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Coups de Pouce
SNUFF FILMS de Nicolas BressierInterview de Lionel Grenier"Un film auto-produit c’est un peu comme une traversée du désert."
Nicolas Bressier, vous avez remporté le Prix du Public – Section Censuré au Weekend de la Peur pour Snuff Films, qui est un film "amateur". Pouvez-vous nous raconter comment est né ce projet ?
NB : Le projet est né il y a 3 ans. J’habitais sur Paris et j’écrivais synopsis sur synopsis sans trouver une histoire qui me motive vraiment. C’est pas évident lorsqu’on réalise ce qu’on écrit parce que quand on écrit une histoire pour qu’elle soit filmée, on pense toujours : "Ah non ça c’est pas possible à faire." Ne pas douter, c’est le cap le plus dur à passer. Alors il faut se poser la question qui fâche : "Tu aimes quoi dans la vie ?". Une fois répondu franchement, vous pouvez vous lancer sans regarder en arrière. Mon ancien travail m’a donné l’idée de départ. J’étais responsable de production et réalisateur pour une boîte de com’ et je diffusais des annonces de castings sur le net pour des tournages de clips vidéo. Lorsque je faisais passer les auditions, j’étais surpris par le nombre de personnes présentes sur une simple annonce. Sur ce, j’ai écrit la trame véritable du film. A savoir des tueurs qui piègent leurs futures victimes via des annonces de casting sur internet. J’ai écrit un premier traitement d’une cinquantaine de pages qui devait absolument être réalisable avec des moyens techniques restreints. Par la suite, de retour sur Avignon, nous avons fait des tests puis tourné la scène d’intro. Après le montage de celle-ci, je me suis dit : "Ok c’est cool. Maintenant il faut prendre cette direction". Le scénario a été remanié pas mal de fois à cause du manque de temps et de moyens. C’est très formateur de s’adapter à une production aussi chaotique. J’ai eu la chance d’être très bien entouré par une équipe qui y croyait dur comme fer. Sur l’écran, on voit un film assumé pour ce qu’il est et du coup, on n’est pas choqué par ce côté "amateur". Il est même revendiqué jusque dans sa promotion, d’ailleurs… NB : Tout à fait, le format du film correspond au récit, il n’y a rien de comparable d’un point de vu filmique ou scénaristique avec un film fait de manière classique. C'était très dur de garder une continuité lorsque nous tournions une journée toutes les deux voire trois semaines. Et nous souhaitons que le public le sache. Ceci étant, le défaut de Snuff Films vient principalement de sont manque de moyens mais paradoxalement c’est sa plus grande qualité. Réussir à faire un film qui tienne la route avec des moyens comme les nôtres était un véritable défi.
On retrouve dans votre film beaucoup des caractéristiques qu’on assimile aux snuff movies : image sale, lumière glauque, caméra épaule, obscénités sexuelles et violence extrême. Y a-t-il des limites pour vous à ne pas franchir ou doit-on tout montrer si le sujet l’exige ? NB : Je pense que les limites doivent correspondre au récit que vous êtes en train de raconter. Certains font du trash pour choquer et interpeller. Je pense que la violence au cinéma doit être la résultante d’une action du récit et correspondre à son contexte. Certains m’ont dit que les tueurs de Snuff parlaient trop dans le film, ce qui leur levait toute appréhension du danger. D’autres disent, au contraire, que ça faisait vraiment réaliste et que par conséquent ce genre de tueurs pouvait être n’importe qui. Personnellement le type serial killer hyper-charismatique de noirceur m'intéresse moins. Regardez dans la rue quand deux fous furieux se battent : les insultes volent, ils hurlent… ça fait flipper. Je pense qu’il faut un peu changer, c’est pour cela que nous avons pris le risque de traiter les tueurs de cette manière. Avec une folie que même la caméra a du mal à capter. Certains adhèrent, d’autres non mais au moins ça change.
