CINETUDES
Samedi 10 Mai 2008
3:34

FREDDY : Les Griffes de la Nuit et ses suites - 1e

Le bon Freddy ayant récemment fêté ses vingt ans, rendons-lui hommage par une petite rétrospective de ses faits et méfaits à l'écran. En fin d'article, vous trouverez un récapitulatif des films de la série ainsi qu'une petite présentation de chaque.




FREDDY : Les Griffes de la Nuit et ses suites - 1e

Les Freddy peuvent aujourd'hui sembler être des films typiquement 80's, calibrés pour plaire à un public composé essentiellement de teenagers bouffeurs de pop-corn. Voire même pour certains, ils peuvent représenter le début d'une dérive du cinéma d'horreur qui aboutira plus tard à une vulgarisation du genre, à une décadence qui conduira à des films parodiant le genre en en faisant un cinéma convenu, stéréotypé et inintéressant. D'où un certain dédain parfois porté à la série, jugée pas vraiment respectable par quelques amateurs de ciné d'horreur. Pourtant, il serait trop facile d'être condescendant envers une série qui renouvela le genre et qui surtout apporta (et apporte toujours) énormément de plaisir, à défaut de trouille, lors de sa vision.

En effet, si les Freddy ont vite renoncé à l'aspect épouvante du premier film pour un aspect plus volontiers second degré, ils ont en revanche apporté un certain souffle, une certaine folie au genre. Bien entendu, cela a donné lieu à de nombreuses copies du style de Freddy, où l'humour, pas forcément toujours très drôle, prenait systématiquement le pas sur l'épouvante. Mais on ne peut reprocher cela aux Freddy. Car en règle générale, les Freddy parvenaient efficacement à combiner humour noir et inventivité. Ils ont renouvelé la façon dont l'horreur était traitée. C'est plus la vague que la saga a créée que la saga elle-même qui a abouti à une dérive second-degré du genre. Un peu comme le premier Scream, qui plus tard a donné lieu à une vague de plagiats oubliant totalement le fond du film (la codification ironiquo-cynique d'un genre) pour en garder la forme caricaturale…

FREDDY : Les Griffes de la Nuit et ses suites - 1e

Bref, pour en revenir aux Freddy, il est assez hypocrite de cracher maintenant sur ce qui a pourtant été un des événements majeurs du cinéma horrifique des 80's (pourtant très prolifique en quantité et en qualité, chose qui rend la saga des Freddy encore plus méritoire). Car en effet, on peut à mon sens parler d'événement majeur, au vu de la popularité de Freddy, de sa starification et du renouvellement (si si, j'insiste) qu'il a apporté au genre (ne serait-ce qu'au niveau du panthéon des monstres mythiques du genre, dans lequel il est entré en compagnie de Jason Voorhees et Michael Myers, entre autres, et la régularité de sa saga le plaçant même au-dessus de ces deux-là – c'est une opinion toute personnelle).



LA MYTHOLOGIE DE FREDDY...


Si Freddy est entré dans le panthéon des monstres de l'épouvante, c'est avant tout parce qu'il a su joindre à son charisme un certain développement de sa mythologie, auquel chaque épisode ou presque de la saga a contribué. Je me propose donc ici de retracer la saga de Freddy dans l'ordre chronologique de la vie du personnage, et non via l'ordre chronologique de ses films. J'inclurai aussi le pilote de la série télé, réalisé par Tobe Hooper, qui explique l'arrestation de Freddy du temps où celui-ci était encore un être humain (pilote qui devait d'ailleurs à l'origine être un film à part entière, projet qui est régulièrement ressorti des cartons de New Line : encore récemment on parlait de cette préquelle). Cela dit, certains vides scénaristiques, certaines ellipses ou contradictions empêchent toutes certitudes. Je mets également à part le cas Freddy 7, que je traiterai en dehors de cette mythologie.

FREDDY : Les Griffes de la Nuit et ses suites - 1e


L'histoire de Freddy démarre avec sa mère, Amanda Krueger, une nonne qui se retrouva enfermée par inadvertance dans un asile renfermant tout un tas de psychopathes. Ils la trouvèrent, la cachèrent, la violèrent et au final la mirent enceinte de Freddy (explications dans Freddy 3 et images dans Freddy 5). Lorsqu'elle fut retrouvée, toujours en vie, elle mit donc au monde contre son gré le bébé Freddy (au demeurant très moche, Freddy 5). Le temps passe (et le scénario fait des ellipses). On retrouve Freddy adolescent (Freddy 6), un adolescent mentalement dérangé, battu par son père adoptif (Alice Cooper), et qui se plait à s'infliger à lui-même des souffrances corporelles, avant de s'en prendre à son père (du moins c'est qui nous est laissé croire) …

Autre ellipse, qui nous amène à un Freddy adulte, tueur d'enfants, qui apporte ses victimes soit dans une chaufferie (sa cave ou une usine désaffectée selon les films) avant de les assassiner à l'aide de son fameux gant (Freddy 1, Freddy Vs Jason, C'était un Tendre).

