un univers masculin) et sa compagne (qu'il aime) vis-à-vis de laquelle il est maladroit. La contradiction entre sa culpabilité de l'avoir avec lui et les sentiments qu'il a pour elle s'évacue par la colère injustifiée qu'il lui manifeste pendant le reste du métrage. Culpabilité double, le refus d'aller au Canada comme prévu initialement étant une trahison.

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  • La quatrième n'est pas essentielle mais elle est caractéristique du ton du montage Romero. Peu après avoir rempli un sac d'argent liquide dans l'agence bancaire du centre commercial, on peut voir Peter et Stephen sortir en respectant scrupuleusement les allées d'attente, délimitées par des poteaux soutenant des cordes, d'une démarche pleine d'obséquiosité et d'ironie. Car Romero a voulu son film ironique, la musique parfois légère et grotesque bafouant le drame en est l'illustration sonore.

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  • La cinquième se déroule après la mort de Roger. On y voit Fran mettre le couvert avec quatre assiettes alors qu'ils ne sont plus que trois et en prendre conscience tardivement. Scène banale de la vie suivie d'une autre du même acabit : une dispute concernant la télévision (qui n'émet plus d'émission depuis plusieurs jours) que l'on devrait laisser éteinte selon Fran, allumée selon Stephen. Le conflit demeure donc dans le couple et s'exacerbe de la façon la plus grotesque et la plus commune comme en témoigne la trivialité de cette scène de ménage, alors que la mort de Roger laisse des traces dans un groupe réduit à la portion congrue. Dans un isolement aussi cruel, toute disparition est d'autant plus durement ressentie, surtout quand elle s'apparente à un gâchis. Cette séquence rompt quelque peu avec l'ambiance plus nuancée de la version européenne.

Beaucoup des différences recensées entre ces deux versions sont minimes et le choix dynamique de ce montage n'est pas étranger au succès remporté par le film en Europe. On peut toutefois déplorer un enchaînement des séquences parfois trop incisif (ceci n'apparaissant pas d'évidence…) comme lors de la séquence des camions où le déroulement des étapes est plus intuitif que précis. Cette séquence perd en clarté alors qu'elle constitue une des scènes-clé du film tant pour le déroulement des évènements que pour prendre conscience de la psychologie des personnages (et donc de leur destin).

Le choix de couper cette scène est en accord avec l'idée qui domine le travail d'Argento sur la totalité de son montage : l'efficacité, mais on peut se demander pourquoi une scène aussi courte et basée sur l'action a été écartée. Sans doute un souci d'homogénéité de traitement des personnages a-t-il incité à ne pas en montrer plus ici alors qu'ailleurs, des coupes franches font fi de la psychologie des personnages. Loin de moi l'idée d'insinuer qu'Argento a de par son montage dénaturé totalement le film, son montage plus incisif est d'une lisibilité assez remarquable, mais il estimait que ce film avait un gros potentiel en tant que film d'action (habile calcul car les scènes d'action sont haletantes) alors que la vision initiale de Romero lorgne vers une critique plus appuyée de l'être humain et de son comportement dans le microcosme (la bande des 4) que dans les macrocosmes sociaux (vis-à-vis des autres survivants).

Cette remarque est particulièrement bien illustrée par cette courte séquence coupée, qui outre le fait qu'elle permet d'éviter une ellipse nuisant à la compréhension précise de l'action (en faisant fi du premier retour des camions), donne plus d'indications sur ce qui va entraîner la mort de Roger. Cette séquence est une des scènes-clé du film concernant la psychologie des personnages et leur devenir. Elle préfigure et justifie la mort de Roger (en émettant des doutes sur son sang-froid et en insistant sur sa dangereuse audace, celui-ci passant de la sérénité à la stupeur en quelques plans.



Séquence commentée


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Les bandes-son... ou quand Goblin porte un film au firmament


Les bandes-son elles aussi sont marquées par de grandes différences. Si celle d'Argento doit beaucoup à Goblin qui signe là ses mélodies les plus impressionantes, celle de Romero est plus complexe, faisant appel à la parodie lors de séquences au comique peu évident (musique grotesque pour certaines séquences où les zombies sont filmés seuls, clairon de la cavalerie lors de la charge des pillards) et recourrant à d'autres moments à certains thèmes de la bande originale de Goblin (ces interventions sonores étant minoritaires). Cette utilisation du son chez Romero complexifie le métrage autant qu'elle lui fait perdre en efficacité. En effet, le travail de compilation de musiques préexistantes par George Romero (parfois dans le ton des musiques d'ambiance de supermarchés) est très éloigné des sensations apocalyptiques des mélodies de Goblin qui sont comme autant d'hymnes de fin du monde.

DAWN OF THE DEAD / ZOMBIE de George Romero - 1e / 1978
La musique de Goblin renforce le côté apocalyptique du métrage et n'est pas étrangère à la tension nerveuse provoquée par le film ; à une section rythmique calquant les battements d'un cœur succède un clavier insistant, résonnant avec la lancinance d'un tintement de cloche (l'alba dei morti viventi) sublimant ainsi l'inexorable progression des zombies. Mais le morceau de bravoure de cette bande-son est sans doute la musique accompagnant les séquences d'action dans la marée zombie, les breaks grandiloquents de batterie/clavier, la double grosse caisse martelant, alternée avec des percussions légères sont à vrai dire aussi insoutenables que le stress de ces images de promiscuité avec l'horreur.

Romero avait de son côté opté pour une bande-son plus proche de Night of the living dead, plus de cuivres et de classicisme pour une bande-son assez vite oubliée. On notera que le travail de Goblin inspirera d'une manière ou d'une autre la bande-son de Day of the Dead. Pour le reste, les "créatures musicales" de Romero sont moins terrifiantes que celles des comparses de toujours du maître transalpin, ses zombies sont moins l'incarnation de la terreur que des pantins mettant en valeur les faiblesses humaines, le grotesque de certaines pièces musicales en décalage avec les images le laisse en tout cas penser. Romero pousse l'ironie jusque dans la bande-son.








A SUIVRE...


Pour discuter du film et de l'article, c'est par ici !


*1 Propos relevés dans un entretien accordé à la revue Mad Movies dans son numéro 84.

*2 "Quand il n'y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre."

*3 Contrairement à Night of the living Dead dont le scénario original ne fait aucune référence à la couleur de peau du personnage.

*4 Pour une étude plus systématique des différences, se reporter au minutieux travail d'Eric Dinkian sur le site Devildead.com .

*5 D'autres séquences, généralement plus courtes, illustreront les propos de la deuxième partie de cette étude.





Dimanche 27 Novembre 2005
Stéphane Lapeyre

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