Parmi les tueurs, il y a le voyeur, élément important dans la légende du snuff. Quels sont les clichés que vous avez tenu à garder ou à supprimer d’ailleurs ? Et qu’est-ce qui a poussé votre choix ?
NB : Je souhaitais présenter le voyeur d’une manière ironique, avec beaucoup d’humour noir. Les trois hommes ont des personnalités très différentes qui finalement se complètent. Le voyeur, qui ne participe pas directement aux actes de violence, est d’autant plus perturbant car il encourage ces actes ignobles sans y prendre part. Ses trois tueurs représentent une unité de mal. Le traqueur au masque chair est implacable, fort et éprouve une haine sans fin envers les femmes, il est la force brute. Le rabatteur au masque de panda est plus sournois dans ses actes, c’est un pervers frustré. Le voyeur quant à lui est une vraie pile électrique qui s’éclate à filmer la souffrance des victimes. Chaque personne ayant vu le métrage intégralement a son penchant pour l’un de ces trois hommes car ils représentent une forme de crainte qui est propre à chaque spectateur. On est pourtant bien loin du Projet Blair Witch. Le montage semble avoir demandé beaucoup de travail, pour le son notamment. Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper vous a-t-il influencé dans ce sens ? NB : Beaucoup de films et de jeux vidéo m’ont influencé et pas seulement des films d'horreur. Ces deux films sont devenus cultes, non pas parce qu’ils étaient géniaux en tous points mais parce que tous les deux étaient précurseurs d’une nouvelle forme de cinéma. Un cinéma indépendant, fauché, novateur et surprenant. Dans le cinéma de genre, il y a toujours un sous-texte et c'est le cas pour Snuff Films même si certains passages restent maladroits d'un point de vue narratif. Ceux qu'ils l’ont vu intégralement ont compris le message. Ce n'est pas un film où des nanas en pleurs se font bousiller durant plus d'une heure sans raison. Je pense que prendre des risques dans ce milieu, sortir des sentiers battus, voilà le véritable défi à relever. Sinon à quoi bon filmer ce qui a déjà été fait ? Malheureusement, seul le cinéma fauché est bourré de nouvelles d’idées. Il prend des risques car il ne dépend pas de sa rentabilité. Quelques fois, vous rencontrez les bonnes personnes (producteurs) qui misent dessus et hop vous voilà avec un Saw, un Evil Dead ou un Massacre à la Tronçonneuse. Regardez comment le premier Star Wars a été produit. Peter Jackson est un autre bel exemple. Regardez Bad Taste tourné sur 3 ans avec un budget de 10000$ !
On pense également aux premiers films de Wes Craven quand on voit Snuff Films. Parce que vous avez réalisé un survival… Pourtant, votre film se situe ouvertement dans le sud de la France et les comédiens ont un accent assez prononcé. Vous êtes-vous posé la question du lieu de l’histoire et de faire un faux film américain par peur de la franchouillardise ?
NB : Pas vraiment, au départ le film devait principalement être tourné dans des lieux plus urbains. Mais les autorités ne nous ont pas pris au sérieux et les films de ce genre sont vus d’un mauvais par les municipalités. Donc, nous avons opté pour un tournage en pleine nature. Ce qui a compliqué les choses par la suite car dans le scénario original, tout fonctionnait grâce aux interactions des personnages dans divers lieux délimités. Il fallait donc prendre les décisions pour que le film, malgré ces impondérables, se fasse. Pour l’accent, certains me disent que ça sonne faut… A cela, je répond : Regardez dans les films US en v.o., lorsque ils se tournent en Louisiane, et bien les personnages ont l’accent de la Louisiane, ce qui donne un cachet au film. On m’a même suggéré de refaire les doublages. (rires) Le film est tourné dans le sud, pas en Ile de France. Pour revenir aux influences américaines, certains assassinent injustement le cinéma US, mais le cinéma américain est un cinéma mondial. Les Français sont beaucoup plus nationalistes qu’il n’y paraît. Par exemple, dans une production américaine, vous avez des techniciens et scénaristes de tous horizons. En France, on prend des Français et… des Français. Faut pas se leurrer. Leur cinéma est plus efficace parce qu’ils réunissent des talents venus du monde entier. En France ça commence très doucement grâce au cinéma de genre. Donc oui, pour le style j’assume complètement mes influences du cinéma "américain". D'ailleurs je reçois autant de mails des Etat-Unis que de France alors que seule la scène d'intro est sous-titrée en Anglais!
