CINETUDES
Vendredi 12 Mars 2010
22:56
Lucio FULCI

Lucio FULCI : Un artisan auteur

Avec l’aimable autorisation de luciofulci.fr



Lucio FULCI : Un artisan auteur
L’Enfer des Zombies, L’Au-delà, Frayeurs ou encore L’Eventreur de New York… Autant de films cultes pour tout fan de gore. Leur point commun ? Lucio Fulci. Pourtant, le réalisateur italien n’a jamais été considéré au même titre qu’un Mario Bava ou un Dario Argento. Alors que ce dernier est aujourd’hui accepté comme un véritable auteur, on définit Lucio Fulci au mieux comme un bon faiseur du cinéma bis transalpin. Ces dernières années, il semblerait que son œuvre soit très appréciée par toute une génération de jeunes fans de Death Metal, vénération aussi trouble que réductrice pour un réalisateur dont l’horreur ne représente même pas 50 % de sa filmographie. Il a en effet abordé d’autres genres comme la comédie, le western ou le film d’aventure….

Cette ignorance peut s’expliquer par la difficulté pour un public non Italien de se procurer ses autres titres et donne lieu également à des dossiers dans la presse qui n’ont de "complets" que le nom... Pourtant Lucio Fulci mérite qu’on s’attarde plus sérieusement sur l’intégralité de son œuvre afin de savoir s’il n’est qu’un simple réalisateur de films de genre…



Une carrière dans le cinéma de genre


Lucio Fulci débute dans l’industrie du cinéma en tant qu’assistant de Steno, réalisateur de multiples comédies avec la star comique Totò. La réalisation ne l’attire pas plus que ça puisqu’il refuse de prendre les commandes de Totò All’Inferno en 1954. Cinq ans plus tard, il tourne pourtant son premier film, la comédie I Ladri avec… Totò, toujours lui. Le réalisateur romain définissait ce passage à la réalisation comme un "accident alimentaire", poussé par un besoin d’argent lié à son mariage. Pas très romantique comme histoire… De plus, en 1990, lorsque l’Ecran Fantastique lui demandait s’il se considérait comme un artiste ou un artisan, sa réponse fut sans équivoque : "Artisan, bien sûr". (*1) En effet, durant toute sa carrière, Fulci a œuvré dans le cinéma de genre, voire de sous-genre. C’est ce qu’on a appelé le cinéma bis, terme désignant des productions à petit budget surfant sur les succès du moment ; un cinéma opportuniste donc, très loin de la Nouvelle Vague et de sa politique des auteurs.

Lucio FULCI : Un artisan auteur

Après I Ladri, Lucio Fulci a donc enchaîné comédies sur comédies. En effet, durant presque dix années, il se consacre exclusivement à ce genre en vogue dans l’Italie des années 50 et 60. I Maniaci avec Barbara Steele lorgne ainsi vers Les Monstres de Dino Risi. On y retrouve cette succession de sketches qui donne lieu à une lecture humoristique de la société italienne d’alors avec des personnages sujets au stress à cause de leurs manies. On remarque dans ce film le duo Ciccio et Igrassia avec lequel Fulci signe des parodies de films à succès avec une certaine réussite. Il livre ainsi 00-2 Agenti segretissimi, parodie des films de James Bond, ou encore I due pericoli pubblici, pastiche du Docteur Folamour de Stanley Kubrick. A noter également que sa comédie policière Au Diable les Anges (Operazione San Pietro) en 1967, où un gang vole la Pieta de Michel-Ange, voit le jour suite au succès de Operation San Gennaro (Operazione San Gennaro) du même Dino Risi un an plus tôt, qui narre le vol d’un trésor par un gang. La ressemblance entre les deux titres italiens parle d’elle-même.