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Mais Freddy est aussi marié et papa d'une petite fille (Freddy 6). Il vit une vie d'apparence bien bourgeoise, dans sa maison du 1428 Elm Street, à Springwood, Ohio. Jusqu'au jour où sa femme découvre la vérité. Alors Freddy l'assassine, sous les yeux de sa fille, ce qui aura son importance plus tard. On passe désormais à l'arrestation de Freddy (C'était un Tendre), où il est capturé par la police, jugé par un tribunal puis… relâché pour vice de forme. Les parents des victimes, principalement de Elm Street, traquent Freddy jusqu'à l'usine où il assassinait les gamins. Et là, ils le brûlent vif. Du moins c'est ce qu'ils croient. Mais en réalité Freddy est passé au statut d'immortel, puisque avant sa mort des démons du rêve (chose assez ridicule il faut bien l'admettre, Freddy 6 – qui contredit d'ailleurs C'était un Tendre) se sont emparés de Freddy, l'incarnation du mal, pour lui permettre de survivre dans les rêves des rejetons de ses bourreaux.

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A partir de là, la série en elle-même commence. Freddy est désormais un sujet tabou à Springwood. Jusqu'à ce qu'il se manifeste dans les rêves tout d'abord des ados qui viennent habiter son ancienne maison (Freddy 1 et 2). Mais ceux-ci en viennent à bout en découvrant que Freddy n'existe que part la peur qu'il suscite chez eux. Si l'on n'a plus peur de Freddy, alors celui-ci n'a plus aucun pouvoir. Mais malgré quelques déconvenues, le tueur est toujours dans les esprits, même si plus personne n'habite sa maison. Il s'applique donc à décimer les rejetons de ses bourreaux d'Elm Street (Freddy 3 et 4).

Puis, quand il les a tous eu, il s'attaque à ceux de Springwood dans son ensemble (Freddy 4 et 5). Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un seul ado vivant dans la ville, devenue une cité-fantôme (Freddy 6). Et Freddy va l'utiliser pour retrouver sa fille (dont je parlais plus haut) qui peut lui permettre d'agir hors de Springwood. L'ado retrouve effectivement la fille, devenue femme, qui a tout oublié au sujet de son enfance. Afin d'aider l'ado-pantin de Freddy, ils se rendent ensemble à Springwood pour enquêter sur le passé du jeune homme. Ce qui amène donc la fille à découvrir la vérité sur elle-même : elle est l'enfant de Freddy. Et elle se met en tête de se débarrasser de son père, ce qu'elle parvient à faire en amenant celui-ci en dehors du milieu du rêve (chose rendue possible lorsque le rêveur se réveille alors qu'il est accroché à Freddy) et … en le faisant exploser, ce qui libère les démons du rêve (fin ridicule au possible). Ceci est supposé être la fin définitive de Freddy.

Puis arrive Freddy Vs. Jason, qui nous montre un Springwood repeuplé, normal, où les ado pullulent, la plupart sans aucune connaissance de Freddy vu que les autorités locales dissimulent toute trace de son existence, craignant qu'il suscite de nouveau la peur, ce qui pourrait le ramener à frapper. Les ado connaissant Freddy sont internés dans un asile. Bien sûr Freddy n'est pas mort. Son esprit est toujours vivant. Comme il ne peut revenir si personne n'a peur, il a besoin de quelque chose qui puisse faire croire à son retour. Et il trouve ce quelque chose en la personne de Jason Voorhees, le tueur de Crystal Lake, qu'il manipule (comment arrive-t-il à entrer dans les rêves à Jason ? Mystère...) et envoie à Springwood histoire de pratiquer quelques meurtres et ainsi provoquer une réaction chez la jeunesse. Ce qui réussit pleinement : les jeunes ont peur, et l'un de ceux qui était enfermé dans un asile s'échappe et parle de Freddy à ses connaissances. Chose qu'il ne fallait pas faire : les ado commencent à avoir peur et Freddy est donc de retour. Mais dans le même temps, Jason est toujours là, empiétant sur le territoire de Freddy. Tout cela finit avec Freddy ramené dans la réalité, à Crystal Lake cependant. C'est donc là-bas que Freddy réglera ses comptes avec Jason … Et bien entendu cela aboutit à un match nul. Les deux meurent … ou aucun des deux ne semble réellement mort (cf. le plan final du film). Voici donc la mythologie de Freddy jusqu'à ce jour.

