CINETUDES
Vendredi 12 Mars 2010
18:23
Coups de Coeur

RAVENOUS (Vorace) de Antonia Bird / 1999



RAVENOUS (Vorace) de Antonia Bird / 1999

Réalisé par Antonia Bird
Ecrit par Ted Griffin
Photo de Anthony B.Richmond
Musique de Damon Albarn et Michael Nyman

Avec Guy Pearce, Robert Carlyle, Jeffrey Jones, David Arquette, Jeremy Davies, Neil McDonough

A la suite d’un malentendu le capitaine John Boyd est consacré comme un héros de la guerre entre les Etats-Unis et le Mexique. Mais son supérieur ne lui offre en récompense qu’une promotion empoisonnée dans un fort isolé en montagne. Un homme, Colqhoun, y débarque en pleine nuit, affirmant avoir été victime de cannibalisme.





RAVENOUS (Vorace) de Antonia Bird / 1999

Il y a des films qui sortent un peu de nulle part et dont l'analyse va au delà notamment de celles se rapportant à l'auteur ou les esthétiques d'un genre, d'un studio... Ravenous fait partie de ces OVNIS, mais dans le sens où ce n'est pas seulement un film qui ne ressemble pas au tout venant de la production habituelle, mais aussi une réussite véritablement remarquable. Malgré son échec en salles (marketing catastrophique en particulier), l'oeuvre a atteint depuis le statut de mini film culte et se dirige vraisemblablement à celui de classique dans les années à venir.

A l'origine du film il y a le scénario d'un nouveau venu, Ted Griffin, qui s'inspire d'un fait divers de la conquête de l'Ouest. S'il faut chercher un auteur principal au film, Griffin serait sans doute celui qui peut le plus légitimement revendiquer sa paternité tant il est resté le pivot central du projet. Acheté en 1996, la filiale "Fox 2000" de la Fox va s'agripper pour monter ce projet qui ne respecte aucun critère des scénarios tout venant. Le budget sera ceci dit petit : 12 millions de dollars. Et oblige, pour des raisons de coûts de production, une délocalisation dans les paysages de pays de l'Est, (République Tchèque, Pologne, Slovaquie) pour figurer la frontière entre la Californie et la Sierra Nevada. Nul doute que ces décors confèrent pour autant une touche particulière et étrange supplémentaire.

RAVENOUS (Vorace) de Antonia Bird / 1999

Ravenous a d'abord commencé avec le réalisateur Milcho Manchevski à son bord, (Before the Rain) avant que ce dernier soit remercié pour "divergences artistiques"... Antonia Bird est alors appelée à la rescousse par son ami Robert Carlyle qui a déjà travaillé plusieurs fois avec elle (Face, Prêtre). Réalisatrice anglaise qui a beaucoup travaillé à la télévision et s'est attelée à plusieurs genres différents, elle a connu un gros échec en 1995 avec Mad Love son premier film américain. Ici elle doit reprendre en main une production qui a tout planifié avant son arrivée : casting, équipe technique, lieux et périodes de tournages. Même si le scénario renvoie à son attachement pour les personnages aux dehors de la société, en marge, on peut dire que le film est tout sauf l'oeuvre suivie dès le début par un metteur en scène/auteur. Mais Antonia Bird a surtout une mentalité d'artisan et semble s'accommoder très bien à ce défi, même si comme elle le dit dans son commentaire audio, certains de ses choix n’ont pas été retenus au montage. Elle va choisir de chambouler la chronologie du script en adoptant au départ une construction en flash-back pour caractériser le personnage de Guy Pearce, mettant fin à l’aspect linéaire de l’ouverture du film. Ravenous, par cet éclatement qui le caractérise d’emblée, montre ainsi les couleurs avant de prendre un rythme plus calme : les images patriotiques de célébrations où des bannières étoilées cachent en réalité l’imposture d’un faux héroïsme et l’ambiguïté du sang. Les premières images de guerre montrent que le contact immédiat avec la violence ramène l’homme à ses pulsions bestiales, et la grande scène de repas quasi abjecte n’est pas sans rappeler celle de Il était une fois la Révolution !