Lucio FULCI : Un artisan auteur
Fulci s’essaie même à la sexy comédie, sous-genre coquin des années 60 et 70, apparu pour contourner l’interdiction du porno en Italie. On retrouve dans ces films toutes les professions sujettes à fantasme ; professions exercées par de jolies jeunes femmes au charme bien mis en valeur. Parmi elles, Edwige Fenech, la reine du genre avec des films tels que La Toubib du Régiment de Nando Cicero en 1976. La même année, Fulci la filme dans On a demandé la main à ma sœur où elle tient un double rôle. En effet, elle joue une magistrate intransigeante et sa sœur jumelle prostituée. Cette dernière est instrumentalisée afin de ruiner la réputation de sa sœur un peu trop dérangeante pour certains. A sa sortie en salles, le film fait grande impression puisque l’actrice y apparaît entièrement dénudée. Toujours dans le même registre, Fulci signe Obsédé malgré lui en 1976, une sexy comédie avec Lando Buzzanca qui interprète un sénateur obsédé sexuel. Lucio Fulci retrouvera l’humoriste italien pour Young Dracula, parodie plutôt réussie des films de vampire.

Lucio FULCI : Un artisan auteur
En 1964 Sergio Leone sort Pour une poignée de dollars. Sans le savoir, le futur réalisateur de Il était une fois en Amérique lance le western spaghetti, sous-genre transalpin du western. Il donne ainsi un nouveau souffle à un cinéma typiquement américain en lui apportant des personnages plus complexes et une violence plus graphique. Ainsi, alors qu’il n’a réalisé jusque là que des comédies, Fulci réalise Le Temps du Massacre avec Franco Nero, inoubliable interprète de Django, fleuron du western spaghetti de Sergio Corbucci. Fulci tournera trois autres westerns dont le crépusculaire Les Quatre de l’Apocalypse avec deux figures du cinéma de genre italien, Fabio Testi et Tomas Milian. On peut penser Fulci à l’aise dans le genre tant certains plans de L’Enfer des Zombis, Frayeurs ou La Longue Nuit de l’Exorcisme semblent tout droit sortis d’un western.

Historiquement, La Fille qui en savait trop (La Ragazza che sapeva troppo) de Mario Bava transpose le giallo – jusqu’alors des romans policiers italiens - au cinéma. Mais c’est L’Oiseau au Plumage de Cristal de Dario Argento en 1970 qui donne ses lettres de noblesse au genre et provoque ainsi une explosion de production de ces films où un assassin ganté tue à l’arme blanche de jolies jeunes femmes. Un an plus tard, Lucio Fulci signe Le Venin de la peur dont le titre original, Una Lucertola con la Pelle di Donna, signifie "un lézard à la peau de femme". D’autres gialli ont repris des noms d’animaux dans le titre afin de profiter de la trilogie animale d’Argento qui comprend également Le Chat à Neuf Queues et Quatre Mouches de Velours Gris. On peut citer entre autre La Queue du Scorpion de Sergio Martino et La Tarentule au ventre noir de Paolo Cavara en 1971 ou encore La Longue Nuit de l’Exorcisme de Fulci dont le titre italien Non Si Sevizia Un Paperino se traduit par "ne torturez pas un canard". Il réalisera aussi l’ultra-violent L’Eventreur de New York ainsi que Murderock, giallo musical improbable visant à surfer sur le succès du Flashdance d’Adrian Lyne.

Lucio FULCI : Un artisan auteur

Alors que le western spaghetti s’essouffle dans les années 70, la production cinématographique italienne se lance dans le polar avec notamment Milan calibre 9 de Fernando di Leo. Et c’est durant sa période "zombies" (lire ultérieurement) que Lucio Fulci accepte de tourner La Guerre des Gangs sorti en 1980. Il s’agit d’un polar où Fabio Testi (qu’il retrouve après Les Quatre de l’Apocalypse) joue Luca di Angelo, un contrebandier de tabac confronté à un gang voulant passer de la drogue sur son réseau maritime… Le film reste aujourd’hui un des plus violents polars italiens.

