Au début des années soixante, l'avènement du cinéma indépendant au Japon met un terme à l'hégémonie des majors. Le caractère nouveau de ce type de concurrence et l'inadéquation des studios à celle-ci occasionne l'apparition de nouvelles tendances dans le cinéma mainstream. Il s'agit de ramener les spectateurs dans les salles des majors, et ce par tous les moyens. Chaque compagnie développe alors un style ou un genre neuf qui la caractérise et promet au spectateur de lui offrir de nouvelles sensations. Si le studio
Toei se lance par exemple dans la production frénétique de
yakuza-eiga (films de yakuzas), la
Nikkatsu se fait le chantre des
pinku-eiga , des films érotiques plus osés que tout ce qui avait jamais été produit auparavant. En 1964, un jeune réalisateur sous contrat avec le studio se voit confier l'adaptation d'une pièce de théâtre de
Tajiro Tamura (réadaptée à deux reprises, notamment par
Hideo Gosha en 1988) avec pour consigne d'en faire un objet cinématographique parfaitement racoleur. Ce réalisateur c'est
Seijun Suzuki et le film sera
La Barrière de la Chair, sa trente-et-unième réalisation en huit ans de carrière.
Suzuki est alors à son sommet :
La Barrière de la Chair va devenir une des oeuvres clefs de sa filmographie (
*1). Et si on peut éventuellement lui préférer des films plus brillants tels
Elégie de la Bagarre,
Détective Bureau 2-3,
Pistol Opera ou surtout
La Marque du Tueur, c'est probablement sa réalisation qui impressionne le plus par ses qualités visionnaires et novatrices, celle dont les répercussions sur les films à venir seront les plus évidentes dans la production nippone.