Luc Besson essaie de s’aligner sur les Américains en prenant des stars comme Jet Li ou Penelope Cruz dans ses productions… Mais d’un autre côté, la France aide pas mal de cinéastes qui ont du mal à s’exprimer dans le système hollywoodien, non ?
NB : Ouais si on veut. Tout dépend du cinéaste, tout dépend du genre et de vos connections dans le milieu. Il y a des réalisateurs talentueux qui n’auront jamais leurs chances car un peu comme les artistes peintres que ce soit en France ou dans le monde, vos connections avec des personnalités et des décideurs peuvent faire basculer votre carrière. N’oublions pas que le cinéma est un divertissement financé par des banques. Ce n’est pas un milieu d’illuminés contrairement a ce que l’ont croit. Imaginons que tu souhaites réaliser un film, tu auras beaucoup plus de chance d’avoir les moyens de le faire si tu réussis à convaincre un acteur ou producteur de poids ou si il fait partie de ta famille. En France je connais très peu de réalisateurs qui ont percé sans connections. C’est quasiment impossible. Donc la France, les USA ou la Chine, peu importe ce sont les rapports humains qui comptent. Comment avez-vous travaillé la lumière du film ? A-t-elle été mise en place sur le tournage ou est-ce un travail de post-production ? NB : En ce qui concerne cet aspect du film, tout le travail a été fait en post-production. On tournait parfois 8 à 10 minutes utiles par après-midi. Et puis de toute façon nous n’avions pas la logistique pour mettre en place des éclairages artificiels (mandarine ou groupe éléctro).
J’imagine que le tournage a du être éprouvant pour les comédiens. Comment les avez-vous dirigés ?
NB : Nous avions très peu de temps pour tourner et je ne pouvais me permettre d’être raide avec eux car ils ont suffisamment de personnalité pour s’autogérer et donner le meilleur d’eux-mêmes autrement que sous la pression. Quand on a besoin de pression, c’est qu’on est pas motivé et donc qu’on a rien a faire là. En fait c’est le tournage en lui-même qui poussait les acteurs. Ils répétaient très peu car le sujet et nos conditions de tournage allaient dans ce sens. Je leur donnais quelques indications sur la situation et la tension du récit. Pour le reste, ils ont suivi leur instinct et je dois dire qu’ils ont vraiment bien bossé. Il fallait voir de quelle façon nous tournions ! Pas de fla fla. L’une des grandes chances sur ce genre de film, c’est d’avoir dans l’équipe des personnalités motivées n’ayant pas peur de l’échec car il est très formateur. Un film auto-produit c’est un peu comme une traversée du désert. Vous vous entourez de personnes fortes moralement qui ont des qualités dans divers domaines et qui ne vous lâcheront pas dès que le vent tourne. De votre coté, vous devez absolument tout faire pour que tout le monde arrive à destination. Chacun doit savoir ce qu’il veut, ça ne doit pas être un caprice. C’est à ça que l’on reconnaît une véritable équipe. Si vous avez de l'argent, tout le monde est capable de vous suivre. Aujourd'hui, il devient difficile de vivre sa passion en dehors du désir général de réussite financière que les médias nous vendent à longueur de journée. Mais le désir de l'homme est ancré à vouloir ce qu'il n'a pas. Ce qui le pousse depuis toujours à aller de l'avant, à prendre des risques ou non.
Quel a été votre réaction et celle de l’équipe quand vous avez vu le film fini ?