Un an plus tôt, Lucio Fulci rencontre un succès phénoménal avec son film de commande le plus connu : L’Enfer des Zombies. Pourtant, il n’est pas le premier réalisateur auquel pensent les producteurs. Ces derniers veulent Enzo G. Castellari. Malgré le cachet qu’on lui propose, le réalisateur des Guerriers du Bronx refuse catégoriquement de tourner un film aussi dégoûtant à ses yeux. De son côté, Fulci accepte la proposition car, une fois encore, il a besoin d’argent. Le film sort en Italie sous le nom de Zombi 2, titre opportuniste afin de profiter du succès de Zombies de George A. Romero produit par... Dario Argento, l’ennemi intime. La production des films d’horreur explose. Lucio Fulci enchaîne alors les films gores qui feront sa renommée. Il tourne trois films avec Catriona MacColl qui, bien qu’elle soit Anglaise, voit son prénom transformé en Catherine ; ce dernier sonnant plus anglo-saxon pour l’exportation (*2). Le premier titre, Frayeurs, remporte le Grand Prix du Public au Festival Fantastique de Paris en 1980, suivi de L’Au-delà dont la scène du chien d’aveugle est reprise sur Suspiria de Dario Argento et La Maison près du cimetière mis en chantier pour profiter du choc Shining de Stanley Kubrick. En 1982, son Mahattan Baby, tourné par obligation contractuelle, tente de lorgner entre L’Exorciste de William Friedkin sorti en 1974 et Poltergeist de Tobe Hooper. Le cinéaste continuera dans l’horreur jusqu’à la fin de sa carrière sans atteindre la popularité de sa période "zombies".

Lucio FULCI : Un artisan auteur
Lucio Fulci aborde d’autres genres dans les années quatre vingt. Depuis Conan le Barbare en 1981 avec Arnold Schwarzenegger, la production italienne s’emballe pour l’Heroic Fantasy. Naissent ainsi une multitude d’ersatz fauchés. En 1983, Fulci participe au mouvement en signant Conquest. Il s’essaie également à la science-fiction avec 2072 – Les Mercenaires du Futur sans atteindre la réussite de Ridley Scott avec son Blade Runner sorti l’année précédente. Trois plus tard, il signe cependant un très beau film érotique sado-masochiste, Le Miel du Diable.

Dans la production de films de genre en Italie, Lucio Fulci ne fait donc pas figure d’exception. Il s’inscrit parfaitement dans cette industrie qui vise à reproduire les succès du moment et cela lui a permis d’aborder tous les genres, le péplum mis à part. Mais contrairement à d’autres simples suiveurs, Fulci a su faire preuve d’un réel talent tout en se développant en tant qu’artiste.

Lucio FULCI : Un artisan auteur



Une vision personnelle


L’idée d’un Lucio Fulci auteur peut sembler étrange, d’autant plus que, comme il a été dit précédemment, lui-même se revendiquait artisan. Mais dans cette même interview de L’Ecran Fantastique, il déclare ensuite : "Avant l’interview de Truffaut, Hitchcock était considéré comme un artisan. C’est après qu’il a été considéré comme un artiste." (*3) Alfred Hitchcock ayant également œuvré dans le cinéma de genre, Lucio Fulci peut, par conséquent, être vu comme auteur. A condition, bien sûr, que ses films reflètent une certaine sensibilité artistique.

C’est à la suite d’une rupture que Lucio Fulci décide de se lancer dans le cinéma afin de raconter son histoire. Il s’agit d’un choix guidé par le désir de s’exprimer comme tout artiste. Il n’est donc pas étonnant de retrouver le nom de Fulci en tant que scénariste dans une grande majorité de ses films. Même s’il n’est pas à l’origine du sujet, Fulci intervient systématiquement sur le scénario qu’il traite afin de le personnaliser au maximum. L’épisode Zombi 3 en constitue le parfait exemple puisqu’il quitte le tournage car il lui est impossible de réécrire le script qu’il juge pitoyable. Et peu importe l’éternel débat sur sa collaboration houleuse avec le scénariste Dardano Sacchetti qui dément toute participation de Fulci à l’écriture. Reste qu’ensemble, ils auront livré de grandes réussites du cinéma d’horreur telles que L’Enfer des Zombies, L’Au-Delà ou encore La Maison près du cimetière.

