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SAGA ROCKY
ROCKY IV de Sylvester Stallone / 1985Un film putassier
Avec Sylvester Stallone (Rocky), Talia Shire (Adrian), Burt Young (Paulie), Carl Weathers (Apollo Creed), Brigitte Nielsen (Ludmilla Vobet Drago), Dolph Lundgren (Ivan Drago)…
Apollo Creed et Rocky Balboa sont devenus de vrais amis. Pour sortir de leur retraite trop paisible, Apollo demande à l’Etalon Italien de l’aider à reprendre les gants afin de combattre le Russe Ivan Drago décrit comme invincible. Malheureusement, Rocky assiste impuissant à la mort de son ami sur le ring. Il décide alors d’affronter le Russe pour se venger… Rocky III s’éloignait déjà de la veine intimiste des deux premiers opus et entrait de plein pied dans les années quatre-vingt ; le film est plus court avec plus de combats, le montage plus musclé et Rocky devient un nouveau riche. Avec le quatrième épisode de la saga sorti en 1985, Sylvester Stallone enfonce le clou. Mais la critique n’apprécie pas le film qu’elle juge bêtement reaganien – tout comme Rambo II sorti dans la foulée - avec ce combat international face à un Russe trop fort pour être honnête, voire humain. Stallone nous rejouerait-il la Guerre Froide ? Reste que Rocky IV demeure à ce jour le plus gros score au box office pour Sly avec plus de 300 millions de dollars dans le monde. L’acteur est alors en concurrence directe avec un certain Arnold Schwarzenegger… Rupture et esthétique 80s en vogueCe qui surprend avec Rocky IV, c’est à quel point Sylvester Stallone casse les codes de la saga pour plonger de manière ostentatoire dans la sauce parfois indigeste des eighties. Dès le générique de début, le ton est donné. Le nom de Rocky ne défile plus en gros sur l’écran. En effet, Rocky IV n’apparaît qu’après le résumé du combat contre Clubber Lang alors que jusqu’ici, le titre déroulait en tout premier. Il apparaît de manière classique et prend autant d’importance que le nom de Sylvester Stallone. Nous voilà donc plus devant "un Stallone" qu’un film sur Rocky. Mais cela semble totalement assumé puisqu’on retrouve le même procédé sur l’affiche où il est écrit STALLONE (sans le prénom donc) et ROCKY IV. Exit également la musique de Bill Conti qui laisse place à Eye of the Tiger du groupe Survivor. Ce morceau phare de Rocky III ayant cartonné dans les charts, pourquoi ne pas le réutiliser pour illustrer le générique très "z" où deux gants – un soviétique et l’autre américain - finissent par exploser après contact ? A Eye of the Tiger s’ajoute Burning Heart – toujours de Survivor – Living in America chanté par James Brown ou encore No Easy Way Out interprété par Robert Tepper. Ces chansons pop donnent lieu à de véritables clips video autonomes à l’intérieur même du film. Le montage y est rapide alternant plusieurs mini-scènes comme dans la séquence où Rocky roule à fond sur la route en se remémorant tout son passé. Pour l’ouverture du combat entre Apollo et Drago, James Brown chante sous un déluge de lumière et de paillettes comme si nous avions devant nous un vidéo clip des années quatre-vingt. On remarque également le recours aux néons qui renforce ce ressenti. L’esthétique clip a contaminé le film dans son ensemble puisque Rocky IV ne dure qu’une heure vingt-quatre et reste à ce jour l’opus le plus court de la saga. A noter également que la vidéo est présente jusque dans le cercle familial de Rocky car son propre fils le filme avec sa caméra personnelle. De plus, remplacer la musique de Bill Conti par des chansons aujourd’hui ringardes renforce l’aspect futile de l’ensemble car comme il est dit dans Le Cinéma des Années Reagan, "Il semble qu’il est établi (…) que le score classique est plus naturel, signifiant que les chansons pop soient moins naturelles". La musique de Bill Conti n’est pas seulement absente du générique de début, elle a tout simplement disparu de la quasi-totalité du film, remplacée par les chansons susmentionnées et par un score signé Vince Dicola. Ainsi, le combat final perd le côté épique des précédents avec cette musique jouée à coup de synthétiseur. Le même sort est réservé à l’entraînement de Rocky qui se divise en deux parties. Tout d’abord, Rocky s’entraîne sur fond de Heart’s on Fire chanté par John Cafferty. Puis, Adrian finit par le rejoindre en Russie. Débute alors la deuxième partie où l’Etalon Italien fait la démonstration de progrès impressionnants. On trouve alors la même musique utilisée pour l’affrontement final. Mais la rupture ne s’arrête pas là. En effet, Stallone décide d’oublier un autre symbole phare de la saga. Pour la première fois, Rocky ne se rend pas sur les marches qui mènent au Philadelphia Museum of Art. Dans Rocky IV, il gravit une montagne et hurle le nom de Drago. Ivan Drago, montagne russe infranchissable ?
