Frankenheimer : 2e (1962)
Suite du dossier sur ce réalisateur, avec deux films de l'année 1962 : L'Ange de la Violence et Le Prisonnier d'Alcatraz.
- ALL FALL DOWN
L'Ange la Violence, 1962
Avec Eva Marie Saint (Echo O'Brien) ; Warren Beatty (Berry-Berry Willart) ; Karl Malden (Le Père) ; Angela Lansbury (Annabell Willart) ; Brandon DeWilde (Clinton) ; Constance Ford ; Barbara Baxley; Evans Evans; Madame Spivy; Albert Paulsen ; Sam Harris (non-crédité) ; Harry Hines (non-crédité) ; Jennifer Howard (non-créditée) ; Colette Jackson (non-créditée) ; Carol Kelly (non-créditée) ; Henry Kulky (non-crédité) ; Burt Mustin (non-crédité) ; Bernadette Withers (non-créditée).
Scénario : William Inge - Photographie : Lionel Lindon - Montage : Fredric Steinkamp - Musique : Alex North. Durée : 110 mn. Distribué par : Metro-Goldwyn-Mayer.
Le jeune Clinton porte un véritable culte à son frère aîné, Berry-Berry, un désaxé misogyne et dépressif, idolâtré par ses parents. Lorsque la ravissante Echo fait irruption au sein de cette drôle de famille, les évènements tragiques vont se précipiter.
Adapté à l'écran par le spécialiste du psychodrame familial William Inge (Pinic, Bus Stop) d'après une nouvelle de James Leo Herlihy (auteur également du Macadam Cow-Boy de John Schlesinger), L'Ange de la Violence est souvent hâtivement considéré comme une sorte de suite non officielle de La Fièvre dans le Sang d'Elia Kazan, film qui un an auparavant avait lancé la carrière de Warren Beatty. De par son sujet, celui-ci s'inscrit dans cette vague, plus ou moins lancée par Elia Kazan et son A l'Est d'Eden en 1955, de drames étouffants remettant en cause les valeurs de l'Amérique traditionnelle d'après-guerre à travers le portrait d'adolescents rebelles, de couples en crise ou de familles présentant de sérieux dysfonctionnements (L'Ange de la Violence réussissant presque à combiner ces trois thèmes). Un filon qui perdurera une dizaine d'années, alimenté par quelques films à succès signés Richard Brooks, Daniel Mann ou encore Joshua Logan, et bientôt relayé, jusqu'à la fin des années 50, par la télévision américaine et ses fameux directs.
John Frankenheimer s'étant justement brillamment illustré dans ce type de productions télévisuelles tout au long de la décennie précédente, le choix de ce dernier pour mettre en scène cet Ange de la Violence paraissait logique, presque évident. Il n'empêche que, bien que sans commune mesure avec certains des tournages catastrophes qu'orchestrera par la suite le cinéaste, la réalisation de ce drame intimiste ne s'accomplit pas sans son lot de problèmes.
John Frankenheimer dû tout d'abord lutter pour imposer à la M.G.M un maximum de prises de vue hors studio, refusant notamment toute transparence dans les scènes de bus du début de film. Il lui fallut ensuite arbitrer les conflits générationnels qui opposèrent le turbulent et instinctif Warren Beatty à Karl Malden et Angela Lansbury, deux acteurs aux méthodes de travail beaucoup plus conventionnelles. Puis ce fut au tour de John Frankenheimer lui-même d'entrer en conflit avec Angela Lansbury, au point de finir par demander au producteur John Houseman de la remplacer, lequel refusa. Avec raison d'ailleurs puisque, finalement, après quelques jours de tournage supplémentaires, le cinéaste révisa son jugement sur l'actrice, allant finalement même jusqu'à louer le caractère flamboyant, haut en couleurs, de sa prestation – celui d'une mère possessive, laissant presque deviner d'incestueux rapports avec son rejeton.
On remarquera d'ailleurs ici que ce portrait vient alimenter, aux côtés de ceux brossés la même année par Thelma Ritter dans The Birdman of Alcatraz et, encore elle, Angela Lansbury dans The Manchurian Candidate, une sorte de thématique, fortuite ou non, consacrée aux mères possessives détruisant plus ou moins délibérément leur progéniture, le père étant lui, dans chacun de ces trois films, une figure faible, voire carrément absente.