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Concernant Freddy 7, je dirai juste que le film est une réflexion sur la saga puisque Freddy y est décrit clairement comme une entité réelle, que le cinéma a piégé dans les films comme si il avait été enfermé dans une cage. Mais dès lors que la saga s'est achevée dans l'épisode 6, Freddy n'existe plus, du moins en tant que personnage de fiction. En revanche, du coup, l'entité est libérée et est désormais libre de revenir dans la réalité. Freddy se manifeste donc dans la vie réelle. Et il s'en va persécuter ses créateurs, notamment l'actrice qui l'a la première vaincu, Heather Lankenkamp. Histoire d'éviter qu'il ne se retrouve encore une fois pris au piège dans une fiction. Il s'agit là plus d'une refléxion de la part de Craven sur un mythe qu'il a lui-même créé et dont il s'est retrouvé prisonnier. Tout comme Heather Langenkamp, très peu vue au cinéma, connue uniquement grâce aux Freddy et qui s'est retrouvé piégée par le succès du film.

Bref, ici Craven réalise un film annonciateur de Scream, assez amer. Il livre une réflexion sur le genre "épouvante". Si il ne s'en moque pas, en revanche il le fait passer pour un genre qui garde captif ses créateurs, qui ne peut les libérer. Il dénonce un peu les étiquettes et les cloisonnements dans lesquels les réalisateurs de films d'horreur à succès sont souvent confinés. Freddy 7 contraste donc beaucoup avec les précédents opus de la saga, ses objectifs sont totalement différents. Un film à part, peu représentatif de l'ensemble des Freddy.



Maintenant, entrons dans une partie plus analytique et voyons un peu les thèmes constants de la saga.



FILM DE TROUILLE ?

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A la base, le film de Wes Craven se voulait (et était) un vrai film de trouille. Ses références ? Scénaristiquement, Craven dit s'être inspiré d'un fait divers selon lequel des gosses, déjà effrayés à l'idée de dormir, auraient été retrouvés morts à leur réveil – ou après une nuit d'insomnie selon les sources. Niveau réalisation, le film doit pas mal au Halloween de Carpenter. Dans Freddy 1, Freddy est une créature que l'on voit peu, pas franchement humoristique, et qui frappe souvent dans l'ombre. Son pull rayé vert et rouge, son chapeau feutre tout sale et surtout son gant sont des éléments qui le rendent particulièrement effrayant, qui donnent véritablement au personnage un look à part, remarquable.

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D'ailleurs pour l'anecdote, les couleurs du pull furent choisies parce que le vert et le rouge sont les deux couleurs qui s'accordent le moins bien à l'œil. Reste qu'en dehors de Freddy, la peur est présente dans l'atmosphère générale … Les rêves permettent toutes sortes de choses. Le spectateur est souvent amené à suivre les traces macabres laissées par Freddy (le corps de Tina dans les couloirs vides du lycée), il suit le rêveur jusqu'à sa rencontre avec Freddy. On est clairement dans une ambiance faite pour susciter la peur, et rien ne vient casser cela. Pas de second degré, rien qui ne vienne casser l'angoissante attente de la rencontre avec Freddy. Celui-ci tire vraiment les ficelles dans les rêves et le rêveur (auquel s'identifie le spectateur) est impuissant. Il sait qu'à moins de se réveiller, il sera amené à rencontrer Freddy, lequel ne se prive pas de construire tout un climat cauchemardesque. Car même lorsque Freddy n'est pas dans le chant, on ressent sa présence partout. Il est omniprésent, omniscient. Une sorte de divinité du cauchemar. Même réveillés, on sent les personnages profondément marqués par leurs rêves, ce qui fait qu'ils ne sortent donc jamais des griffes des Freddy (il y a un constant brouillage entre la réalité et le rêve). Tout le film, de la première à la dernière image est marqué par cela … Les Griffes de la Nuit est donc un pur film de trouille, à peine contrasté par quelques remarques d'humour noir. Un chef d'œuvre, incontestablement.

