CINETUDES
Dimanche 14 Mars 2010
8:33
Joe DANTE

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie



Episode 13 : The Hole in the Head Gang

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie
Réalisé par Joe Dante. Diffusé le 1er mars 1992.

Cinquième et dernier épisode réalisé par Joe Dante pour la série. C'est dire si on l'attendait au tournant, après deux épisodes excellents, un honnête et un plutôt médiocre. Et bien avec The Hole in the Head Gang, le bilan est largement positif ! Marshall et Simon passent le temps en s'amusant à trouver les maisons hantées de Eerie (ils en sont déjà à 50). La maison suivante qu'ils doivent inspecter est en fait un moulin, et dans un premier temps ils découvriront que la maison n'est pas hantée mais qu'elle abrite un adolescent étrange aux cheveux gris, Dash-X (Jason Marsden), qui a inventé tout un tas de pièges pour faire croire que la maison est hantée et ainsi rester tranquillement au moulin sans être dérangé. C'est donc la première apparition de Dash-X dans la série et ce ne sera pas sa dernière : la série connaissant alors des problèmes d'audience, il fut décidé de rajouter un autre personnage en plus de Marshall et de Simon. Non pas que Dash-X constitue le troisième membre du groupe, car il se révèle très égoïste et seulement intéressé par le profit, mais il sera par la suite amené à croiser de temps en temps la route des deux autres, ses apparitions tombant à chaque fois comme un cheveu dans la soupe (ce qui à vrai dire colle très bien à son personnage). On le verra ainsi dans trois autres épisodes. Ici, il découvrira avec Marshall et Simon que le moulin est réellement hanté et qu'il abrite le fantôme de Grungy Bill, du voleur le plus nul de l'ouest, condamné à rester à l'état d'ectoplasme tant qu'il n'aura pas réussi à cambrioler une banque !

Ce sujet parle de lui-même et on retrouve la folie du Dante des épisodes Foreverware et The Losers. L'inévitable scène de hold-up répondra aux attentes que l'on en a : déjà plus que mal foutue dès le départ, elle partira bien évidemment magistralement en sucette, ne serait-ce qu'à cause du personnage de Grungy Bill, resté bloqué dans sa mentalité du far west. On appréciera aussi de revoir le personnage de Belinda Balaski, la ménagère hippie de Foreverware. Un épisode impeccable, qui arrive à la fois à intégrer de nouveaux personnages (Dash X, mais ce n'est pas le seul) et à être très décomplexé..

Episode 14 : Mr Chaney

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie
Réalisé par Mark Goldblatt. Diffusé le 8 mars 1992.

Comme le suggère son titre, cet épisode traite de loup-garou. A la suite d'une immonde magouille de Dash-X succédant elle-même à une immonde magouille des autorités de la ville, Marshall est nommé Harvest King. Tous les 13 ans, ce "roi des récoltes" est choisi pour aller dans les bois voir le loup de Eerie, censé amener à la ville 13 années de prospérité agricole et d'impôts réduits. Mais le problème pour Marshall est qu'aucun des anciens rois n'est jamais revenu... Et pour cause : Mr Chaney, l'homme qui les conduit dans les bois, est un loup-garou. Les références cinématographiques sont ici assez nombreuses et évidentes, puisque hormis le titre en forme d’hommage aux célèbres Lon Chaney (senior et junior), on trouve également une référence explicite à Hurlements, le film de Joe Dante. Et on trouve également une certaine insistance sur un personnage apparu à l'épisode précédent : celui du boutiquier tenu par John Astin, le Gomez Addams de la série originale de La Famille Addams. Il représente l'un des vilains qui défendent la tradition du Harvest King, à côté d'un maire complètement yuppie. Mais c'est un vilain à la ramasse, et donc fort sympathique. Sinon le loup-garou de cet épisode est un loup-garou légèrement trop mariole, comme le montre son maquillage déjà assez approximatif. On verra aussi un Marshall mordu, susceptible de devenir un loup-garou lui-même, mais qui s'en tirera à moindres frais puisque suite à l'ingestion d'une potion magique, seule des rouflaquettes apparaîtront sur lui à la pleine lune !

Deux épisodes après Tornado Days, on retrouve l'idée de la tradition débile ; un concept assez bon, qui permet de mettre l'accent sur l'étrangeté de tous ces villageois.