Quant aux relations entre John Frankenheimer et Warren Beatty, acteur peu malléable s'il en est, elles furent apparemment encore plus difficiles. Au point que, lors du dernier jour de tournage, consacré à la scène où Clinton vient rendre visite à Berry-Berry en prison - scène filmée dans une authentique prison - le cinéaste laissa délibérément sa vedette enfermée dans une cellule pendant deux bonnes heures. "Ce n'était pas une sorte de punition..." expliqua t'il plus tard au critique Charles Champlin, auteur de John Frankenheimer : A Conversation with Charles Champlin , "C'était franchement amusant et nous sommes ensuite restés bons amis.".
Sans doute plus proche, pour son auteur, de ses travaux télévisuels des années 50 que n'importe quel autre de ses films (avec peut-être Mon Père, cet Etranger et The Iceman Cometh), L'Ange de la Violence demeure finalement une œuvre assez mineure dans sa filmographie, un film dont le contenu vaguement moraliste surprend de la part d'un cinéaste aussi progressiste que John Frankenheimer. Et cela même s'il faut lui concéder une certaine ambition formelle, à travers notamment la richesse et la fluidité de ses dollys (terme plus guère employé aujourd'hui, désignant un mouvement de caméra de type travelling effectué sur une plate-forme du nom de dolly), mouvements devenant même carrément audacieux lorsqu'ils réussissent à balayer quasi intégralement la maison de famille des Willart.
Néanmoins, les efforts qu'il déploie pour aérer et personnaliser ce drame familial demeurent relativement vains. On sent bien à travers sa mise en scène tout en plans larges une volonté d'intégrer ses personnages dans un univers bien défini – ici le cadre de la cellule familiale – afin d'analyser une nouvelle fois les rapports oppressifs liant l'individu au milieu social, géographique ou politique dans lequel il évolue. Mais l'intrigue est si bavarde, si lourdement théâtrale, et l'interprétation de Warren Beatty, Karl Malden et Angela Lansbury si outrée, que l'on cesse rapidement d'accorder à l'ensemble le moindre soupçon d'authenticité dramatique.
Présenté en compétition au Festival de Cannes 1962, L'Ange de la Violence connut une carrière éclair dans les salles obscures. En effet, la M.G.M, à l'affût d'un succès après le sévère échec qu'elle venait d'essuyer sur Les Quatre Cavaliers de L'Apocalypse de Vincente Minnelli, précipita sa sortie sans trop se soucier de la demande du moment. Un calcul qui se révéla au final fort peu avisé puisque le film s'en alla rapidement rejoindre celui de Vincente Minnelli au rayon des oubliés du box-office.
Ce qu'ils en ont dit :
Improbable but absorbing (…) Fine performances (Leonard Maltin's movie and video guide).
- THE BIRDMAN OF ALCATRAZ
Le Prisonnier d'Alcatraz, 1962
Avec Burt Lancaster (Robert Stroud) ; Karl Malden (Harvey Shoemaker) ; Thelma Ritter (Elizabeth Stroud) ; Neville Brand (Bull Ransom) ; Betty Field (Stella Johnson) ; Telly Savalas ; Edmond O'Brien ; Hugh Marlowe ; Whit Bissell ; Crahan Denton ; James Westerfield ; Robert Bailey (non crédité) ; Robert Burton (non crédité) ; Lewis Charles (non crédité) ; Nick Dennis (non crédité) ; Raymond Greenleaf (non crédité) ; William Hansen (non crédité) ; Harry Holcombe (non crédité) ; Harry Jackson (non crédité) ; Len Lesser (non crédité) ; Edward Mallory (non crédité) ; Adrienne Marden (non créditée) ; Kermit Maynard (non crédité) ; George Mitchell (non crédité) ; Leo Penn (non crédité) ; Chris Robinson (non crédité) ; Michael Ross (non crédité) ; Arthur Stewart (non crédité) ; Dale Van Sickel (non crédité).
Scénario : Guy Trosper - Photographie : Burnett Guffey - Montage : Edward Mann - Musique : Elmer Bernstein. Durée : 148 mn. Distribué par : United Artists.
L'histoire vraie de Robert Stroud, condamné à mort pour le meurtre d'un gardien de prison (suite à son incarcération pour un premier meurtre commis en Alaska) et qui devint, du fond de sa cellule, l'une des sommités mondiales dans le domaine ornithologique.
