CINETUDES
Samedi 11 Octobre 2008
1:09
Joe DANTE

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile



Cet dossier, dont le texte qui suit n’est que l’introduction, proposera des études des différents films de Joe Dante, permettant ainsi de dégager des constantes thématiques et de cerner l’œuvre d’un réalisateur assez mésestimé, dont la carrière entière se base sur une culture cinéphile spécifique alliée à un engagement et une intégrité devenus trop rares en ces temps de décadence hollywoodienne.




Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile


Joe Dante est né le 28 novembre 1946 à Morristown, dans le New Jersey, état qu’il ne quittera pas de son enfance, malgré quelques déménagements dû aux activités de son père, golfeur professionnel. Très tôt intéressé par le cinéma, ses premiers pas en tant que spectateur furent pour aller voir des dessins animés, projetés en première partie de films "live", plus adultes, qui semblaient alors rébarbatifs à l’enfant Joe Dante. Ce fut en 1953 qu’il resta la première fois pour voir un de ces films : Le Météore de la Nuit (It came from outer space) de Jack Arnold . Premier choc et début d’une fascination pour un genre cinématographique, la science-fiction des années 50, qui allait faire plonger le futur réalisateur dans une culture cinématographique qui transpirera plus tard tout au long de sa carrière. Des Monstres attaquent la ville (Them!, de Gordon Douglas , en 1954), Les Survivants de l’infini (This Island Earth, de Joseph Newman , en 1955) et enfin le célèbre Planète Interdite (Forbidden Planet, de Fred McLeod Wilcox , en 1956) allaient suivre.

Devenu cinéphage, Dante n’hésita pas à faire de longs déplacements pour aller voir des films non diffusés chez lui, tels les films Hammer ou les productions d’Allied Artists ou encore les films d’American International Pictures (firme qui révéla Roger Corman ). Tous ces films étaient diffusés dans le cadre des matinees, ces doubles séances se déroulant les samedi après-midi, auxquelles bien plus tard Dante rendra hommage dans l’un de ses meilleurs films. Parallèlement au cinéma de science-fiction et d’épouvante, Dante restait passionné par les dessins animés ( Chuck Jones et Tex Avery , qui eux aussi influencèrent nettement sa carrière) et s’était également mis à lire Mad , une revue profondément satirique, traitant aussi bien des films que de l’actualité, qui en ces années 50 étaient marquées par le sénateur McCarthy et sa chasse aux sorcières communistes. L’irrévérence et le climat de cette période de guerre froide achevèrent donc de constituer le bagage culturel de Dante, qui allait à son tour devenir journaliste, publiant son premier article en 1962 dans le magazine Famous Monsters of Filmland , qui comme le titre l’indique traitait essentiellement du cinéma horrifique. La carrière de Dante était alors toute tracée : il était évident que le jeune homme ferait carrière dans le cinéma.

Responsable de la programmation du club cinéma de son université, à Philadelphie, Dante eut l’idée d’organiser une " nuit du film camp ", lors de laquelle seraient projetés des serials des années 30 et 40, enrichis de scènes extraites d’autres films pour dynamiser un rythme parfois trop lent. D’une durée totale de 4 heures au départ qui passèrent à 7 heures plus tard, l’œuvre fut diffusée pendant plus de 10 ans, avec des modifications régulières dans les films repris. La règle de base était de ne pas incorporer de films récents, jugés moins drôles et moins naïfs que ceux qui les avaient précédés jusqu’à la fin des années 50. L’ensemble, introuvable désormais, fut connu sous le nom de The Movie Orgy , et témoigne déjà de la profonde cinéphilie de Dante et de son respect pour des œuvres jugées désuètes, voire carrément ridicules. C’est que pour Dante, la notion de nostalgie est vitale, et même le film le plus objectivement mauvais peut trouver grâce aux yeux d’un spectateur qui a grandi avec ce film.