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A partir de La Revanche de Freddy, la trouille se fait beaucoup moins présente. Cet opus 2 tente de la susciter, mais le scénario bancal aboutit à un échec (à mon sens, Freddy 2 est le moins bon de la série). Ici Freddy se sert d'un ado pour entrer dans la réalité. Quand celui-ci s'endort, Freddy prend possession de son corps pour aller faire quelques victimes. Du coup, Freddy étant lié intimement à l'ado (il peut même être perçu comme la personnification de l'homosexualité refoulée d'un adolescent, via notamment une scène à l'imagerie sado-masochiste flagrante), il n'y a plus l'attente de la rencontre. Freddy est là, avec l'ado, mais il n'y a pas l'atmosphère. Dès que le type s'endort on sait ce qu'il va se passer … Le domaine du rêve est sous-exploité. Bref il n'y a plus la force du premier film.

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A partir de Freddy 3, l'humour domine largement. On ne trouvera plus souvent de frayeurs bruts, si ce n'est quelques fois à travers les apparitions soudaines ou lors de quelques rares séquences (la visite dans la maison de Freddy, au début du 3). A noter tout de même, la tentative gothique du 5 qui crée une ambiance pas vraiment terrifiante mais qui permet d'assombrir le personnage, de le rendre plus méchant, et ainsi de faire un pas en arrière vers Les Griffes de la Nuit. Enfin, dans Freddy 7, c'est le nouveau traitement du personnage de Freddy qui peut provoquer une certaine angoisse. Finies les vannes, finies les apparitions toutes les 5 minutes. Freddy est ici un personnage plus brutal, méchant d'une façon différente. Il ne s'amuse plus à jouer avec ses victimes, il y va directement. Reste que son look est assez raté : renforcement de sa musculature (bonne idée) mais disparition du gant au profit de griffes naturelles et surtout maquillage pas forcément des plus beaux. Cela dit, les néophytes des films d'épouvante pourront y trouver leur compte en matière d'angoisse, même si le film risque de les dérouter. Signalons aussi dans Freddy Vs. Jason un cours passage où Freddy nous est montré sous forme d'entité démoniaque, très efficace quoique éphémère. Assez impressionnant pour ceux qui découvrent le personnage, même si il vaut mieux le découvrir avec Les Griffes de la Nuit, indiscutablement, si l'on veut ressentir de la vraie trouille.



HUMOUR NOIR

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Si Freddy est célèbre, c'est aussi grâce à ses répliques cinglantes teintées d'humour noir. Ses meurtres également, très humiliants pour ses victimes. Des exemples ? Dans Freddy 6 où il s'amuse à faire grincer ses griffes devant un jeune souffrant d'une maladie de l'ouïe qui fait qu'il est particulièrement sensible au moindre bruit … Et l'ado d'avoir la tête qui finit par éclater. Dans le 3 où il change ses griffes en seringues qu'il injecte dans les bras d'une camée jusqu'à l'overdose … Bref, les meurtres de Freddy comptent parmi les plus recherchés, les plus cruels et les plus méchamment drôles du genre slasher. En effet, si ce n'est quelques bourrinades bien recherchées par l'ami Jason principalement (dont on peut voir les talents dans le Freddy Vs. Jason, avec le "clic/clac murder"), rares sont les autres boogeymen à pouvoir se vanter de tels meurtres. Il y en a finalement peu dans la saga, mais la plupart sont réussis, savoureux et remplis d'un humour noir souvent efficace (souvent plagié, rarement égalé). D'ailleurs Freddy est sans conteste le monstre des années 80 ayant le plus marqué l'humour noir. On ne se roule pas par terre, bien entendu, mais cela contribue à éviter une certaine monotonie que l'on peut retrouver dans les slashers classiques.

