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SAGA PLANET OF THE APES / LA PLANETE DES SINGES
Saga PLANET OF THE APES (La Planète des Singes) - 3e partie1974-1981
Définitivement installée comme franchise, la saga Planet of the Apes a achevé son parcours sur grand écran avec la sortie en 1973 de Battle for the Planet of the Apes (cf. 2ème partie de notre dossier. Il est vrai que l'histoire développée par Paul Dehn a d'une certaine manière bouclé sa boucle temporelle et ce serait sans doute en gâcher la richesse que d'en imaginer de nouveaux prolongements, avec la crainte que le public se lasse. La mort du maître d'oeuvre Arthur P. Jacobs, survenue la même année, entérine symboliquement cette fin d'une époque. En 1974, les 5 films ressortent en salle, soutenus par une importante campagne publicitaire. Cela montre bien qu'ils ont vraiment été pensés comme un ensemble, et que les différentes suites perdent grandement de leur intérêt à être considérées isolées du reste. Le merchandising qui envahit la planète (déguisements, mugs, figurines, comic books, cahiers de coloriage, jeux de société) impose de nouveaux standards. Cautionné par la Fox et le maquilleur John Chambers, un spectacle itinérant intitulé Meet Zira and Cornelius parcourt le pays. Après Star Trek, et avant Star Wars, la saga devient ainsi un phénomène, donnant lieu à des conventions de fans à travers le monde où l'on s'échange des produits dérivés et où le moindre figurant est élevé au rang d'idole. Les médias parlent d'une véritable "ape mania". Ainsi, si le concept a cessé d'être suffisamment rentable pour justifier une poursuite des investissements sur grand écran, il est toujours possible d'en tirer à moindre coût des bénéfices supplémentaires. La transposition de l'univers imaginé par Pierre Boulle sur le petit écran ne sera donc une surprise pour personne. Elle prendra d'abord la forme d'une série en prises de vue réelles puis en animation. PLANET OF THE APES (LA PLANÈTE DES SINGES) - 1974
14 épisodes diffusés sur CBS
Produit par Stan Hough Avec : Roddy McDowall, Ron Harper, James Naughton Les échanges entre cinéma et télévision se font pratiquement depuis les origines de cette dernière. La série télévisée n'est rien d'autre que le prolongement des serials, feuilletons d'aventures qui cessèrent d'être projetés dans les salles au début des années 50, au moment-même où les postes de télévision s'imposaient dans les foyers. Arthur P. Jacobs envisageait dès 1971 d'adapter Planet of the Apes pour le petit écran. À sa mort la Fox prend le relais, et en son nom le producteur Stan Hough, déjà très actif en 1968 lorsqu'il s'était agi d'encourager la mise en chantier d'une suite au chef-d'oeuvre de Frank Schaffner. La chaîne CBS ayant battu des records d'audience avec la diffusion en exclusivité des trois premiers films, accueillera favorablement le projet, à charge pour les scénaristes Anthony Wilson et Art Wallace de le développer. Conscients des attentes du public et du risque qu'il y aurait à trop le dépayser, les deux hommes décident de revenir à la source, c'est-à-dire au script de Rod Serling et Michael Wilson. Diffusé le 13 septembre 1974 en prime time, Escape from tomorrow, le premier épisode de la série, se présente ainsi comme un faible démarquage du premier film. Partis de Terre en 1980, les astronautes américains Allan Virdon (le blond) et Pete Burke (le brun) sont pris dans une turbulence radioactive près d'Alpha du Centaure et se crashent sur une planète inconnue où les hommes sont esclaves des singes. Ils réalisent bien vite qu'ils ont voyagé dans le futur et qu'ils sont sur Terre. Le suspense de cette révélation, bien éventé depuis les films, n'a ici plus de raison d'être. Faits prisonniers, ils sont traduits devant une cour de justice présidée par le Dr Zaïus, un orang-outan membre du Conseil des Anciens, représentant le pouvoir politique. Preuves vivantes d'une intelligence humaine supérieure, les astronautes sont aussitôt considérés comme une menace et condamnés à mort. Ils parviennent cependant à s'évader en compagnie du chimpanzé Galen, l'assistant de Zaïus victime d'une erreur judiciaire. Désormais traqués par le général gorille Urko, les trois renégats vont parcourir la région, espérant découvrir sans vraiment y croire le moyen de regagner le passé.
