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NIGHTMARE ON ELM STREET - FREDDY
FREDDY : Les Griffes de la Nuit et ses suites - 2eLES CAUCHEMARSL’exploitation des cauchemars au cinéma ne date pas des Griffes de la Nuit . En revanche l’idée de créer un tueur sévissant systématiquement dans les rêves est totalement originale. Outre le fait que cela permet de renforcer l’aspect frayeur d’un film, cela permet aussi de créer toutes sortes de situations. Les divers réalisateurs des Freddy ont plus ou moins bien exploité cette possibilité qui à la base est susceptible d’être inépuisable, puisque les rêves peuvent se situer en tous lieux, en tous temps et intégrant n’importe qui. Sans compter que Freddy lui-même peut les utiliser pour ses meurtres en amenant des procédés originaux. Wes Craven utilise pleinement le côté onirique pour provoquer la peur. Pas d’effets de lumières (enfin hormis une noirceur générale), pas de meurtres exceptionnels. Totalement épurés d’artifices gratuits, allant droit au but (faire peur), les cauchemars des Griffes de la Nuit en sont d’autant plus efficaces. Freddy domine cet univers sombre et crée généralement une atmosphère noire, sale, rongée par la vermine (le corps de Tina qui recrache des insectes). Bref, qui contraste avec la réalité très propre du réel. Encore qu’au fur et à mesure du film l’ambiance de cauchemar se répercute sur la réalité. Encore une fois, Craven montre son talent en faisant basculer petit à petit le cauchemar sur la réalité.
Dans Freddy 2, Jack Sholder tente d’imiter Craven. Mais sans réussite. Tout ce que Craven a réussi dans son film, Sholder le loupe dans le sien. Résultat : les possibilités offertes par un tueur agissant dans les cauchemars sont sous-exploitées. C’est sur les épaules du personnage principal que repose le film. Il est le seul à être perturbé par Freddy. Celui-ci n’intervient pas, il se contente de profiter du sommeil de son "hôte" pour passer dans le monde réel. A noter tout de même l’introduction du film qui fait habilement basculer ce que l’on croyait réel dans un profond cauchemar (le bus de ramassage scolaire remonte Elm Street … et il continue, hors de la route pour se retrouver au milieu du désert, surplombant un ravin). Malheureusement le reste du film ne suit pas cette bonne entrée en matière. Dans Freddy 3, Russell prend conscience des possibilités offertes par les rêves. Il en profite donc pour aller dans plein de directions, et notamment il introduit l’idée des dons que possèdent chaque ado dans leurs rêves. Ce qui laisse de grandes possibilités de combat lorsque ces ados se décident à combattre Freddy dans le final du film, assez hallucinant : tous les ados se retrouve au 1428 Elm Street, et la maison agit en tant qu’entité propre, elle se transforme pour faire face à la spécialité de chaque ado. Un aspect labyrinthique qui aboutit au final à une diversité et une exubérance extrêmement réjouissantes. De même, les faces à faces entre les ados et Freddy sont tous aussi réussis et originaux les uns que les autres. Freddy s’amuse énormément dans ce milieu, le spectateur aussi.
Le 4 surenchérie dans cette direction. La finesse de Renny Harlin se fait sentir. On pousse l’exubérance encore plus loin : un combat dans un milieu très "art martial", un autre dans un cimetière de voitures, un dans une église ... Bref Harlin utilise sensiblement la même recette que Russell en y ajoutant encore plus de diversités dans les situations, et livre finalement un film très beau, jamais répétitif. Dans le 5, c’est surtout un aspect gothique qui est utilisé. En plus des meurtres, les rêves servent ici à développer la mythologie de Freddy. On assiste à sa conception, sa naissance, sa mère y intervient. Les cauchemars sont totalement décalés, inhabituels. Un peu coincés entre la volonté de faire peur et celle de verser dans la tendance des 2 précédents opus. Cela dépend en fait du personnage au centre du rêve. Cela dit, l’ensemble reste très réussi, y compris au niveau graphique (mention spéciale aux scènes dans l’asile, superbes).