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Les épisodes marquant restent Freddy 3, qui donne vraiment l'orientation second degré de la série, Freddy 4 (où Renny Harlin se lâche niveau meurtres, lesquels sont très biens mis en scène, très originaux, avec notamment une superbe transformation d'une jeune fille en insecte que Freddy enferme dans une boîte pour finalement écraser – effet signé du spécialiste japonais des SFX Screaming Mad George). Si le 5 est un peu plus noir que ses 2 prédécesseurs et qu'il laisse une place moindre à l'humour, il n'est pas totalement absent d'ironie. Encore une fois, c'est dans les meurtres que l'on retrouve les meilleurs moments. Mais il faut attendre le 6 pour retourner (et pas qu'un peu) dans un humour gras, qui tâche. Et le 6 plonge dans le n'importe quoi. Limite nanardesque. Tellement n'importe quoi que ça en devient sympathique. L'humour n'est pas bien finaud, voire carrément lourd. Rachel Talalay, la réalisatrice, ayant contribué à tous les épisodes de la saga depuis Les Griffes de la Nuit, n'a visiblement voulu retenir que l'aspect grand-guignolesque de la série (jusqu'à inclure un dernier quart d'heure en 3D, avec tous les effets gratuits que cela suppose en terme de réalisation). Ce qui a bien failli aboutir à briser définitivement la saga.

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Jusqu'au retour de Wes Craven, dans l'opus 7, qui évite soigneusement l'humour des opus précédents. Car Craven, en plus de s'être fâché avec New Line, s'était totalement désolidarisé des séquelles de son film, quittant officiellement le navire à partir du 4. Bref, Craven rompt volontairement avec la saga. Freddy Vs. Jason, quant à lui, revient plus à ce qui se faisait dans les épisodes 3, 4 et 5. De l'humour, mais accompagné d'un certain machiavélisme, d'une certaine cruauté. Exit donc les extrémités guignolesques du 6 et sérieuses du 7. On revient à la tradition, en y incorporant cette autre figure marquante des 80's qu'est Jason, qui avouons-le abat tout le boulot. Et puis bien entendu, signalons aussi les fins de tous les films de la série (exceptés le 6 et le 7), qui à chaque fois présentent un élément sous forme de clin d'œil nous faisant savoir que Freddy n'est pas mort, et reviendra …

Bref l'humour noir est prépondérant dans la saga Freddy. C'est même sa marque de fabrique. Un élément qui reviendra souvent dans les productions horrifiques des années 80, et dont Freddy sera le chef de fil incontesté. D'ailleurs même à notre époque, 20 ans plus tard, il reste considéré comme le "maître" du genre.



LA JEUNESSE


Ce n'est pas un secret : les Freddy sont des films fait principalement pour un public jeune, avec un tueur sévissant parmi la jeunesse locale. A la base, avant de devenir un boogeyman, Freddy est supposé avoir été un tueur d'enfants. Pas d'adolescents. On trouve trace de ceci à travers les dialogues mais aussi à travers quelques scènes sous forme de flash-back (Freddy Vs. Jason, entre autre, avec une scène d'une noirceur incroyable, dans une usine désaffectée où on voit Freddy aiguiser ses griffes devant une petite fille terrorisée, avant que l'on ne voit l'ombre du gant en train de se déployer sur le visage de la fillette).

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De même, on peut assister au passé de meurtrier de Freddy dans C'était un Tendre, le pilote de la série télé. Enfin, la présence régulière de petites filles particulièrement effrayantes (pour les comptines notamment) dans la série, ainsi que les victimes carrément exposées sous formes d'avis de décès dans l'école de Springwood (Freddy 6) contribuent à prouver que de son vivant Freddy était un tueur d'enfants (pédophile même, peut-on imaginer). Dès lors pourquoi, après être devenu le maître des rêves, s'en est-il pris à des adolescents ? Créer une atmosphère de terreur enfantine aurait été bien plus efficace …

Mais bien entendu, la censure n'aurait jamais laissé passer des meurtres d'enfants répétés (ce qui pose le problème d'une préquelle qui ne contredirait pas le passé de tueur d'enfants de Freddy). Et puis quelque part, Freddy aime bien aussi s'en prendre aux ados, en rajoutant une couche à leur problèmes pubères. Cela dit c'est tout relatif, nous ne sommes pas dans Vendredi 13 et dans la logique "tu fumes/tu baises/t'es mort". Hormis peut-être ce que nous évoquions plus haut pour le cas de Freddy 2 et de son discours sur l'homosexualité qui essaie de s'exprimer, on n'ira pas non plus jusqu'à intellectualiser la série en disant que Freddy est le reflet des peurs adolescentes vis-à-vis de l'avenir (voir d'ailleurs dans Freddy 3 la façon dont les médecins considèrent les cauchemars des adolescents : ils les rationalisent à outrance, ils avancent même l' abus de sexe, de drogue et de rock and roll. Même l'infirmier, Larry Fishburne, y va de sa supposition : une conséquence des produits que consommaient leurs parents dans les 60's). Une autre explication concernant le choix de mise en scène d'ados plutôt que d'enfants consiste à dire que les enfants que Freddy pourchassait de son vivant sont devenu des adolescents. Une justification scénaristique, donc. Mouais. Que cela ne cache pas la vérité : le choix des adolescents plutôt que des enfants en tant que victimes découle d'une logique assez commerciale, il faut bien admettre.