Episode 15 : No Brain, No Pain

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie
Réalisé par Greg Beeman. Diffusé le 15 mars 1992.

Tâche ardue que de résumer cet épisode dont le scénario ne se repose pratiquement jamais et fait la part belle aux rebondissements. Marshall et Simon découvrent un clochard complètement fou qui se fait agresser par une pulpeuse bonne femme au flingue futuriste. Ils décident de ramener l'homme chez Marshall, de le nettoyer et de mettre de l'ordre dans ses affaires. Ils découvrent que c'est un ancien savant dont la dernière invention, une sorte de casque électronique relié à une unité centrale, rendait son utilisateur soit génial soit fou, dépendamment du nombre d'utilisations. Et lorsque l'utilisateur devenait fou, comme ce savant, son esprit était stocké dans une cassette disposée dans l'unité centrale. A charge pour les deux d’inverser le processus, sachant que la femme ayant sévi un peu plus tôt cherche à se procurer l'invention pour la mettre entre de mauvaises mains (celles des républicains !). Là dessus, Dash X va également débarquer, appâté par l'odeur de l'argent.

Echange d'esprit, piques anti-républicaines, faux semblants, enquête sur ce qui a amené à cette situation, il est assez dingue de voir tout ce que les scénaristes ont pu placer dans cet épisode survolté. Les idées fourmillent, la mise en scène est pleine de panache. Plus de chichis mais de la science-fiction comique dépassant le seul cadre de la série pour enfants... Bref, après plusieurs épisodes déjà bons, on sent que la série trouve son rythme de croisière et exploite véritablement son potentiel.

Episode 16 : The Loyal Order of Corn

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie
Réalisé par Bryan Spicer. Diffusé le 22 mars 1992.

S'attardant sur le thème des sociétés privés limite sectaires, The Loyal Order of Corn nous montre quelques un des adultes les plus en vue de Eerie se regrouper dans une confrérie dédiée au maïs, du moins si l'on en croit le nom de leur groupe ainsi que les chapeau en forme d'épis de maïs qu'ils portent tous. Trouvant cela plutôt bizarre, d'autant plus que le père Teller s'y est inscrit, Marshall et Simon vont décider d'enquêter, avec l'aide de Dash-X récemment recruté en temps que barman assistant au sein de la confrérie. Ils découvriront que les extra-terrestres sont à l'origine de tout cela.

Cet épisode est avant tout consacré à Dash-X, qui dans la série ne prend d'ailleurs ce nom qu'a partir de cet épisode, ses appellations s'étant jusqu'ici limitées à "le gosse avec les cheveux gris" ou autres dénominations plutôt vagues. C'est ainsi que l'on y découvrira le pourquoi des symboles qu'il possède sur les mains ou encore sur l'absence de ses parents. Ce qui est un peu dommage, puisque Dash-X n'était jusqu'ici qu'un élément imprévisible de plus, pouvant frapper n'importe quand, sans passé ni motivations. Les origines extra-terrestres que l'on lui donne ici contribueront à le rendre moins mystérieux et moins décalé. Ceci dit, puisqu'il ne restait que peu de temps à vivre à la série, ce n'est pas franchement dommageable à long terme. Reste donc un épisode étrange de plus, dans la moyenne, qui donne également un beau rôle à John Astin, leader de ce "loyal order of corn" qui se clôturera d'une façon assez sentimentale.

Episode 17 : Zombies in PJs

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie
Réalisé par Bob Balaban. Diffusé le 22 avril 1992.

Le World O'Stuff, sorte de bazar dans lequel aiment traîner Marshall et Simon, va mal. Son patron, M. Radford (John Astin) n'a plus payé ses impôts depuis longtemps et s'apprête à recevoir sous peu un inspecteur. C'est alors que se présente à lui un étrange homme d'affaires, qui lui propose d'échanger son âme contre le succès commercial. Radford accepte et se propose donc d'ouvrir son magasin pendant la nuit. Le succès sera retentissant, toute la ville se présentant à la boutique pour y acheter tout et n'importe quoi. Marshall et Simon enquêtent et découvrent que l'étrange homme d'affaires en question a trouvé le moyen de transformer les citoyens en consommateurs zombies pendant leur sommeil.