Lucio FULCI : Un artisan auteur
1966 marque un tournant volontaire dans la carrière de Lucio Fulci. Il pourrait se contenter de tourner encore moultes comédies avec Ciccio et Ingrassia, duo comique le plus populaire dans les années soixante et soixante-dix en Italie. Au lieu de cela, il se lance dans la production d’un western dans lequel pas grand monde ne croit, Le Temps du Massacre. Pourtant, le western spaghetti est alors en pleine expansion. Ce changement de genre s’avère plus guidé par un besoin artistique plutôt que par simple opportunisme puisqu’il permet à Fulci de poser une des bases de son cinéma : son aura artaudienne, reprise sur le théâtre de la cruauté du poète Français Antonin Artaud. Cependant, il s’agit là d’inspiration plus que d’illustration. L’un des buts de la démarche d’Artaud est d’"aller au plus profond de la sensibilité nerveuse du spectateur" (*4).

Dans le cinéma de Lucio Fulci, cela se traduit par une extrême violence parfois filmée à coup de zooms déstabilisants ou par de longues séquences dans lesquels le récit s’arrête. Celles-ci donnent ainsi une structure étrange aux films tels que Les 4 de l’Apocalypse, L’Au-delà ou encore Frayeurs. Le cinéaste s’attarde sur les visages de ses personnages déformés par la douleur et laisse leurs cris résonner dans la tête des spectateurs. Comme son aîné, Lucio Fulci cherche à abolir la frontière entre son oeuvre et le spectateur : "Je place la camera de telle sorte que le public est complice d’un crime cinématographique. Il passe ainsi le stade de simple spectateur d’un acte brutal – il en devient l’auteur. " (*5).

De cet acte brutal surgit donc des hurlements. Ce langage au-delà des mots se retrouve chez le poète Français qui utilise également les cris ou les bruits stridents et étranges. Ainsi, chez Fulci, comment expliquer les pleurs d’enfant dans La Maison près du cimetière ou encore les bruits étranges qui accompagnent le zoom visant des insectes au début de L’Enfer des Zombies ? Il est amusant de noter que la seule pièce d’Artaud appartenant au "théâtre de la cruauté" s’intitule Les Cenci, montée en 1935. Lucio Fulci s’intéressera également à cette famille en tournant en 1969 Beatrice Cenci – Liens d’amour et de sang, un de ses meilleurs films. Malheureusement, au-delà de leur qualité artistique, les deux œuvres rencontreront un échec commercial.

Lucio FULCI : Un artisan auteur
Beatrice Cenci ne peut être considéré comme un film opportuniste puisqu’il ne s’inscrit pas à la suite d’un succès. Lucio Fulci livre ici un film personnel dont la structure fait preuve d’une certaine audace, surtout pour l’époque. Cette déstructuration du récit n’est pas sans rappeler un certain Quentin Tarantino qui ne cache pas son admiration pour le Maestro. L’enfant terrible du cinéma américain ira jusqu’à reprendre la scène du cercueil de Frayeurs pour son film Kill Bill en utilisant également la musique de L’Emmurée Vivante composée par Fabio Frizzi. Alors que le cinéaste italien est souvent qualifié de suiveur, il se retrouve cité voire copié par d’autres confrères plus respectés. Clive Barker cite le Maestro à la fin de son Maître des Illusions, hommage au final ténébreux de L’Au-delà, un de ses films préférés par ailleurs. Abandonnée de Nacho Cerda ou encore Saint Ange de Pascal Laugier se réfèrent eux aussi au chef d’œuvre de Fulci. Dans Shaun of the Dead, un restaurant sushi porte même le nom de "Fulci".