L'action de la série se déroule en 3085, donc près de 900 ans avant l'arrivée de Taylor, le personnage qu'incarnait Charlton Heston dans le premier film. Confronté à Burke et Virdon, Zaïus évoque pourtant un précédent avec l'arrivée d'astronautes semblables dix ans plus tôt, qui furent capturés et tués. Le personnage du Dr Zaïus est-il le même que celui que nous connaissons déjà ? L'expérience nous l'a démontré : la question des paradoxes spatio-temporels est vertigineuse, il est vain de chercher à en démontrer les inévitables incohérences. Le futur n'est jamais écrit à l'avance et il nous semble donc bien plus sage et productif de désamorcer ces interrogations en considérant plutôt que nous nous situons dans un univers parallèle. La civilisation simiesque est la même sur le plan des costumes, de l'architecture et du niveau technologique (chevaux et fusils), de même que l'on retrouve la séparation en trois castes selon qu'on soit chimpanzé, orang-outan ou gorille. La zone géographique a toutefois changé, déplacée de la côte Est à la côte Ouest. Il ne s'agit cependant que d'un tour de passe-passe, la série ayant été tournée dans les mêmes paysages naturels du Fox ranch près de Santa Monica, déjà bien exploités au cinéma. Et si certains épisodes quittent la campagne pour les villes en ruines, les mêmes décors figureront indifféremment San Francisco (ép. 3 The Trap) ou Oakland (ép. 5 The Legacy). La production télévisuelle impose un budget très serré et le recyclage est souvent de mise. On s'amusera donc à repérer le réemploi de telle plage, de telle grotte ou de telle falaise d'un épisode à l'autre, renforçant l'impression que nos héros font du surplace. Il est d'ailleurs difficile d'avoir une idée précise de leur progression, tant il semble qu'ils demeurent toujours à seulement quelques heures de cheval de Central City, la capitale d'où ils se sont échappés, systématiquement introduite par un stock shot issu du film de Schaffner. Les moyens du décorateur Archie Bacon sont assez maigres, et ce sont souvent les mêmes intérieurs qui reviennent à l'image, une redisposition du mobilier suffisant à donner l'illusion du changement. L'impression de rusticité qui en ressort est cependant parfaitement de mise puisqu'il s'agit de dépeindre une société archaïque.
La différence majeure avec l'univers rendu familier par les films concerne la condition des hommes. Ils sont ici bien plus évolués que dans Planet of the Apes et Beneath the Planet of the Apes. Ils ne sont plus vêtus de peaux de bêtes, raisonnent et parlent comme vous et moi. Sans aller jusqu'à la société égalitaire de Battle for the Planet of the Apes, ils sont relativement mieux traités par les singes, exploités certes comme serviteurs, ouvriers ou paysans mais autorisés à avoir des échanges avec leurs maîtres. Ce niveau d'évolution enrichit bien sûr les potentialités scénaristiques de la série en permettant plus d'interactions entre les héros et ces hommes du futur. En contrepartie il rend leur asservissement étrangement volontaire. Les humains ont perdu ici toute capacité à se rebeller alors qu'ils en ont manifestement les compétences à la fois physiques et intellectuelles. Leur supposée infériorité n'est guère convaincante. Le résultat est particulièrement troublant, comme si se voyait niée la nature profonde de l'homme en tant qu'être de révolte. On retrouve ici, bien que diminuée, la dimension politique des films, Virdon et Burke assumant pour le spectateur les sentiments d'indignation et le désir purement chevaleresque de lutter contre les injustices. Ce combat a d'autant plus de sens pour eux qu'ils savent comment l'humanité en est arrivée là. Découvrant au gré de leurs aventures de nouvelles réalités de la planète, nos héros font le triste constat d'une civilisation responsable de sa propre déchéance. Ils parviennent à l'occasion à éveiller la conscience de leurs semblables, rencontrent d'autres singes qu'ils rallient parfois à leur cause, luttent contre l'obscurantisme religieux (ép. 13 The Liberator) ou scientifique (ép. 7 The Surgeon) dénoncent les inégalités sociales et le racisme (l'épisode 8 The Deception fait explicitement référence au Ku Klux Klan). Les singes comme les hommes se sont réfugiés dans la superstition, ils se méfient par principe de la science qui n'apporte que destruction, estimant à juste titre que son pouvoir finit toujours par échapper au contrôle.
Destinée à un public jeune, la série adopte un ton beaucoup plus léger et optimiste que celui des films, elle est davantage tournée vers l'aventure. La plupart des épisodes peuvent être vus comme des leçons d'humanisme, appelant à l'ouverture d'esprit, à la tolérance et à la fraternité. L'humour est présent sans non plus verser dans la farce, et l'on rit souvent de certaines répliques bien cyniques, la plupart du temps tenues par Burke, rarement dupe de l'absurdité des situations qu'ils traversent. Néanmoins l'atmosphère demeure tendue. Virdon, Burke et Galen vont bouleverser les certitudes de chaque communauté rencontrée mais ils demeurent d'éternels fuyards et eux-mêmes ne connaîtront pas la paix. Il en résulte une impression constante de peur, de marche à couvert, de profil bas et d'existence éphémère, où l'on n'a pas le temps de s'attacher à ceux que l'on rencontre, où l'on peut être dénoncé à tout moment, aussi bien par les singes que par les humains. La quête proprement dite des héros passera largement au second plan, comme s'ils étaient conscients de l'espoir bien faible qui est le leur d'accéder à une technologie leur permettant de revenir au XXe siècle.