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Mais comme nous l'avons vu plus haut, ces ados ne sont pas pour autant les tas de viandes sur pattes des Vendredi 13. Selon les épisodes, leur degré d'intelligence varie. Des ados normaux des Griffes de la Nuit, on passe à des personnages plus caricaturaux et plus fades dans le 2. Ils ne servent ici en gros qu'à devenir des victimes potentielles de Freddy. Dans le 3, c'est légèrement plus compliqué. L'idée de donner à chaque ado un pouvoir particulier amène une vision intéressante. Et fait cruellement ressortir le fait qu'aucun d'entre eux ne peux rivaliser avec Freddy. On retiendra par exemple le cas de ce jeune se prenant pour un magicien, accourant vers Freddy en croyant l'immobiliser avec ses pouvoirs. Une fois près de Freddy, l'ado se rendra vite compte de son erreur, Freddy le saisissant et le poignardant de ses griffes en déclarant : "Désolé petit, je ne crois pas à toutes ces bêtises" (Harry Potter anticipé de 20 ans, si on veut être méchant). Dans Freddy 4, Harlin reprend l'idée des pouvoirs mais les ados sont très très caricaturaux (c'est sans doute le film le plus 80's de la série, ceci explicant peut-être cela). Si ce n'est pour les survivants de l'opus précédent, ils passent leur temps à se demander ce qui se passe, à fuir et finalement à se battre. Schéma classique. Dans le 5, on revient à des ados plus normaux, assez fades cependant. Mais au moins tentent-ils de s'opposer à Freddy : ce ne sont plus des victimes attendant la mort. Dans le 6, c'est encore une fois n'importe quoi. Des ados totalement crétins, mais d'une façon différente de ceux des Vendredi 13. Entre le schizo, le parano, la jeune rebelle, le fumeur de joints … Une belle brochette de victimes qui ont des meurtres à leurs images : totalement déjantés. Passons sur le 7, encore une fois hors sujet puisque ce sont les acteurs de la série qui sont mis en scène, avec cependant un gamin contrôlé par Freddy, mais qui sert surtout d'instrument pour amener à lui la mère du gosse, Heather Langenkamp, à se confronter au boogeyman. Quant à Freddy Vs. Jason, les jeunes sont cons, très cons, très très cons, mais enfin ils servent surtout à faire avancer l'intrigue, jusqu'au titanesque combat final (où tout de même ils se permettent d'intervenir, ces abrutis). Et puis avouons que cette fois l'anatomie des héroïnes est bien détaillée, contrairement aux autres épisodes. Toujours ça de pris.

Bref, pour conclure disons que les Freddy ont des jeunes un peu moins stéréotypés que dans les autres films des années 80. Pas des lumières, certes, mais enfin pas non plus systématiquement des écervelés. Juste des faire-valoirs de Freddy, la plupart du temps, qui tentent vaguement de résister sans s'enfuir en courant. Cela dit, on peut toujours se demander ce que Freddy aurait donné dans un milieu enfantin, avec des peurs enfantines qui laisseraient encore plus de place à la peur, à l'imaginaire … La préquelle, sorte de remake cinéma de C'était un tendre, si elle était confirmée, serait intéressante. New Line osera-t-elle faire un film sur un tueur d'enfants ? Cela serait risqué, audacieux, courageux. Mais rien n'est moins sûr (surtout dans le contexte actuel). Et si cela se faisait, il se pourrait aussi que ça soit avec des adolescents en victimes, ce qui reviendrait à nier la mythologie de la saga. Bref, New Line est cernée. Mieux vaut encore pour elle qu'elle ne fasse pas ce film, qui de toute manière ne pourrait a priori comporter aucun élément fantastique et qui de plus, risquerait de virer au slasher basique.




  • Dès à présent vous pouvez discuter sur la partie du forum qui est consacrée à ce texte




A SUIVRE dans la 2ème partie : un regard sur le travail des différents réalisateurs de la série sur le monde du cauchemar, l'appartenance du film au genre "gore", les clins d'oeil référentiels et les interprétations variées de la musique et des maquillages ...





Lundi 25 Octobre 2004
Loic Blavier (Walter Paisley)

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