NB : Je l’ai vu bien avant eux (à cause du montage). De leur coté, d’après ce que je sais, ils l’ont beaucoup aimé malgré le fait que leur implication dans le film leur enlève toute identification possible. Ils savaient après avoir visionné les bandes annonces que le résultat pour un film produit de cette manière serait bon. Ils m’ont fait confiance de bout en bout et j'ai fait de même. Remporter un prix doit toujours faire plaisir mais un prix décerné par le public a-t-il une saveur particulière ? NB : Je ne m’y attendais absolument pas, on est toujours septique quant aux réactions des spectateurs sur son propre film surtout que c’était un festival avec pour public que des passionnés de cinéma de genre. Vous montrez votre film à un public de passionnés. J’ai beaucoup aimé l’après projection, les opinions et questions de chacun. Voir son travail bien accueilli dans ce genre d’évènement vous pousse à aller de l’avant. La question qui fait le plus plaisir c’est "A quand le prochain ?". En ce qui concerne le Prix en lui-même c’était un rêve de gosse.
Comment voyez-vous l’avenir de Snuff Films ?
NB : Je pense que Snuff Films est un ovni et comme beaucoup d’ovnis, cela va prendre du temps pour qu’il soit vu par le plus grand nombre. C’est un film tourné avec des moyens Z mais qui n’utilise pas ce genre pour placer un humour clin d’œil ou décalé afin de justifier un manque de moyen évident. La plupart des films Z utilise ce procédé parce en général il vaut mieux, si c’est mal fait, mettre une nana nue et y aller a fond dans le gore plastique très cheap. A défaut de faire peur et d’être crédible ça fait rire et c’est fun mais ce n’est pas du cinéma d’horreur à mes yeux. Même si je m’éclate à chaque fois que je vois un bon film Z, je souhaitais vraiment m’éloigner des sentiers battus, ce n’est pas parce qu’on a pas de moyens qu’il faut automatiquement faire dans le grand guignol et du gore humour sexy. C’est un film avec des moyens Z tourné au premier degré. Et c’est là que ça se corse car la plupart des éditeurs ne connaissent que très peu ce style de cinéma qui n’a pas de case, donc dur à vendre. C’était un gros pari, croyez-moi. Maintenant mon but est que le public puisse découvrir Snuff Films, que ce soit en DVD ou ailleurs. Personnellement la mission est accomplie : nous avons fait un film de A à Z en tournant les week-ends, avec nos propres moyens avec tout ce que cela implique et sans rien devoir à personne. Le reste sera fait pour le public qui souhaite découvrir ou redécouvrir Snuff Films et c'est chose faite maintenant que le métrage est en version intégrale sur Google Vidéo. La boucle est bouclée.
Quels sont vos projets à présent ?
NB : En ce moment je prends un peu de repos ce qui ne m'empêche pas de développer quelques idées et cette fois-ci je vais prendre plus de temps pour écrire et produire le prochain. Maintenant que je sais ce que représente un projet de film, de l’écriture au montage, mon approche est plus sereine et objective car faire Snuff Films m’a énormément appris. Vous savez, je me souviens avoir été stupéfait par le premier Star Wars, d'avoir été impressionné et effrayé en voyant Terminator. Braveheart m'a complètement retourné quand je l'ai vu pour la première fois. Je pense que mon désir de faire du cinéma vient avant tout de ces sentiments lointains d'enfant, notre curiosité et notre sensibilité. Le plus dur, c'est qu'une fois adulte, on a tendance à oublier tout cela, à occulter nos rêves pour des raisons qui nous échappent chaque jour. Ce que nous imaginons est souvent bien plus puissant en émotion que la réalité. Les techniques cinématographiques, littéraires et musicales servent juste de décodeur pour que le public participe à cette aventure. Donc je continuerai à faire des films même si je dois en faire un tous les deux voire trois ans.
Pour voir le metrage dans son intégralité, c'est ici
Pour contacter Nicolas Bressier, c'est par téléphone 06 31 55 15 73 ou par email cinebres@aol.com Direction le forum pour en discuter ! Dimanche 27 Janvier 2008
Lionel Grenier (Garbonzia)
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