MY SASSY GIRL (Yeopgijeogin geunyeo) Kwak Jae-Yong / 2001
Ecrit et réalisé par Kwak Jae-Yong, d'après le roman de Kim Ho-Sik
Photo : Kim Sung-bok Musique: KimHyun-seok Avec : Jeon Ji-hyun, Cha Tae-hyun, Han Jie-hie, Seo Dong-won Etudiant apathique, Gyeon-Woo évite un jour à une mystérieuse jeune fille ivre de passer sous une rame de métro… Va s'en suivre la naissance d'une relation étrange où Gyeon-Woo, amoureux, n'a pas fini pour autant de subir des épreuves délurées ou sadiques en tous genres. Dans le paysage tristounet de la comédie romantique de ces dernières années, My Sassy Girl a fait figure de véritable phénomène en Asie puisque ce film coréen a dominé les charts non seulement de son pays d'origine, mais aussi d'Hong-Kong, faisant tout particulièrement de son actrice principale une véritable star. En revanche dans les pays occidentaux le film n'a pas montré le bout de son nez : racheté tour à tour par Dreamworks et Warner, les droits internationaux de distribution sont aussi ceux d'un hypothétique remake qui traîne depuis des années à se monter. Grâce à Jean-Pierre Dionnet, la France a toutefois pu profiter de la sortie du film dans un beau double DVD, à défaut de risquer une sortie en salles. Je te tiens, tu me tiens…
My Sassy Girl a beau s'adresser à un très large public, il ne tombe pas pour autant dans les formules toutes faites et le calibrage. Dans un paysage mondial actuellement dominé au pire par les produits devenus presque mathématiques d'un Richard Curtis, ou au mieux par les expériences sympathiques mais pas toujours concluantes des Farrelly, ce film détonne et fait plaisir par le réalisme et la vérité de ses personnages. En effet, certains tourments et mal-être de la jeunesse actuelle ont tout pour s'y retrouver, et c'est sans doute ici ce qui a su faire en partie la différence, malgré les extravagances affichées. Le début du film et la rencontre entre les deux héros ne nous y trompe pas, via le télescopage de l'étudiant en école d'ingénieur (incapable de trouver une motivation à construire sa destinée) avec une jeune alcoolique névrosée. Comme dans le Time and Tide de Tsui Hark, boire et vomir sont les préliminaires de la rencontre amoureuse, voire même ici un substitut dépressif au sexe : la fille régurgite comme dans un râle tandis que le garçon est pris simultanément des mêmes convulsions en l'observant... avant que celle-ci ne s'évanouisse aux pieds de son inconscient élu en l'appelant "chaton". Le tout finira dans une chambre d'hôtel avec d'autres quiproquos tout aussi riches en sous-entendus. Ce premier évènement majeur du film donne la couleur de l'ensemble : il pourrait paraître d'une vulgaire scatologie, mais outre ses ressorts comiques véritablement réussis et burlesques (la perruque du vieux monsieur, l'étirement du temps), il a aussi la particularité de faire aimer ses personnages d'emblée et de nous amuser d'eux avec une véritable tendresse au lieu de n'en faire que les vecteurs de gags poussifs. La scène annonce ce jeu continuel entre les tonalités que poursuivra tout le film en construisant ici des vraies émotions de cinéma loin d'une accumulation seulement régressive à la American Pie.
Le reste du film, passé ce pacte dans l'alcool, va s'illustrer comme un gigantesque jeu de l'oie jubilatoire qui se réfère au principe de nombreux mangas romantiques pour adolescents (type Love Hina par exemple), qui se plaisent à montrer les humiliations et les jeux sado-masochistes entre les garçons et les filles en guise de processus de séduction, mais dont l'exagération se mêle ici à un sens de la comédie qui se réclame à l'évidence du slapstick. Comme dans beaucoup de mangas actuels de ce type, on retrouve aussi de nombreuses parodies de la culture populaire, ici via l'héroïne qui a pour passe-temps d'écrire de nombreux synopsis qui reprennent des détournements de films d'actions, romantiques ou d'arts martiaux. Un moyen de projeter encore l'ensemble dans d'autres dimensions de fictions.
… le premier de nous deux qui rira …My Sassy Girl est peut-être le premier film "hyper-romantique" dans la mesure où il aborde absolument tous les versants du genre, aussi bien comiques que dramatiques : on navigue dans une multitude de tonalités avec une aisance particulièrement remarquable. Sans doute y est-on préparé dès le départ par cet enracinement à la terre et à tout ce qui germe, via cette image séminale de l'arbre à secret autour duquel tout va se jouer, en particulier une variation des "love letters". Une image mentale qui s'inscrit dans l'inconscient du spectateur qui en suivant par la suite ce jeu amoureux débridé,accepte du coup plus aisément à plonger dans des passages plus dépressifs et particulièrement étranges. Ce décor reviendra pleinement jouer son rôle dans la dernière partie qui verse plus franchement dans l'abstrait et l'impalpable, dégageant une pureté de sentiments là où l'essentiel était auparavant du ressort du déguisé et physique. Le caractère de l'héroïne n'est pas seulement un registre de comédie, ni le drame que cache son attitude un simple "whodunnit" psychologique … C'est plutôt la tristesse et l'euphorie associés l'un à l'autre de façon continuelle dans une véritable roue du destin, créant par là même une matière cinématographique d'autant plus riche. Le film ne joue pas de l'opposition comédie/mélo sur un registre binaire, l'un et l'autre sont ici continuellement liés au détour de chaque éléments. L'un des moments les plus significatifs et le plus osé à ce niveau du point de vue de la construction narrative, c'est la longue scène où les deux protagonistes sont pris en otage par un déserteur en plein parc d'attraction désert nocturne : le tout fonctionne comme un entracte surréaliste où s'exacerbe une réelle confusion des sentiments. Entre la violence et l'absurde, l'enchantement des manèges se culbute alors à des cortèges pyrotechniques nettement plus agressifs.
Si le garçon est le futur et l'incertain, la fille est le passé et le traumatique : par cette équation assez simple, Kwak Jae-Yong a pourtant trouvé de quoi nourrir un récit riche en possibilités et étincelles créatrices. Il redonne ainsi tout entier le plaisir de vibrer dans une spirale sentimentale et fleur bleue universelle et intemporelle, nous faisant revivre les émotions d'un genre comme si c'était sa première naissance. Le goût et la naïveté des couleurs associés à une mise en scène délicate et simple, pleine de clins d'oeil juvéniles et pop sans être toc et publicitaires, en sont des atouts non négligeables. En ce sens l'équilibre est tellement ténu que ça tient plus d'un petit miracle, du genre qu'on n'avait pas revu depuis le Muriel de P.J Hogan. Raison de plus pour découvrir ça d'urgence.
Les captures de My Sassy Girl sont extraites du DVD édité en Zone 2 par Pathé dans la collection "Asian star" dirigée par Jean-Pierre Dionnet.
Format : 1:85, 16/9 Son : Coréen 5.1 et 2.0, sous-titres Français. En bonus un making of, de nombreuses interviews, des bandes annonces et clips vidéos, des filmographies. L'avant première, les séances photos et bien d'autres goodies. Une fausse suite existe sous le titre Windstruck, réalisée en 2004 par le même réalisateur avec aussi Jeon Ji-hyun . Et pour ne pas mettre Jeon Ji-hyun en colère, venez donc réagir à ses frasques sur le forum ! Lundi 01 Mai 2006
Guillaume Bryon (Ishmael Chambers)
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