Freddy 6, c’est n’importe quoi. Les cauchemars n’en sont pas vraiment, ce sont des prétextes à aligner les délires (notamment celui où le jeune shooté rêve qu’il est dans un jeu vidéo ce qui fait qu’il saute partout dans la réalité, à en défoncer les plafonds, tout en restant endormi, raide comme un piquet). Surenchère. Exploitation maximale de l’aspect humoristique et des situations que peuvent offrir les rêves. Désormais la saga ne pourra aller plus loin. Freddy 7 possède les rêves les moins aboutis : c’est surtout au comportement des personnages dans la réalité que Craven s’interesse. On passe rapidement, en gardant à l’esprit la séquence finale dans l’antre de Freddy, vague mélange d’usine désaffectée et de temple grec. Freddy Vs. Jason est intéressant car Freddy s’immisce dans les rêves de Jason (en plus de ceux des ados, relativement classiques, exploitant vite fait les possibilités offertes par les cauchemars), révélant ce que le tueur de Crystal Lake a en tête (pas grand chose, en fait…). Jason est maltraité par Freddy, et ce jusqu’à outrance. Toujours amusant. Signalons aussi un rêve dans lequel une des protagonistes assiste à la noyade de Jason enfant, scène trèèèèèès efficace, qui apporte beaucoup à la saga du tueur de Crystal Lake surtout quand Freddy participe aussi à se rêve (il se livre à la necrophilie !).
Au final, on peut considérer que l’exploitation des rêves est assez bien faite, surtout niveau humour. Niveau diversités des situations également, mais là c’est la moindre des choses vu que tout est possible dans un rêve. Reste l’aspect effrayant des cauchemars, très sous-employé. Peur de se mesurer aux Griffes de la Nuit ? Tendance à verser dans la facilité ? Dans tous les cas, il serait bon qu’un prochain film s’attèle à combler ce vide …
GORE ?
Il faut bien admettre que Freddy n’est pas Jason et que ses meurtres ne sont pas réellement gores. Recherchés, originaux, mais pas réellement gores. Pourtant les Griffes de la Nuit avaient inauguré la série par quelques meurtres bien croustillants, avec notamment une fille lacérée et traînée au plafond dans son propre sang. Ou alors le meurtre mythique de Johnny Depp, aspiré par son lit et recraché en geyser de sang (ce qui par ailleurs inspire un dialogue assez fabuleux entre l’inspecteur de police et son collègue, donnant à peu près ceci : "Il est où, le légiste ?" "Il est aux chiottes, il dégueule"). Mais après le premier film de la série, calme plat niveau gore. Il y a bien un Freddy qui fond ou qui se mutile (Freddy 2), une tête arrachée, un garçon transformé en marionnettiste avec ses veines jouant le rôle des ficelles (Freddy 3). S’ensuivent des meurtres cruels mais pas vraiment sanglants … Il faut attendre Freddy Vs. Jason pour revoir du sang dans la série des Freddy. Car Freddy Vs. Jason n’est pas un film propre sur lui, il affiche une volonté de contraster avec la vague de slashers post-Scream. Bien sur, comme on l’a vu précédemment, les meurtres sont l’apanage de Jason. Il n’empêche que le combat final entre Freddy et Jason apporte un niveau de gore que l’on avait encore jamais vu dans la série. On peut reprocher à Ronny Yu et à ses scénaristes d’avoir trop focalisé l’intrigue sur les adolescents, mais on ne peut nier qu’ils aient saisi la volonté des fans : différencier Freddy et Jason des tueurs des récents slashers, en en faisant deux vrais monstres, deux boogeymen qui n’hésitent pas à démembrer. Espérons que cette nouvelle orientation marquera les prochains épisodes (communs ou séparés) des deux sagas. Cela semble bien parti.