Même si dans Rocky III, Rocky ne gravit pas les marches du Philadelphia Museum of Art, elles étaient tout de même présentes (à gauche, Rocky II)
Rocky vs TerminatorEn 1984, le Terminator de James Cameron cartonne au box-office. Le film met en valeur la musculature impressionnante d’Arnold Schwarzenegger qui a déjà fait parler de lui dans Conan le Barbare deux ans auparavant. Schwarzie y interprète un robot du futur venu pour tuer Sarah Connor afin de l’empêcher de mettre au monde le futur chef de la rébellion contre les machines. Débute alors une compétition entre Stallone et l’Autrichien pour savoir qui sera Le Monsieur Muscle de la décennie. A défaut d’affronter son rival directement, Sly va lui trouver un clone : ce sera Ivan Drago, joué par un certain Dolph Lundgren. Ivan Drago est présenté comme un bloc inexpressif et dépourvu de sentiment. Il a le regard vide et parle également très peu, laissant à sa femme Ludmilla (Brigitte Nielsen) ou à un ministre de l’URSS le soin de communiquer à sa place. Sa taille et sa musculature lui donnent le surnom de Grizzli de Sibérie ; le grizzli étant bien entendu un ours. Sa froideur s’exprime notamment à la fin de son combat contre Apollo Creed. Alors que ce dernier agonise au sol, le Russe déclare dans un calme olympien et un parlé très robotisé : "S’il meurt, il meurt.". Par ces aspects, Drago est directement assimilé en tant que machine. La première fois où il est montré comme boxeur, le Russe est en fait représenté par ordinateur. Nous le voyons plusieurs fois asséner le même coup de poing à travers différents écrans. Au cours de cette exhibition, sa force de frappe hallucinante s’élève jusqu’à 1,850 psi ! Ce résultat est mesuré à travers des capteurs qui sont également posés sur son corps et le relient directement aux ordinateurs qui l’entourent. Aussi, son entraînement est monté en parallèle de celui de Rocky pour mieux marquer la différence avec l’Etalon Italien qui, lui, utilise des moyens "humains". Rocky marche dans la neige, Drago s’entraîne sur une machine. L’Américain marche dans l’eau, le Russe court dans un gymnase vide sur un tapis rouge. L’Etalon Italien tire un traîneau, le Grizzli de Sibérie fait de même avec une autre machine. Et ainsi de suite… Autre élément troublant, c’est que Drago, contrairement à Rocky, ne se retrouve jamais seul au cours de ses efforts. Comme s’il était télécommandé par le Parti. Ivan Drago entretient donc une certaine filiation avec le robot Terminator. Durant le combat final, pour le déshumaniser davantage, Sylvester Stallone a choisi de lui faire porter un protège dent noir. Ainsi, lorsque le Russe assène ses uppercuts et qu’il grimace, le noir de sa bouche fait contraste avec son aspect très aryen et lui confère un air terrifiant. Au moment du coup fatal que lui porte Rocky Balboa, Drago laisse sortir un gémissement plus proche d’un monstre déchu que celui d’un humain. Il n’est donc pas étonnant qu’à la fin du film, le cobaye se rebelle contre son autorité en jetant hors du ring son manager et en criant : "Je gagne pour moi ! POUR MOI !". Retournement classique du film de monstre…
Il est intéressant de constater que les autres personnages de la saga sont eux-mêmes vidés de leur substance. Réduits à de simples pantins, Stallone les relègue en arrière-plan pour éviter qu’ils empiètent sur le côté grand spectacle qu’il cherche à donner à Rocky IV. Mais comme tout Rocky, cet opus-là contient quand même sa scène de dispute entre l’Etalon Italien et Adrian.