Quant à Wes Craven, il n’est pas impossible que son New Nightmare soit inspiré de Nightmare Concert, film dans lequel Lucio Fulci joue le rôle d’un réalisateur de films d’horreur en proie à de terribles cauchemars. C’est durant cette même période que le cinéaste refuse le projet The Beyond 2 ou Beyond the Beyond qui aurait pu lui faire gagner de l’argent facilement : "Vraiment, je ne pense pas que je le ferai un jour. Je ne veux pas finir avec un autre Zombi 3… Hors de question ! " (*6). Il préfère tourner des films plus personnels tels que Voix Profondes ou Le Porte del Silenzio, tous deux adaptés d’histoires écrites par le cinéaste et publiées dans son recueil Le Lune Nere.

Lucio FULCI : Un artisan auteur
La mort est une composante essentielle de l’œuvre de Lucio Fulci qui lui permet de développer un cinéma plus métaphysique que psychologique. Il est d’ailleurs amusant de relever qu’à plusieurs reprises, les critiques ont regretté le manque de psychologie des personnages fulciens. Le cinéaste se rapproche une fois de plus d’Antonin Artaud dont le théâtre reposait plus sur la métaphysique – modèle du théâtre oriental – que sur la psychologie – modèle du théâtre occidental. La mort, Lucio Fulci la côtoie très tôt dans sa vie et elle restera omniprésente avec notamment le suicide de sa première femme qui pensait être atteinte d’un cancer. Cette obsession de représenter la mort n’est donc pas anodine. Chez Fulci, la mort exclut toute forme de romantisme. Le cinéaste se justifie en disant que "la vie est bien plus horrible" (*7).

Ainsi, dans ses films, les yeux sont souvent pris pour cibles comme s’ils en avaient trop vu. Dans L’Eventreur de New York, une prostituée se fait arracher un oeil avec une lame de rasoir. Avec Demonia, Fulci filme une double énucléation. Une victime de L’Enfer des Zombies se voit perforer l’œil par une énorme écharde. Le plombier de L’Au-delà subit quant à lui une énucléation du plus bel effet. Les zombis eux-mêmes sont marqués aux yeux. Outre les deux derniers films cités, le Docteur Freudstein de La Maison près du cimetière semble avoir les yeux clos. La putréfaction, élément essentiel dans l’univers fulcien, renforce ce sentiment de noirceur ; comme si la dégradation du corps révélait la vraie nature de l’Homme. Quant aux enfants, ils sont filmés comme d’étranges créatures. Dans une interview (*8), Fulci déclare à leurs sujets que "c’est des monstres car ils sont différents, pas parce qu’ils sont méchants. (…) On cherche à les intégrer dans notre monde" qui selon lui n’est pas des plus beaux. Ce pessimisme profond lie Lucio Fulci à l’écrivain Louis Ferdinand Céline dont il était fervent lecteur sans toute fois partager les mêmes opinions politiques. (*9)

Lucio FULCI : Un artisan auteur
Contrairement à certains de ses camarades, Lucio Fulci n’a jamais tourné de films fascisants. "Même si j’avais été à la rue, je n’aurais pas cédé. Mes films sont certes violents, mais certainement pas racistes. " (*10). Bien qu’il ne soit pas un cinéaste militant dans le sens où la politique n’est pas le moteur de son œuvre, son cinéma peut être qualifié d’antifascisme. En effet, Les Fantômes de Sodome pointe du doigt la ténacité de l’idéologie nazie et 2072 Les Mercenaires du Futur est un film raté profondément anti-fasciste avec ses militaires tout de noir vêtus. Un film comme Beatrice Cenci s’attaque au totalitarisme, en la personne de Francesco Cenci, père tyrannique sadique et incestueux. Fulci y décrit également une Eglise bien perfide qui sait fermer les yeux sur des atrocités.