Un épisode excellent, plein de références à des histoires fantastiques diverses, avec bien entendu en premier lieu le Zombie de George Romero. Un film qui place ses morts vivants dans un centre commercial, symbole de la société de consommation dans lequel les morts se rendent machinalement. Ici, c'est la même chose, sauf que les citoyens ne sont pas véritablement des zombies au sens propre du terme. Bien que déambulant sans aucune conscience, les bras en avant, ils restent malgré tout vivants. La frénésie consommatrice est vue littéralement et elle transforme les citoyens en zombies. Autre référence : Faust, bien entendu, qui est modernisé et trouve ici une interprétation comique du plus bel effet. Enfin, dernière référence : la série des Freddy. Là aussi, les rêveurs (rappelons que les citoyens ne sont "zombifiés" que lors de leur sommeil) rapportent des éléments concrets de leur sommeil, sauf qu'il ne s'agit pas ici de blessures ou de chapeau feutre, mais bien d'objets à la con (une lampe Elvis !). Tout ceci donne un épisode très malin, très drôle, et après la référence aux républicains quelques épisodes auparavant, la série repartait sur des bases plus engagées, de même que les nouveaux personnages commençaient à être un peu plus développés (Redford ici, Dash-X dans le précédent...). Mais c'est trop tard, et Zombies in PJs sera la dernier épisode "normal" de la série, le prochain étant un épisode d'adieu.

Episode 18 : Reality takes a Holiday

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie
Réalisé par Ken Kwapis. Diffusé le 12 avril 1992.

Ainsi donc, voici le dernier épisode réalisé pour la série Eerie Indiana. La déprogrammation était déjà connue de tous et il fallait bien entendu marquer le coup. Joe Dante devait d'ailleurs réaliser lui-même cet épisode, mais, pris sur les préparations de son Panic sur Florida Beach, il dut se résigner à laisser le poste à Ken Kwapis et se contenter d'une apparition devant la caméra, dans son propre rôle. Car ce dernier épisode, annonçant le futur Truman Show de Peter Weir et dans une moindre mesure le Freddy sort de la Nuit de Wes Craven, nous montre comment Marshall Teller découvre qu'il est le personnage central d'une série télévisée. Alors que sa famille est partie au cinéma en compagnie de Simon, Marshall découvre le scénario de Reality takes a Holiday dans sa boîte aux lettres. En retournant chez lui tout de suite après, il découvre un plateau de tournage où tout ceux qu'il considérait comme sa famille ne prétendent en réalité qu'être des acteurs, le jugeant lui-même comme tel et l'appelant par le nom de Omri Katz. Même Simon ne semble plus être Simon et se fait appeler Justin Shenkarow. Les techniciens grouillent de partout et le réalisateur Joe Dante commence à s'impatienter du comportement de Marshall/Omri qui refuse de jouer dans l'épisode du jour, Reality Takes a Holiday, prétextant que toute cette situation est la plus anormale qu'il ait jamais rencontré à Eerie. Profitant de l'arrêt momentané du tournage, Marshall se rend dans le bureau du scénariste de la série, José Schaeffer, pour y découvrir que pour relancer la série, les créateurs ont prévu de faire mourir son personnage dans ce même épisode et prévoient de confier la vedette à Jason Marsden, alias Dash-X... La course commence alors pour Marshall qui tentera de modifier le script, voire de revenir à une situation normale...