Avec ses quatre nominations aux Oscars, dans les catégories Meilleur Acteur (Burt Lancaster), Meilleur Second Rôle masculin (Telly Savalas), Meilleur Second Rôle féminin (Thelma Ritter) et Meilleure Photographie (Burnett Guffey) – et même s'il ne rafla aucune statuette au final – Le Prisonnier d'Alcatraz apparaît indubitablement comme le premier succès critique majeur de John Frankenheimer. Au point que l'on en oublie souvent qu'il ne fut pas vraiment un triomphe à sa sortie en salles, ne gagnant en fait sa popularité qu'au fil de ses rediffusions à la télévision.
Le Prisonnier d'Alcatraz marque donc les retrouvailles du cinéaste avec Burt Lancaster, un an seulement après Le Temps du Châtiment. S'étant séparés dans une indifférence réciproque au terme d'une première collaboration douloureuse pour l'un comme pour l'autre, les deux hommes ne semblaient pourtant pas prêts de retravailler ensemble un jour. Mais tous les deux convoitaient depuis plusieurs années déjà un projet identique : l'adaptation de l'œuvre de Thomas E. Gaddis sur la vie de Robert Stroud, le plus célèbre détenu de la prison d'Alcatraz. Harold Hecht, producteur associé et ami de Burt Lancaster, en avait acquis les droits en 1958, après une tentative avortée de porter cette histoire à l'écran sous la direction du redoutable Joshua Logan ( Picnic ). De son côté, John Frankenheimer avait lui envisagé à une époque d'adapter le récit de Thomas E. Gaddis sous forme d'une dramatique télé en direct, avant d'y renoncer devant la quasi impossibilité de faire jouer de véritables oiseaux sur scène.
Robert Stroud ou la volonté de l'individu plus forte que le système.
Aussi, apprenant pendant le tournage du Temps du Châtiment la concrétisation éminente du projet sous la houlette conjointe de l'United Artists et de la compagnie de Burt Lancaster, le cinéaste fit naturellement part à Harold Hecht de sa volonté d'y participer. La réponse arriva bientôt, claire et sans appel : n'ayant pas traité Burt Lancaster correctement sur le tournage de leur premier film ensemble, n'ayant pas acquiescé à toutes ses demandes, il n'avait aucune chance de réaliser Le Prisonnier d'Alcatraz . Et le projet revint ainsi au réalisateur anglais Charles Crichton ( Un poisson nommé Wanda ).
C'est donc à sa grande surprise que, quelques mois plus tard, s'apprêtant à quitter New York où il était venu régler la question de son divorce avec Carolyn Miller, sa seconde femme, John Frankenheimer se fit accoster en plein aéroport par Burt Lancaster et Harold Hecht, tous deux venus lui proposer de reprendre à son compte la réalisation du Prisonnier d'Alcatraz suite au départ de Charles Crichton après une semaine de tournage. "Ecoute, tu es le réalisateur parfait pour Le Prisonnier d'Alcatraz. Nous n'étions pas satisfait de la personne que nous avions. Nous l'avons laissé partir. Et nous voulons que tu fasses ce film." lui aurait déclaré Burt Lancaster.
A partir de là, les versions divergent : John Frankenheimer assure que dès lors ses relations avec la star furent excellentes. Alors que d'autres, comme Kirk Douglas, parlent d'une nouvelle collaboration houleuse entre les deux hommes, au terme de laquelle le cinéaste aurait déclaré ne plus jamais vouloir retravailler avec l'acteur producteur (c'est, si l'on en croit toujours Kirk Douglas, lui qui aurait insisté auprès du réalisateur pour qu'il accepte de reprendre Burt Lancaster sur Sept Jours en Mai).
Apparemment la principale source de conflit entre le cinéaste et sa vedette venait de l'implication dictatoriale de ce dernier dans la mise en forme du film, implication allant même parfois au-delà du raisonnable comme l'avouera ultérieurement la star, laquelle, de son propre aveu, en arrivait à éclater en sanglots à la moindre écoute d'un "Désolé Stroud, mais tu n'as pas obtenu ta remise de peine". Autre source de tension : les constantes réécritures du scénario qui poussaient souvent l'acteur Karl Malden à découvrir et apprendre ses dialogues quelques heures seulement avant leur tournage.