En attendant, juste pour le plaisir, un petit "body count", c’est à dire la comptabilité des victimes de Freddy dans chaques opus :
HOMMAGES, CINEPHILIE ET RENOMMEESous ce titre fourre-tout se cache en réalité un chapitre fourre-tout. Juste pour parler de l’aspect externe de la saga des Freddy, ce qui n’est pas négligeable si l’on considère que Freddy est devenu un des plus beaux représentants de l’horreur 80’s (et de l’horreur tout court). Bon tout d’abord parlons un peu du box-office de la saga. Au début, Craven peine à faire accepter son script aux studios, lesquels lui rétorquent qu’un tueur sévissant dans les rêves "ne peut faire peur à personne". Finalement, Craven trouve un financement chez une petite boîte indépendante, dont le patron est Robert Shaye … New Line Cinema. Le film se fait et rencontre un grand succès. Le premier gros succès de New Line, qui s’enrichit donc grâce à Freddy au point de mettre en boîte 6 séquelles en l’espace de 10 ans. Le second est un succès moindre mais un succès quand même. Le 3 cartonne. Le 4 aussi, même si il finit mal sa carrière. Le 5 est un relatif échec, le 6 déçoit et le 7 également. Alors que l’on pensait la série définitivement morte, le projet de Freddy Vs. Jason, prévu depuis fort longtemps, est enfin ressorti des cartons et se finalise. Très gros succès, susceptible de relancer la saga du tueur d’Elm Street. On parle désormais d’une préquelle ainsi que d’un Freddy Vs Jason 2 auquel se joindrait Ash, de la trilogie Evil Dead, ou même Michael Myers, d’Halloween …
Mais la série en elle-même n’a pas été rendue célèbre que par son box-office. Elle a notamment accueilli des noms devenus prestigieux ou déjà prestigieux. John Saxon, Johnny Depp, Patricia Arquette, Larry Fishburne … Ou des caméos sous forme de clin d’œil : Johnny Depp revenu dire bonjour dans Freddy 6, Alice Cooper (le chanteur de metal), Roseanne (!!!), Bob Shaye himself (qui a souvent un petit rôle dans les films de la saga), Linnea Quigley (scream-queen renommée), Zsa Zsa Gabor (actrice poulaire des 50’s). Bref, des personnalités ayant ou n’ayant pas de rapports avec le cinéma fantastique mais dont l’apparition sous forme de clin d’œil - ou simplement en tant qu’acteurs débutants - contribue à rapprocher la série de son public.
Parlons également des réalisateurs : tous ou presque connaissent désormais une carrière honorable. Craven est devenu après Freddy un des mâitres du ciné fantastique. Sholder a connu son heure de gloire en remportant feu le Festival d’Avoriaz en 1988 avec Hidden, avant de plonger dans le bis télévisuel ou cinématographique (Arachnid…). Russell a fait peu de films mais sa filmo comporte tout de même The Blob, The Mask, Eraser ou récemment le Roi Scorpion. Renny Harlin ben… Renny Harlin, quoi : 58 Minutes pour Vivre, Cliffhanger, Driven et bientôt L’Exorciste The Beginning. Stephen Hopkins a signé entre autre Predator 2 ainsi que plein d’épisodes de 24 (sans compter prochainement un documentaire sur Peter Sellers). Talalay a réalisé peu de choses, mais citons le sympathique Tank Girl bien agité, à l’image de son Freddy 6. Quant à Ronny Yu, il possède une certaine renommée aussi bien avec les films qu’il a pu faire à Hong Kong qu’avec ceux qu’il a fait aux Etats-Unis (citons Bride of Chucky). Attendons un peu avant de voir la suite de sa carrière... Donc Freddy a été dans l’ensemble un bon terrain d’essai pour ses réalisateurs, et c’est donc fort agréable de voir de tels noms dans une saga comme Freddy. Le cinéphile appréciera, même si concrètement cela n’apporte rien à la série.
On peut également voir la contribution d’autres personnalités à plusieurs niveaux : Frank Darabont (Shawshank Redemption, La Ligne Verte) au scénario du 3, Brian Helgeland (Payback, Mystic River) qui participe au scénario du film de Harlin. Iggy Pop qui chante la chanson-hommage à Freddy à la fin de l’épisode 6. Des noms qui honorent la série de leur présence. Enfin je me dois de mentionner un projet qui ne s’est pas fait et qui laisse beaucoup de regrets : Peter Jackson en personne avait co-écrit avec Fran Walsh un scénario pour la fin de Freddy, l’épisode 6. L’histoire nous aurait montré un Freddy désirant raccrocher le gant, chose rendue impossible du fait que les adolescents de Springwood continuent à rêver de lui. Ca aurait donc été eux qui auraient pourchassé Freddy, et non plus l’inverse. Intéressant, plus que la version guignole de Talalay . Mais New Line n’a pas donné suite de peur peut-être que le mythe ne soit brisé par une telle histoire. Ce qui prouve bien qu’en dépit de tous leurs dires, déclarant que cet opus 6 serait définitivement le dernier, ils gardaient quand même en tête le potentiel du personnage.
Maintenant voyons un peu les clins d’œil cinéphiliques de la série vers d’autres films ou des autres films vers les Freddy…
De l’extérieur vers Freddy d’abord. Et bien on voit notamment un gros clin d’œil à la fin de Vendredi 13 Chapitre 9, avec le gant de Freddy qui sort de terre pour venir attraper le masque de hockey de Jason. A noter que c’est Kane Hodder, interprète attitré de Jason (mais pas dans le versus…dommage) qui a manipulé symboliquement le gant. Bref une scène qui rendait Freddy Vs. Jason inévitable. Dans Scream, on peut également voir Freddy au travers d'un balayeur (interprété par Craven lui-même) affublé d’un pull vert et rouge. Là, l’hommage est légèrement cynique et ne fait pas vraiment plaisir. Pour finir (et je ne suis pas exhaustif), je mentionnerai également un hommage dans les Simpsons, où Groening rend d’ailleurs hommage à beaucoup de choses et notamment à de grosses références horrifiques dans les épisodes spécial Halloween.