Une scène vite expédiée dans l’escalier de leur immense demeure la nuit. Rocky avoue à Adrian qu’il compte remonter sur le ring pour affronter Drago. Encore une fois, la femme du boxeur s’oppose en qualifiant cette décision de "suicide". Mais rien ne fera changer d’avis Rocky. Minimum syndical donc… Si les rôles secondaires sont encombrants, Rocky IV marque l’arrivée d’un nouveau personnage qui n’apparaît que dans cet épisode d’ailleurs. Il s’agit d’un robot doté de la parole qui sert autant de téléphone que de boniche à Paulie, le beau-frère râleur. Cette apparition sonne comme un signe avant-coureur de l’arrivée d’Ivan Drago et de l’aspect robotique quasi science-fictionnel du film. On en revient une nouvelle fois à Terminator… Le corps de Rocky Balboa évolue depuis le premier épisode jusqu’à devenir dans Rocky IV parfait par sa musculature ultra dessinée. De plus, alors que le combat du film est le plus violent de la saga, c’est dans cet épisode que le visage de l’Etalon Italien s’en sort le mieux. La phrase fétiche du boxeur est le fameux "No pain, no pain". A ce titre, les problèmes de santé évoqués précédemment dans la saga sont ici volontairement effacés comme si Rocky lui-même était devenu une sorte de surhomme… Rocky IV, un film reaganien anti-soviétique ?A propos des films d’action hollywoodiens des années quatre-vingt qui mettent en scène des Messieurs Muscles tels que Stallone ou Schwarzenneger, on parle de "cinéma des années Reagan" ; un ouvrage sous la direction de Frédéric Gimellon-Mesplombs y est même entièrement consacré. (*1) Ajouté à cela que Rocky IV a été accusé d’anti-soviétisme primaire, il est donc légitime de savoir ce qu’il en est exactement.
Modeste acteur de séries B et syndicaliste, Ronald Reagan est pourtant devenu en 1981 le quarantième Président des Etats-Unis d’Amérique. Très conservateur, il est notamment connu pour son anticommunisme. Sa définition du Bloc de l’Est était quelque peu manichéenne puisqu’il s’agissait selon lui de "l’Empire du Mal". D’origine italienne et pauvre, Rocky Balboa connaît une ascension sociale par sa seule volonté, ce qui le mène au statut de héros et à la réussite financière étalée dans Rocky IV. Symbole américain du winner et du nouveau riche (dans Rocky III et Rocky IV donc), l’Etalon Italien représente à merveille le héros reaganien. Dans Rocky IV, il pousse encore les limites en acceptant de combattre et de vaincre un adversaire pourtant jugé imbattable. Drago triche ; il utilise la technologie et accepte le dopage. Rocky, lui, s’entraîne dans la nature et le froid avec les moyens du bord. Ce retour à la terre rend son combat d’autant plus noble.
Mais cela fait-il de Rocky IV un film anti-soviétique ? Pour la première fois, Rocky affronte un adversaire étranger en la personne du Russe Ivan Drago. Le côté international est clairement assumé dès le générique du début où deux gants – l’un américain, l’autre soviétique – explosent en se percutant. De part leurs drapeaux, on ne peut nier le sous-texte qui n’est pas si caché : la Guerre Froide. D’ailleurs, Apollo se définit comme un guerrier et dit sans détour à Rocky : "C’est nous contre les soviets". Ce "nous" est imposé au spectateur qui est englobé par cette prise de position. En effet, le spectateur est par nature du côté des "gentils" ici représentés par Apollo et Rocky, deux Américains. Les amis portent en plus le short aux couleurs des Etats-Unis lors de leurs combats. Quant à l’"ennemi", on ne peut pas dire qu’il soit traité avec finesse et tolérance. Celui-ci est décrit comme un robot aryen télécommandé par le Parti Communiste dans le seul but de conquérir l’Occident.