La réalisation de Bird donne vraiment beaucoup d’ampleur à ce petit budget, que ce soit dans la mise en valeur des décors montagneux, se référant aux westerns classiques et modernes (Anthony Mann et Peckinpah), ou en donnant beaucoup de mouvements et de relief à l'ensemble via de nombreuses séquences à la steadycam : les moments forts du film visuellement s'avérant être la découverte de la grotte anthropophage, une étonnante chute dans le vide, et un climax particulièrement féroce. Dans le domaine de l’action, aussi bien que dans un rythme de comédie ou des velléités plus poétiques et oniriques, la réalisatrice semble à l’aise avec toutes les tonalités proposées par Griffin, mélangées ici avec un réel bonheur : on navigue sans arrêt entre le néo-classicisme et le décalé avec beaucoup de réussite. Vorace d’autre part fait partie de ces films où tout le travail de l'équipe se rejoint communément en parfait et miraculeux diapason, alors qu'elle vient de plusieurs horizons au départ : mise en scène, photo, montage, musique, tout est parfait. Sur ce dernier point, les compositions envoûtantes et originales de Damon Albarn, des groupes Blur et Gorillaz (déjà acteur dans Face de Bird) sont l'un des grands atouts, associé aux arrangements et la direction de Michael Nyman. Cela fait partie des mariages et rencontres insolites de ce film résolument inclassable.

RAVENOUS (Vorace) de Antonia Bird / 1999

Vorace n'est pas vraiment définissable dans son genre via un seul terme et c'est l'une de ses principales qualités. C'est un western, un film d'horreur, un conte fantastique, une fable sur la lâcheté et le courage mais peut-être surtout une oeuvre satirique sur la conquête de l'Ouest, où le cannibalisme est une sorte de métaphore de la construction des Etats-Unis, qui prend ici un certain sens en s’inscrivant dans la guerre américano-mexicaine. Antonia Bird par son origine et sa sensibilité anglaise a sans doute quelque peu renforcé l'aspect macabre et ironique... Guy Pearce en couard est un héros peu facile à apprécier, et ce dernier a un rôle difficile, passant d'un type transparent ayant très peu de lignes de dialogue à quelque chose de finalement très expressif. En face, Robert Carlyle se "régale" et l'on sent la réalisatrice très intéressée à mettre sa composition en valeur…mais il ne sombre jamais dans le simple cabotinage, nous offrant simplement une prestation à double facette totalement jubilatoire. L’affrontement carnassier qui clôt le film entre les deux hommes prend une dimension quasi charnelle, clôturant ainsi les aspects les plus sensuels de l’oeuvre. La sauvagerie extrême et la douceur sont liées l’une à l’autre. Dans le versant le plus ironique, Jeffrey Jones incarne de son côté une espèce de double physique des pères de l'Amérique dont il reprendra les traits puritains en plus perruqué dans Sleepy Hollow, et on peut dire que ça lui va à ravir.

Ted Griffin a depuis signé les scénarios de A Good Plan (Barker), Ocean's Eleven (Soderbergh) et Matchstick Men (Ridley Scott) avant de se faire renvoyer de ce qui aurait du être sa première réalisation, Rumor has it, en se faisant remplacer par Rob Reiner. Quant à Bird elle est revenue à la télévision en particulier avec The Hamburg Cell , une des premières fictions sur le 11 Septembre, et on attend son retour sur grand écran avec le polar The Meat Trade où justement elle retrouve à nouveau… Robert Carlyle !


RAVENOUS (Vorace) de Antonia Bird / 1999




Les captures sont extraites du DVD Zone 2 édité par FPE, qui propose deux pistes 5.1, anglaise et française, et vaut tout particulièrement par ses trois pistes de commentaires audio : Robert Carlyle, Antonia Bird et Damon Albarn, Jeffrey Jones et Ted Griffin.

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  • Filmographie d’Antonia Bird

Téléfilms (hors séries télé)

A Masculine Ending (1992)
Safe (1993)
Care (2000)
Rehab (2003)
The Hamburger Cell (2004)
Cracker (2006)

Cinema

Priest (Prètre, 1994)
Mad Love (1995)
Face (1997)
Ravenous (Vorace, 1999)
The Meat Trade (2006)






Lundi 22 Mai 2006
Guillaume Bryon (Ishmael Chambers)

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