Passons aux clins d’œil des Freddy vers d’autres sagas. Dans les Griffes de la Nuit, Wes Craven rend la pareille à Sam Raimi qui avait placé une affiche de La Colline a des Yeux dans son Evil Dead. Du coup, on nous montre Nancy, l’héroïne du film, qui regarde Evil Dead à la télévision. Certains disent également que le masque de Jason est dessiné par les marques de sang sur le mur lors du premier meurtre du film, mais personnellement je cherche encore… Dans Freddy 3, Critters (une production New Line) est également visible. Dans le 4, on voit une affiche de Prison, le premier film de Harlin. Bref souvent des auto-références, mais n’empêche que ce genre de détails permet d’afficher l’intérêt porté au genre par les faiseurs de la série. Sans cynisme. Et en reliant les Freddy à toute une culture du cinéma fantastique.
LA MUSIQUEA la base, Freddy étant un personnage fait pour inspirer la peur, la musique joue un grand rôle dans l'atmosphère (la musique des Griffes de la Nuit composée par Charles Bernstein, est une véritable BO de trouille avec notamment le thème principal que l'on retrouvera souvent dans la saga), mais de plus elle évolue au fil des épisodes : plus le personnage devient déconneur, plus la musique devient "rock", tout en étant parfois composée uniquement pour le film dans lequel elle figure (la chanson du 3, "Dream Warriors" par Dokken a cartonné sur les ondes radio, la chanson du 4, "Nightmare" a été chantée par une des actrices du film, Freddy 6 et Iggy Pop en personne chargé de composer la musique d'adieu), bref les chansons prennent même le pas sur la BO instrumentale et deviennent un élément marketing. Par contre, les épisodes les plus sérieux (Les Griffes de la Nuit, La Revanche de Freddy, Freddy sort de la Nuit) ne possèdent pas de chansons réellement marquantes : là les musiques sont plus axées sur l'onirisme (le cauchemar) que sur le côté "pop" des films. De plus, associer musique hard rock et cinéma d'horreur est un fait symptomatique des années 80, une des marques de fabrique de l'époque (les chansons étant très typées années 80 c'est d'autant plus marquant et ça donne un certain charme, ça replonge tout à fait dans l'époque). A noter dans l'épisode 6, un véritable défilé musical incluant le In-A-Gadda-da-Vida d'Iron Butterfly, chanson ancienne totalement psychédélique, figurant dans la scène la plus déjantée (celle du jeu vidéo) du film le plus déjanté de la saga. Bien représentatif du film. Autres invités musicaux préstigieux : Blondie, Billy Idol (Freddy 4), Bruce Dickinson, Samantha Fox (Freddy 5), les Goo Goo Dolls (Freddy 6, même si on regrettera que le grand Alice Cooper, déjà acteur du film, n'ait pas poussé la chansonnette comme il l'a fait pour Vendredi 13 N° 6 dans lequel il n'avait aucun rôle cela dit). Freddy Vs. Jason a été réalisé plus de 10 ans après le dernier Freddy (en excluant Freddy sort de la Nuit , un Freddy à part) et reprend la même recette : de la musique rock. Mais depuis 10 ans le rock ayant évolué, c'est ici du gros métal bien bruyant qui nous est présenté (Type-O Negative, Machine Head). Comme pour prouver l'aspect violent des 2 boogeymen et ainsi se démarquer une nouvelle fois des slashers nés de la vague Scream. La BO de Graham Revell, instrumentale, est donc totalement diluée dans le métal et passe assez inaperçue. A noter tout de même un instant mythique au niveau des musiques de films d'horreur : le tout début du film. Le logo New Line apparaît et on peut entendre le fameux thème de Freddy démarrer pour se finir par le "tch tch tch ha ha ha" des Vendredi 13. Le genre de moments que tout fan rêvait de vivre. LES MAQUILLAGESJe vais ici proposer une petite rétrospective sur l'évolution du maquillage de Freddy dans la saga. Je n’évoquerai que les maquilleurs principaux, mais bien entendu il s’agit à chaque fois de toute une équipe, composée parfois de grands noms (dans Freddy 3, notamment).