Au final, John Frankenheimer se retrouva avec un premier montage de quatre heures et demie. Obligé de raccourcir l'ensemble de moitié, le cinéaste proposa alors à Burt Lancaster d'accepter le rôle que lui offrait Stanley Kramer dans son Jugement à Nuremberg, le temps pour lui de retravailler toute la première partie du film. Et, pour l'anecdote, lorsque Burt Lancaster revint, sa coiffure était si différente qu'il fut contraint de porter une perruque pendant toute la durée de ce second tournage. Notons enfin que John Frankenheimer n'obtint jamais l'autorisation de rencontrer le véritable Robert Stroud. Seul Burt Lancaster y parvint, quelques mois après la sortie du film.
L'univers carcéral : une illustration parfaite des limites de nos sociétés démocratiques.
A la lecture du sujet de ce Prisonnier d'Alcatraz , on comprend évidemment bien ce qui a pu séduire ici son réalisateur. Vivant dans un isolement total et réussissant malgré tout à échapper, par la seule force de l'esprit, à cette forme ultime d'aliénation créée par nos sociétés qu'est la prison, le personnage de Robert Stroud semble être le héros par excellence du cinéma selon John Frankenheimer. En outre, s'attaquant de façon virulente aux dysfonctionnements du système judiciaire et carcéral américain, de sa brutalité et de son irrationalité, John Frankenheimer étoffe une nouvelle fois son travail d'une véritable conscience sociale, affichant haut et fort ses convictions libérales (il est cependant intéressant de noter que c'est paradoxalement Robert Kennedy, un ami de John Frankenheimer, qui insista auprès de son frère John, alors président, pour qu'aucune grâce ne puisse être accordée au véritable Robert Stroud).
Enfin, à la vision du personnage de la mère de Robert Stroud, interprété par Thelma Ritter, on ne peut s'empêcher de rapprocher Le Prisonnier d'Alcatraz des deux autres films réalisés par John Frankenheimer en cette même année 1962, L'Ange de la Violence et Un Crime dans la Tête. Nouveau portrait de mère possessive, symbole de la pression écrasante que peut exercer l'environnement familiale sur l'individu, ce personnage se révèle au final aussi destructeur que ceux campés par Angela Lansbury dans les deux films pré-cités (pour l'anecdote, les deux actrices se retrouveront en compétition pour l'Oscar du Meilleur Second Rôle féminin, lequel reviendra finalement à Patty Duke pour sa mémorable prestation dans Miracle en Alabama d'Arthur Penn).
Madame Stroud : une maman plutôt collante.
Le Prisonnier d'Alcatraz fut accueilli à sa sortie, le 28 juillet 1962, par une critique largement élogieuse. Celle-ci loua tout autant la force et la noblesse du message général que l'interprétation tout en retenue de Burt Lancaster et la réalisation visuellement très inventive de John Frankenheimer. Elle n'émit finalement de réserves que sur les prises de position libérales, inévitablement sujettes à polémique, du cinéaste concernant sa vision du système judiciaire américain. Et, bien que ne raflant pas vraiment la mise au box-office, le film se tailla donc au fil des années une solide réputation de classique du cinéma américain. Enfin, il permit à Burt Lancaster de finir de régler la dette qu'il avait contractée auprès de l'United Artists à la fin des années 50 et d'obtenir en prime un prix d'interprétation au Festival de Venise.
Quant à Robert Stroud, il décéda le 21 novembre 1963 – soit un jour avant l'avant l'assassinat de JFK – au bout de 54 années d'emprisonnement, dont 42 en cellule d'isolement. Et il ne fut jamais autorisé à voir le film qui lui était consacré.
Ce qu'ils en ont dit :
Film becomes static despite imaginative sidelights to enlarge scope of action (Leonard Maltin's movie and video guide).
A SUIVRE...
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Edition DVD - Zone 2 :
Éditeur : MGM
Format image : 1.66:1, Full Frame Version (4 :3)
Format son : Français (Dolby Digital Mono), Anglais (Dolby Digital Mono), Allemand (Dolby Digital Mono), Italien (Dolby Digital Mono), Espagnol (Dolby Digital Mono),
Sous-titres : Français, Allemand, Italien, Espagnol.
Bonus : Bande-annonce
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