Quelle meilleure idée que de finir la série sur un tel sujet ? Répondant sans peine aux exigences de bizarrerie, Reality Takes a Holiday constitue certainement l'épisode le plus intelligent de la série. S'attardant sur un thème cher à Joe Dante, à savoir les coulisses du cinéma ou plus exactement ici de la série télévisée, il abonde en commentaires sur les méthodes de fonctionnement de toute la production. Déjà, il nous montre le pourquoi de l'arrivée tardive de Dash-X dans la série et le pourquoi des bouleversements de la mythologie : tout simplement pour répondre au manque de succès. La suppression du personnage de Marshall qui est prévue apparaît ici comme un prétexte grossier pour renouveler la série, et la lutte de Marshall pour changer le script et continuer à apparaître (mais aussi à vivre, puisque lui refuse l'idée qu'il est un personnage de série télévisée) apparaît comme la lutte pour faire tout bonnement perdurer la série. Ici les exécutifs n'apparaissent pas sous un bon jour, et saluons l'audace de José Schaeffer qui n'hésite pas à se montrer sous un mauvais angle, endossant à lui seul la responsabilité de la fin du personnage de Marshall (avec au passage quelques piques adressées aux pontes de NBC), et même dans une moindre mesure celle de Joe Dante, qui se prête au jeu en se montrant à l'écran comme un réalisateur lambda se contentant de tourner ce qu'on lui soumet. Même les autres acteurs se prêtent au jeu : la famille de Marshall n'est plus et laisse la place aux acteurs, Francis Guinan (le père), Mary-Margaret Humes (la mère) et Julie Condra (la soeur), guère touchés par le décès programmé de leur parent fictionnel et même froissés du lunatisme de celui qu'ils voient désormais comme Omri Katz, qu'ils jugent comme un ado en crise refusant d'admettre sa disparition de la série. Simon / Justin Shenkarow ne soutiendra même pas son collègue, lui aussi étant devenu un acteur basique et même un petit con plutôt prétentieux. Bref Marshall se retrouve seul. Totalement inédit dans la série, cet isolement rend l'enjeu de l'épisode encore plus étrange et tragique. Mais malgré tout, la rupture n'est pas totalement consommée puisque Jason Marsden continue sensiblement à avoir le même comportement dans la vie réelle qu'à l'écran lorsqu'il incarne Dash-X. Arriviste, opportuniste, il a tout à gagner ici puisqu'il doit devenir la tête d'affiche. Il s'évertuera donc à mettre des bâtons dans les roues à Marshall, souhaitant coûte que coûte l'empêcher de changer le scénario. Marshall devra donc principalement lutter contre lui, en plus d'avoir à gagner du temps auprès d'exécutifs aux idées arrêtées et de collègues irrités de son comportement jugé puéril. Tout le reflet de la lutte pour la survie de la série. Une lutte vouée à l'échec ? La fin restera ambiguë, marquant peut-être les quelques espoirs entretenus par les créateurs pour voir leur série un jour se prolonger...

Episode 19 : The Broken Record

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie
Réalisé par Todd Holland. Diffusé le 9 décembre 1993.

Un épisode quelconque, tourné en même temps que les autres, mais diffusé plus d'un an et demi après l'annulation de la série. Et on comprend qu'il n'ait pas été montré plus tôt, tant il est mauvais. Marshall et Simon deviennent amis avec Todd, un pauvre gosse maltraité psychologiquement par son père, rendu agressif par un chômage qui se prolonge. Ils lui font découvrir les disques des Pitbull Surfers, un groupe de hard rock. Le père en question ne va pas aimer ça, jugeant le hard rock comme un encouragement à la rébellion, truffé de messages subliminaux. Et en effet, Todd va changer. Du gamin coincé qu'il était, il va prendre le look et le caractère d'un rocker. Rien de bien intéressant ici : le côté mélo est présent, avec le couplet sur la pauvre famille sans le sous, sur le gamin trop introverti qui s'ouvre soudain d'une façon trop évidente et sur la portée des actes de Marshall et Simon, qui font le mal en pensant bien faire. Même les méfaits du Todd hard-rocker ne seront pas drôles, malgré la présence d'un flic ultra-sensible qui est certainement le seul aspect positif de cet épisode.

Le seul élément "eerie indianesque" fera son entrée à la fin et servira davantage de prétexte à une avalanche finale de mélodrame familial qui, heureusement, réhabilitera la musique rock (même si celle des Pitbull Surfers que l'on entend est rudement moche) au terme d'une intrigue qui aurait pu verser dans l'hérésie et présenter le rock comme une musique de Satan. Pas drôle, trop lisse, consensuel, cet épisode est une calamité.




Conclusion


Eerie Indiana est une série assez hétérogène. Les dix-neuf épisodes sont assez inégaux non seulement en terme de qualité, mais aussi en termes de thématiques et de continuité mythologique (la revitalisation de la série à partir de The Hole in the Head Gang amène plusieurs changements dans un seul épisode). Avec tout ceci, il n’est pas aisé d’analyser la série comme un tout cohérent et encore moins d’en déduire l’apport de Joe Dante, dont le poste de "conseiller créatif", aussi réel et concret fut-il, n’est tout de même pas tout à fait comparable à celui de Karl Schaefer et de José Rivera, les créateurs de la série. Dante ne réalisa que cinq épisodes, eux-mêmes assez différents les uns des autres, et ses déclarations sur le sujet ne sont pas légions, y compris dans le livre de Bill Krohn qui lui est consacré dans lequel il s’exprime en ces termes : " Conseiller créatif a l’air d’être un titre creux, mais ça s’est beaucoup mieux passé que je ne l’aurais cru : j’ai été consulté et j’ai pu être créatif ! J’ai lu tous les scripts, participé aux choix d’acteurs et j’ai eu une influence sur l’ensemble de la série. "