Un tel goût pour le cinéma "kitsch" ne pouvait mener Dante que chez New World, la firme de Roger Corman , spécialisée dans le cinéma d’exploitation et en adéquation parfaite avec le mouvement libertaire de la fin des 60’s. Par l’intermédiaire de Jon Davison , un ami d’enfance, Dante fut engagé pour concevoir les bandes-annonces des films produits par la maison. Une tâche d’apprentissage, où Dante se devait d’améliorer le rendu d’œuvres parfois catastrophiques, quitte pour cela à insérer dans les bandes-annonces des plans qui ne figuraient même pas dans les films (à ce titre, le parallèle avec The Movie Orgy est évident). Puis, logiquement, après plusieurs années à ce post, Dante eut l’envie naturelle de se mettre à la réalisation.




Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • HOLLYWOOD BOULEVARD - 1976

    Jon Davison paria avec Roger Corman qu’il serait capable de livrer le film le moins cher que la New World ait produit. Corman accepta, donna à Davison 60 000 dollars et dix jours de tournage. Davison confia le projet à Joe Dante et Allan Arkush, un autre aspirant réalisateur. Tous deux n’étant pourtant pas pour autant autorisés à arrêter la production de bande-annonces. Le résultat fut ce Hollywood Boulevard , dont le sujet même évoquait le milieu du cinéma : la compétition entre deux actrices à Hollywood, menée sur un ton comique.

    DVD zone 1 chez New Concorde Home Video.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • PIRANHAS (Piranha) - 1978

    Suite au succès des Dents de la Mer , New World se porta acquéreur d’un script au sujet similaire à celui du film de Spielberg , si ce n’est que le requin était remplacé par des piranhas. Co-produit avec Allied Artists pour 600 000 dollars (montant faramineux pour la firme de Corman), Piranhas vit le jour. Malgré un script de départ franchement mauvais et un tournage difficile, Dante parvint à livrer le meilleur des plagiats des Dents de la Mer , grâce notamment à la retouche du script par John Sayles ainsi qu’aux effets spéciaux conçus par Phil Tippet et Rob Bottin .

    DVD zone 2 chez MGM.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • ROCK’N’ROLL HIGH SCHOOL - 1979

    Film sur lequel Joe Dante fut parachuté en compagnie d’ Allan Arkush et de Jerry Zucker . Une bonne expérience sur un film rétro : une guerre entre les élèves pro-rock et les anti-rock d’un lycée.

    DVD zone 1 chez New Concorde Home Video.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • HURLEMENTS (The Howling) - 1981

    Cette histoire de camp de repos peuplé de loups-garous marque la sortie de Dante de la New World. D’un calibre supérieur, le film bénéficie de plus des effets de maquillage de Rob Bottin . Considéré comme l’un des meilleurs films de loups-garous de l’histoire, Hurlements est le film qui révéla Joe Dante, lequel pouvait alors afficher des ambitions supérieures à celles de la New World. Du reste, Dante fut loin d’être le seul talent formé par la compagnie de Roger Corman…

    DVD zone 2 collector chez Studio Canal.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • THE TWILIGHT ZONE THE MOVIE : SEGMENT "IT’S A GOOD LIFE" - 1983

    Le 3ème segment ainsi que l’épilogue furent réalisés par Joe Dante, qui, directement en sortant du giron de Corman, trouva un autre mentor en la personne de Steven Spielberg . Dante quitte ici le domaine de l’horreur brute et livre un film cartoonesque pas si gentillet qu’il n’y paraît.

    Pas de DVD.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • GREMLINS - 1984

    Le premier long-métrage de Dante pour Steven Spielberg n’est plus à présenter. Peut-être le film le plus connu du réalisateur, qui allie à la fois ses goûts pour l’horreur et pour le cartoon. La provocation s’affirme également ici comme un des constituants majeur du cinéma de Dante.

    DVD zone 1 special edition, chez Warner Home Video (à préferer au zone 2, édition simple uniquement).

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • EXPLORERS - 1985

    Poulain de Spielberg ayant cartonné au box-office avec Gremlins , Joe Dante se voit perçu à Hollywood comme un futur golden boy. Il hérite donc du projet d’Explorers , après avoir refusé de diriger Batman , pour le compte de la Warner. L’histoire est celle d’enfants dont le rêve est de partir explorer l’espace. Malheureusement, Paramount, firme productrice, dépossèdera Dante de son film avant même que ce dernier n’ait achevé le montage définitif. Un échec commercial.