Pourtant… Et pourtant, ce n’est pas si simple que ça. Rocky IV raconte d’abord une histoire personnelle. Celle d’une amitié interrompue par une mort prématurée. Si Rocky Balboa décide de combattre Ivan Drago, c’est pour venger Apollo. Le short américain, il le porte à la mémoire de son ami et non pour des raisons politiques. Au début du film, l’arrivée du Russe sur le plan médiatique ne l’intéresse pas. Il essaie même de convaincre Creed de laisser tomber cette affaire de combat. Quant aux gants du générique de début, ils explosent sans qu’il y ait un gagnant. Comme si Stallone voulait dire que la haine ne pouvait mener qu’à la destruction des deux camps.
Cela irait dans le sens du discours final de Rocky, discourt ô combien controversé pourtant. Voici ce qu’il déclare au micro : "En arrivant ce soir, je ne savais pas ce qui m'attendait. Je sentais que des tas de gens m'haïssaient, mais je ne savais pas comment il fallait prendre ça! Alors, je crois que dans le doute je vous ai haï aussi. Au cours du match, il y a des tas de choses qui ont changé. J'ai vu ce que vous ressentiez pour moi et ce que moi je ressentais pour vous. Sur le "ring", il y avait deux gars qui s'entre-tuaient, mais quand même, c'est mieux que vingt millions. Alors vous voyez, ce que je voulais vous dire, c'est que si moi j'ai changé et que vous avez changé, tout le monde peut arriver à changer."
Rocky fait son mea culpa. Mais s’il a haï le public russe, c’est parce que ce dernier le haïssait. L’Américain n’est donc pas fautif. Et si message de paix il y a, il est prononcé par l’Américain qui a réussi, par sa bravoure, à conquérir le cœur des Russes jusque dans les membres du Parti. Rocky est alors enveloppé dans le drapeau des Etats-Unis. Les applaudissements s’adressent donc indirectement aux valeurs véhiculées par les USA. Certes, Rocky n’a pas choisi personnellement le drapeau, mais il ne l’enlève pas pour parler. Il est donc passivement responsable de l’image patriotique qui colle au film. Si Rocky IV n’est pas le meilleur opus de la série (loin de là même), il n’en demeure pas moins intéressant à analyser. Sylvester Stallone a su montrer son efficacité pour tourner un film qui colle à son époque, quitte à "trahir" les fondamentaux de sa saga mythique. Rocky IV adopte ainsi les tics MTV (*2) et lorgne vers le film d’action pur et dur avec un adversaire aussi redoutable et inexpressif que le Terminator de James Cameron. Au passage, Sly trempe son film dans la pensée politique du moment même si, au final, Rocky IV n’est pas si radical que ça. Peu importe, le mal est fait ; la critique rejette en bloc le film et son auteur qu’elle juge d’un anti-communisme primaire. Stallone tentera de rectifier le tir avec… Rocky V.
*1 Le Cinéma des Années Reagan – un modèle hollywoodien ?, sous la direction de Frédéric Gimello-Mesplomb et préface de Michel Cieutat - Nouveau Monde Editions, 2007 *2 Never Back Down de Jeff Wadlow peut être vu comme le Rocky IV des années 2000 (sans le contexte politique)
Les images qui illustrent cette analyse proviennent du coffret ROCKY – L'intégrale distribuée par Gaumont Colombia Tristar Home Video. Attention, contrairement à ce qui est indiqué, le coffret ne propose pas l'édition collector du 25ème anniversaire de Rocky. Il ne s'agit que de l'édition simple.
N'oubliez pas de visitier LE site français consacré à Sylvester Stallone, stallone.biz
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Lionel Grenier (Garbonzia)
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