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie

Il est vrai que le choix des acteurs est tout de suite imputable à Dante, puisque hormis Dick Miller , Henry Gibson et Belinda Balaski, que l’on retrouve dans les épisodes qu’il a lui-même réalisé, on peut apercevoir de façon récurrente Archie Hahn dans le rôle du patron du World O’Stuff, le bazar local, qui sera remplacé au milieu de la série par un autre habitué de l’univers de Dante, John Astin. Toujours des rôles secondaires, certes, mais comparables à ceux que ces acteurs tiennent dans les films ou téléfilms de Dante, où là aussi ils se voient rarement attribués la tête d’affiche (il n’y a à vrai dire que le génial Hollywood Boulevard qui les place à ce niveau).

Un autre élément typiquement "dantesque" tient aux multiples références cinématographiques. Elles peuvent être directes comme dans le bien-nommé épisode Mr Chaney et sa lycanthropie, dans Zombies in PJs et ses zombies post-Romero, ou encore dans Scariest Home Videos et ses références à Boris Karloff, ou elles peuvent se retrouver dans une forme plus subtile avec des épisodes orientés vers tel ou tel genre cinématographique. The Hole in the Head Gang se réfère ainsi aux westerns, No Brain no Pain aux films de savants fous et Who’s Who aux cartoons de Chuck Jones ou Tex Avery. Tout se réfère en tout cas au cinéma de genre généralement plébiscité par Dante et il y a fort à parier que son influence s’est principalement faite sentir à ce niveau. En revanche, les romances de Heart on a Chain et de Dead Letter, quoique toutes deux basées sur du fantastique voire sur des références filmiques ouvertes (James Dean) sont assez surprenantes, surtout qu’elles s’accompagnent comme pour quelques autres épisodes (The Broken Record) d’une morale fade et consensuelle que l’on ne s’attendait pas à voir chez le réalisateur (encore que le téléfilm qu’il réalisa peu après, Runaway Daughters, aura lui aussi sa part de conformisme). Sans tenter de justifier le réalisateur (surtout qu’on ne sait trop les pressions qui furent imposées sur lui et sur les créateurs de la série par la Fox), on peut penser qu’il souhaitait par là revenir à la morale véhiculée par les productions des années 50 destinées aux enfants ou aux adolescents. Toujours est-il que ce n’est pas une franche réussite et que ces épisodes sont marqués par une trop grande volonté de susciter l’implication émotionnelle du spectateur, à la différence d’un Panic sur Florida Beach qui, lui, illustrait principalement les sentiments du cinéaste… Le sujet de départ de la série (et son côté Quatrième Dimension) ainsi que son impertinence en prennent un petit coup, qui heureusement ne dura que l’espace de quelques épisodes.

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie

Autre preuve de l’influence de Dante, qui du reste découle elle aussi de la cinéphilie du cinéaste : l’aspect technique. Bien des épisodes usent de procédés principalement en vigueur dans les productions fantastiques des époques chères à Dante (les années 50 et 60) : des angles de caméras assez étranges ou mettant exagérément l’emphase sur certains plans, l’emploi de lentilles déformantes, des photographies colorées ou propices aux jeux d’ombres… Tout ceci crée un paradoxe très bienvenu dans une série du début des années 90 qui se déroule en apparence dans une ville bourgeoise traditionnelle. Et ces effets de mise en scène ne sont pas gratuits, puisqu’ils permettent effectivement de démontrer l’emprise de l’irrationnel sur la ville de Eerie. Ce sera l’un des principaux traits d’identité d’une série qui, aussi bien écrits soient certains épisodes, aurait autrement parue bien fade.