    DVD zone 2 chez Paramount.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • L’AVENTURE INTERIEURE (Innerspace) - 1987

    Comédie moins surréaliste que les précédents films, l’Aventure Intérieure propose de narrer les aventures d’un militaire qui, suite à une expérience ratée, se retrouve par accident propulsé dans le corps d’un inconnu névrosé. Prévu pour être un gros succès, le film fut en réalité un échec retentissant, principalement dû à une promotion calamiteuse. Dante commença alors à décevoir les studios…

    DVD zone 2 chez Warner Home Video.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • CHEESEBURGER FILM SANDWICH (Amazon Women on the Moon) - 1988

    Comédie à sketch co-réalisée avec 4 autres réalisateurs, Cheeseburger Film Sandwich prend des allures de petite pause dans la carrière de Dante, qui ne perd pourtant ici rien de son style.

    DVD zone 1 chez Universal.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • LES BANLIEUSARDS (The Burbs) - 1989

    Une autre comédie familiale, où pourtant Dante multiplie les situations anarchiques et les références cinématographiques, sans oublier la réflexion sociale. Un film souvent oublié dans la carrière du réalisateur, probablement du fait que Les Banlieusards n’ait pas été vendu comme un blockbuster.

    Dvd zone 2 chez Universal.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • GREMLINS 2 : LA NOUVELLE GENERATION (Gremlins 2 : The new batch) - 1990

    6 ans après le film original, Joe Dante est rappelé par Steven Spielberg pour diriger la séquelle. Carte blanche. Il en résultera un film totalement en marge, sans aucune retenue, qui épouvantera Spielberg… Film énorme, mais dont les résultats ne contenteront pas les studios.

    DVD zone 1 chez Warner Home Video.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • PANIC SUR FLORIDA BEACH (Matinee) - 1993

    En revenant à un cinéma plus minimaliste, voire confidentiel, Dante livre presque son autobiographie. Tout ce qui figure dans ce film peut être retrouvé dans la biographie qui se trouve en haut de cette page… Un film de cinéphile, sur les cinéphiles, et pour les cinéphiles.

    DVD zone 1 chez Image Entertainment.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • RUNAWAY DAUGHTERS - 1994

    Il s’agit d’un téléfilm faisant partie d’une série de remakes de vieilles productions pour adolescents, de l’AIP. Surtout l’occasion pour Dante de s’amuser entre amis, selon ses propres dires. Le film parle de 3 fugueuses. Dante nous avait habitué à traiter de la jeunesse, mais pas d’une façon aussi brute et réaliste.

    DVD zone 1 chez Buena Vista Home Video.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • LA SECONDE GUERRE CIVILE (The Second Civil War) - 1997

    Autre téléfilm, La Seconde Guerre Civile est un autre film anarchiste, à l’ironie mordante dans la droite ligne du Dr. Folamour de Kubrick . S’en prenant tour à tour aux médias, aux politiques et au patriotisme, Dante donne jour à un film profondément comique. Beau succès commercial, qui permit au réalisateur de retrouver un peu de crédibilité à Hollywood après une période de disette où aucun projet cinématographique intéressant ne lui avait été proposé.

    DVD zone 2 chez Free Dolphin/ Pioneer.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • SMALL SOLDIERS - 1998

    Engagé à l’initiative de son ami Steven Spielberg , Joe Dante était censé livrer ici un film passant derrière le marketing qui l’accompagnait. Mais bien sûr, le réalisateur étant ce qu’il est, il ne put s’empêcher encore une fois de transgresser ce qu’on lui imposait et son film, sorte de variante guerrière de Gremlins , prend des allures toutes personnelles. Sans succès commercial.

    DVD zone 2 chez Dreamworks Home Entertainement.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • LOONEY TUNES BACK IN ACTION - (2003)

    Après 5 ans d’absence, Dante revient avec les Toons. Toute sa jeunesse. En transposant ses influences, le réalisateur en profite pour s’en prendre aux systèmes des studios et en contournant les diktats hollywoodiens. Bref, un suicide commercial en règle. Un échec sans appel, qui semble condamner Dante auprès des studios…

    DVD zone 2 chez Warner Home Video.












Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
TELEVISION :

Police Academy (1982), Amazing Stories (1985), Twilight Zone (1985), virent des épisodes réalisés par Joe Dante, qui n’est pas vraiment satisfait de ses œuvres.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
  • Eerie Indiana (1990) est le projet télévisuel le plus abouti de Dante. Sous des allures de série pour enfants, le film s’adresse à un public plus large, ce que la chaîne NBC ne comprit pas. Série abandonnée avant même son dernier épisode, pour cause d’audience insuffisante (que le créneau horaire désastreux peut expliquer).

    DVD zone 1 chez Gotham Distribution.

Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
En 1995, Dante réalisa un épisode pour la série Picture Windows * (une série basée sur la vie d’artistes en tous genres), en compagnie entre autres de ses anciens collègues de chez New World, Jonathan Kaplan et Peter Bogdanovitch . Mais c’est surtout en 1998 que le réalisateur aurait pu revenir sur le devant de l’écran, avec un pilote de série télévisée intitulé Warlord : Battle for the Galaxy (ou parfois The Osiris Chronicles ). Sabotée par CBS, la série ne vit jamais le jour, et ce pilote, qui présentait un équipage spatial conçu comme un équipage de pirates, resta sans suite.

Pour être exhaustif, signalons juste la réalisation par Dante de deux épisodes pour la série Night Visions .

* Picture Windows : DVD zone 1 chez Pioneer Video.




Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile
DIVERS :

Dante signa aussi Haunted Lighthouse , d’après l’écrivain R.L. Stine , film de maison hantée destiné à être diffusé dans des parcs d’attraction américain.

Enfin, notons aussi les rares caméos de Dante dans les films de ses amis, comme dans le Cannonball de Paul Bartel (film New Word de 1976), dans la Nuit Déchirée ( Mick Garris , 1992) et Le Flic de Beverly Hills 3 ( John Landis , 1994).

Niveau production, sa participation au Fantôme du Bengal ( Simon Wincer , 1996) reste plus formelle que factuelle, et découle en fait d’un de ses projets avortés. La série Jeremiah (2002), où il est là aussi crédité en temps que producteur exécutif, n’est pas vraiment non plus son bébé…



Bref, Dante fait partie de ce genre de réalisateurs que le talent aurait pu porter au sommet d’Hollywood. Mais son intransigeance artistique et ses thèmes de prédilection pas forcément grand-public ont eu raison de lui. Reste au final un cinéaste qui de film en film, employant systématiquement la même famille d’acteurs et de techniciens, a prouvé l’attachement profond qu’il portait au cinéma en tant qu’art populaire. Joe Dante est un de ces réalisateurs capables d’allier un cinéma de pur divertissement avec un cinéma personnel, tout en restant en dehors du consensus hollywoodien. La mise à l’écart de Dante peut alors être logiquement perçue comme un des symboles d’une industrie qui n’a plus d’usine à rêves que la réputation, et qui se vide de ses talents au fur et à mesure que sa tolérance artistique se réduit. Cinéphile autodidacte, élève de Corman et enfant d’une époque de contestation, Joe Dante ne trouve plus sa place dans le monde cinématographique actuel, fait d’une rigidité commerciale ahurissante…



Laissons lui le mot de la fin de cette introduction :

" Dans les années cinquante, on encourageait les enfants à prendre l'habitude d'aller au cinéma. Ils se construisaient une expérience collective, ils avaient peur ensemble, ils en parlaient après, ils jouaient aux films chez eux... quel que soit le film. Tout cela a disparu. Maintenant il y a Disney et le reste, et les gosses de huit ans vont voir Sexe Intentions. Je ne vois pas lequel d'entre eux aurait plus tard envie de faire des films pour d'autres raisons que d'être célèbres et baiser. " *



* : Tiré du livre " Joe Dante et les Gremlins d’Hollywood ", éditions Cahiers du cinéma – Festival international du film de Locarno, 1999.




Joe Dante : L'Anarchiste Cinéphile

Lundi 04 Avril 2005
Loic Blavier (Walter Paisley)


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