Des atrocités, les hommes en commettent en se cachant derrière la religion pour justifier leur ignorance. Le lynchage du peintre dans L’Au-Delà en est le parfait exemple. Son crime ? Avoir peint l’au-delà. En effet, chez Fulci, les victimes des hommes sont souvent des marginaux. Dans La Longue Nuit de l’Exorcisme, Maciara – interprétée par Florinda Bolkan – se fait lyncher à coups de chaîne en plein cimetière par des villageois. Ils la considèrent comme responsable des meurtres d’enfants car trop différente de la norme et se livrent ainsi à une justice expéditive. Il en va de même avec le jeune simplet de Frayeurs qui se fait percer le crâne dans une scène devenue mythique ; Fulci décrivant ce passage comme "un cri lancé contre une certaine forme de fascisme." (*11)

Lucio FULCI : Un artisan auteur
Ainsi, Lucio Fulci est à l’image du cinéma italien qui a connu une production importante jusque dans les années quatre-vingt pour ensuite mourir à petit feu… Mais à la manière d’un artisan, il a su façonner une œuvre personnelle tout en s’inscrivant dans une industrie purement commerciale. Il a même fait preuve d’une certaine audace en appliquant certains éléments des travaux d’Antonin Artaud et en livrant une vision pessimiste de l’humanité, sans tomber dans les travers idéologiques douteux de certains de ses camarades. Son parcours très hétéroclite le rapproche plus de Mario Bava que de Dario Argento auquel il a pourtant souvent été comparé. Et malgré un univers fort et cohérent, il semble que Fulci ne soit toujours pas considéré au même titre que le réalisateur du Syndrome de Stendhal. Pourtant, certains cinéastes en vogue commencent à se réclamer du Maestro, signe avant-coureur d’une future reconnaissance ?





(*1) Lucio Fulci : "Je suis un monstre!" par Bruno Maccaron et Patrick Nadjar - l'Ecran Fantastique n°116, octobre 1990
(*2) Sur son dernier film, Le Porte del Silenzio, Lucio Fulci est crédité sous le nom de H. Simon Kittay.
(*3) Lucio Fulci : "Je suis un monstre!" par Bruno Maccaron et Patrick Nadjar - l'Ecran Fantastique n°116, octobre 1990
(*4) http://membres.lycos.fr/coinlitteraire/dissertes/artaud.html
(*5) John Martin explores The Beyond, p 14, Yellow Press, 1997
(*6) John Martin explores The Beyond, p 66, Yellow Press, 1997
(*7) John Martin explores The Beyond, p 61, Yellow Press, 1997
(*8) Interview enregistrée par Fulci lui-même le 16 aout 1988, en réponse aux questions de Gaetano Mistretta.
(*9) L’écrivain et le cinéaste font preuve d’un certain détachement quand ils parlent de leur carrière tout en pouvant se montrer prétentieux.
(*10) Mad Movies n°197, p102
(*11) Fangoria n°29, 1983

Les captures d'écran des films suivants sont faites à partir des DVD édités par Neo Publishing : L'Au-delà, Frayeurs, L'Enfer des Zombies, Beatrice Cenci, La Maison près du Cimetière, L'Eventreur de New York.

L'image de Voix Profondes est tirée du DVD édité par ONE PLUS ONE video, celles de La Guerre des Gangs et de Conquest des DVD Blue Underground, celle de Demonia du DVD Shriek Show. La capture d'ércan des 4 de l'Apocalypse est prise du DVD édité par Anchor Bay et celles de 2072 - Les Mercenaires du Futur du DVD publié par Troma. Le reste provient de diverses VHS.

La capture d'écran de Shining est tirée du DVD Warner et celle de Lord of Illusions du DVD MGM. L'image de Suspiria provient du DVD édité par Wild Side.





Vendredi 2 Mai 2008
Lionel Grenier (Garbonzia)

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