Mais surtout, ce qui permet le plus de déceler l’influence de Joe Dante sur la série, c’est tout bonnement ce côté satirique qui caractérise la filmographie entière du réalisateur. Passé le côté moral déjà mentionné et qui n’est pas exactement l’élément dominant de la série, on peut voir que de nombreux épisodes touchent à des questions politiques ou sociales. A ce titre, en plus de ressembler à La Quatrième Dimension, Eerie Indiana est également à rapprocher de Twin Peaks (série diffusée à peu près à la même époque). A l’instar de la série de David Lynch, Eerie Indiana montre beaucoup d’apparences normales cachant une réalité étrange, parfois dangereuse, parfois attachante, parfois simplement absurde. C’est ainsi que les réunions tupperwares de Foreverware dissimuleront une véritable secte d’utilisateurs de fontaines de jouvence en plastique (enfants brimés inclus), que les sociétés secrètes du type de celle du Loyal Order of Corn seront rattachés aux extra-terrestres ou que les traditions comme celles de Tornado Days ou de Mr Chaney relèveront davantage de doctrines religieuses païennes que des simples fêtes folkloriques. Reality takes a Holiday, au-delà de sa vision autobiographique du monde de la télévision, pourra même être intégré à ce même raisonnement selon lequel les apparences sont tout sauf exactes et que même les individus cachent des secrets parfois très profonds. Et que dire de The Losers, épisode dans lequel Marshall découvre l’existence d’une société souterraine spécialisée dans la perte d’objets en tous genre !

Tout ceci n’est finalement pas si éloigné que cela du concept des Body Snatchers de Don Siegel, Philip Kaufman et Abel Ferrera, et Dante ainsi que ses camarades créateurs de la série (on saluera d’ailleurs les épisodes signés Bob Balaban) utilise ce postulat de réalités trompeuses pour se livrer à une satire sociale pleine d’humour à propos du mode de vie américain.

EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie

D’autres fois, les sarcasmes se font plus virulents et touchent directement au système établi. C’est ainsi que le maire pourri, que le flic étrange (tous deux principalement dans Marshall’s Theory of Believability), que les professeurs conspirateurs pour une enfance plus docile (Just Say no Fun), que les commerçants (Zombies in PJs), que le système bancaire (ATM with a Heart of Gold) et que les relations familiales (Who’s Who) seront à l’origine de nombreux déboires, de trafics voire d’endoctrinements purs et simple, tout ceci couverts en apparence d’un conservatisme ou d’une démagogie que les scénarios de la série se plaisent à gratter. Dans Scariest Home Videos, la fin de la guerre froide sera même un sujet de moqueries lorsque Marshall et Simon, déguisés pour Halloween en Reagan et Gorbatchev, continueront même de se battre en privé avant d’aller ensemble faire la fête en public ! Encore pire : la nature elle-même cache des choses louches, avec ces histoires de chiens révolutionnaires (The Retainer) et de changements d’heure dissimulant une dimension parallèle (The Lost Hour) !

C’est donc avec un humour très proche de celui de Dante que Eerie Indiana nous décortique à sa façon (assez sommaire il est vrai, chose normale compte tenu du public visé et de la durée de chaque épisode) les rouages d’une ville américaine classique, tellement classique que certains éléments culturels américains y circulent librement sans gêner personne (Elvis, le couple de la célèbre peinture American Gothic de Grant Wood…). Le recul à adopter face à chaque épisode (y compris pour No Brain, no Pain, basé sur l’action ainsi que pour The Hole in the Head Gang, qui a la lourde tâche de renouveler la série) ne se dément que lorsque les épisodes portent sur un sujet romantique ou familial (Heart on a Chain, The Dead Letter, The Broken Record, mille fois plus mièvre qu’un Who’s Who au sujet comparable). Bref, sans affirmer que toute la réussite de la série est due à Joe Dante, on peut en revanche affirmer que l’apport créatif du réalisateur fut assez énorme et que José Rivera et Karl Schaeffer ont parfaitement compris et assimilé les suggestions de leur conseiller créatif. A ce titre, la série, dans ses qualités comme dans ses erreurs, possède vraiment une patte identifiable.



EERIE INDIANA / 1991-1992 - 2ème partie

Mercredi 7 Mars 2007
Loic Blavier (Walt Paisley)

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1.Posté par AtipiK le 22/04/2009 22:59
Il y a eu un revival de la serie quelques années plus tard. Avec 2 nouveaux enfants qui vivent eux aussi à eerie et découvres que Marshal et Simon ne sont que leurs double dans une dimension parallele.

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