CONCLUSIONBref la saga de Freddy est une des plus riches qui ait été créées récemment. Riche dans le déroulement des meurtres, riche en mythologie et riche en possibilités. L’idée d’un tueur sévissant dans les rêves ouvre en effets des perspectives infinies, pour peu que les scénaristes y mettent de la motivation et de l’imagination. Les Freddy ont apporté au genre une nouvelle fraîcheur (sans compter la figure marquante – au propre comme au figuré - qu’est Freddy). Leurs intentions n’ont jamais été de trahir le genre horrifique par un humour noir ruinant toute possibilité de peur. Ils n’ont fait qu’apporter cet humour, et ont été victimes de son succès : leur style, déjà en partie hérité des slashers antérieurs, a donné lieu à une vague de films où l’humour noir prédominait. Mais certains avancent que l’on doit aux Freddy une certaine dégradation du genre, une "teenagerisation". Pourtant, en son temps, la saga fut bien accueillie par les fans d’horreur qui en ont fait un phénomène et ont transformé Freddy en icône. Mais si c’est ce succès populaire qui dérange, il faut savoir ce que l’on veut : veut-on que le genre s’émancipe ou veut-on qu’il stagne là où il est, sans évolution ? Freddy a incontestablement marqué une évolution dans le cinéma d’horreur. Il a inspiré beaucoup d’œuvres, et pas forcément des bonnes. Pourtant, sa série à lui est extrêmement respectable en tous points. Il ne s’est jamais corrompu à se moquer de son public, ni du genre. Les nombreux clins d’œil et références apparaissant au long de la saga sont là pour en témoigner. OK la série est typique des années 80, OK ce ne sont pas des films adultes. Mais est-ce pour ça que l’on doit aujourd’hui cracher dessus ? Quant à ce que devient maintenant la série, 20 ans après son démarrage, on peut être rassurés : Freddy Vs. Jason a clairement montré que New Line avait conscience que Freddy appartient à la vieille école 80’s du film d’horreur, plus qu’il ne préfigure les films lisses et propres qui lui ont succédé dans les 90’s. Tout en gardant son côté slasher (ce qui implique donc le maintien de son quota de jeunes), Freddy garde la cruauté qui le caractérisait, son humour noir en forme de clin d’œil amical à un public fan d’horreur. Par opposition aux coups de coude genre "Regardez comme c’est con un film d’horreur" qui caractérisaient la vague post-Scream. Cette volonté de se démarquer tout en restant fidèle à son passé est tout sauf une trahison du genre. Freddy est une icône survivante (même si on l’a cru vacillante) du cinéma d’horreur de la bonne tradition 80’s. Ce n’est donc pas un hasard si il revient maintenant, alors que l’on assiste à un retour du cinéma d’horreur proche du style de cette période, en même temps que Jason, en même que l’apparition du Jeepers Creepers (un monstre dans la bonne tradition aussi), et qu’il se confronte désormais aux autres pointures de son époque. Nés dans d’une époque prolifique, les films de Freddy sont devenus des œuvres que l’on aime retrouver, qui rappellent des souvenirs de cinéphiles. Le genre de films symboles d’une génération. Quant au potentiel Freddy Vs. Jason Vs. Ash, en plus d’un possible film gore bien comme il faut, bien dans la tradition, j’y vois la possibilité de réagir à la dégradation que le genre a connu avec la vague post-Scream en enterrant définitivement cette période sous des amas de sang, de vannes méchantes et d’auto-référence. Je vais m’avancer et je vais dire qu’a priori, on peut avoir là un potentiel chef d’œuvre (dommage que Sam Raimi, qui semble être favorable au projet, ne puisse le réaliser ; espérons au moins qu’il ait un droit de regard sur le scénario, de même que Bruce Campbell, qui lui est d’ores et déjà d’accord pour jouer dedans). Bref Freddy n’est pas mort. Un peu comme les créatures horrifiques historiques que sont Dracula, Frankenstein, la Momie, le Loup-Garou, il aura toujours ses fans, et à ce titre, il ne disparaîtra jamais complètement des écrans. C’est pourquoi il est selon moi devenu un mythe moderne. Ce n’est pas par hasard que Craven, dans Freddy 7, situe l’antre de Freddy dans un temple grec comparable au panthéon…
Lundi 15 Novembre 2004
Loic Blavier (Walter Paisley)
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