Un épisode dure trois-quarts d'heure, ce qui, en ajoutant les trois coupures publicitaires, devait amener le temps de diffusion à une heure. La série adopte ainsi un rythme relativement posé qui laisse place à un développement assez solide des personnages et évite la surenchère artificielle des péripéties, quand bien même les scènes d'action sont fréquentes. Les scripts sont dans l'ensemble très soignés, ne donnant jamais l'impression d'un paresseux prétexte pour épuiser jusqu'à l'os le concept initial. Les trois héros étant parfois séparés, on suivra alternativement au sein d'un même épisode leurs mésaventures en montage parallèle, avant que les différentes trames se rejoignent au terme des trois-quarts d'heure. Zaïus et Urko s'opposent souvent sur des questions de méthodes, le premier étant désireux de les capturer vivants pour en apprendre davantage sur leur science, tandis que le second est prêt à profiter du moindre prétexte pour les assassiner. Ce désaccord donnera régulièrement le temps nécessaire aux héros pour s'échapper de nouveau. La progression dramatique d'un épisode à l'autre est pratiquement nulle, chaque aventure peut donc être vue de façon indépendante, voire même dans le désordre (en dehors de l'épisode pilote évidemment).
On notera la combinaison plutôt originale du trio de héros fugitifs, chacun possédant un caractère bien défini. Esprit curieux prêt à prendre la défense des hommes tout en étant conscient qu'il s'agit là d'un acte sacrilège qui le met au ban de la société, le chimpanzé Galen est incarné par Roddy McDowall. Crédité ici en tant que premier rôle, McDowall demeure l'acteur emblématique de la saga et il profite de sa longue expérience du maquillage et des postures simiesques pour nous offrir une interprétation d'une finesse exemplaire. Son personnage est sans doute le plus riche de la série, un peu trouillard, parfois saisi par le doute mais n'hésitant pas à prendre des risques. Étant donné que l'intelligence de Burke et Virdon passe pour suspecte, il doit souvent assumer lui-même les relations avec les divers autochtones rencontrés pour ne pas éveiller leur méfiance, qu'ils soient hommes ou singes, endossant alors de fausses identités, se faisant tantôt passer pour un respectable savant, tantôt pour un puissant notable, avec un résultat toujours savoureux. Étant donné leur formation d'astronautes, les hommes du passé disposent quant à eux de solides connaissances en science et technologie. Virdon (Ron Harper) semble cependant posséder plus de ressources et d'ingéniosité que son compère. Il aura même l'occasion de multiplier ses talents en s'improvisant vétérinaire (ép. 4 The Good Seeds), jockey (ép. 9 The Horse Race) ou guérisseur (ép. 12 The Cure). Il est également père de famille et il repensera avec émotion à sa femme et son fils, qu'il sait morts et enterrés depuis bien longtemps par rapport au présent qui est désormais le sien. En comparaison, Burke est davantage impulsif, formidablement servi par le jeu très expressif de James Naughton. L'acteur s'avère de plus particulièrement convaincant dans les scènes d'action. Coordonnées par Glenn Wilder (Scarface, Lethal Weapon, True Lies, Bad Boys II) et Paul Stader (It's a mad mad mad mad world, The Great Race, Conquest of the Planet of the Apes, The Goonies), les fréquentes cascades proposent des corps-à-corps souvent étonnants d'efficacité et de vitalité par rapport aux bourre-pifs calibrés qu'on trouve habituellement dans les productions télévisées. L'amitié qui lie ce trio est assurément le moteur de la série. Lorsque l'un d'eux est blessé ou capturé, il sera toujours plaisant de voir les deux autres braver le danger pour sauver leur compagnon, redonnant en quelque sorte ses lettres de noblesse à la devise des trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. Ces héros ne sont aucunement des guerriers et n'auront que leur ruse pour se sortir des difficultés.
Les autres acteurs employés sur la série sont en général assez bons, les singes s'avérant même meilleurs que les humains. Malgré la présence de guest stars au générique, aucun nom n'est réellement passé à la postérité et l'on aura seulement repéré la toute jeune Sondra Locke dans sa relation très romantique avec Virdon (ép. 12 The Cure). Les besoins en maquillages seront ici aussi conséquents que pour les films. Les singes apparaissant très souvent en gros plan, il ne pourrait être fait usage de simples masques utilisés notamment pour les scènes de foule de Beneath the Planet of the Apes et Conquest for the Planet of the Apes. Formé par John Chambers sur les films de la saga, Daniel Striepeke est chargé des effets de maquillage et le résultat est plus que digne, garantissant aux acteurs une réelle expressivité faciale. Striepeke est aujourd'hui le maquilleur attitré de Tom Hanks (The 'Burbs, Saving private Ryan, Cast Away). On pourra cependant être raisonnablement lassé de voir les costumes recouvrir systématiquement les singes jusqu'au col afin de diminuer les besoins en prothèses, ne laissant que la tête et les mains apparentes. Dans un autre genre, Galen, Virdon et Burke portent les mêmes vêtements sur toute la série, ce qui les ferait presque passer pour des personnages de bande dessinée aux caractéristiques immuables, ce qui n'est pas inintéressant en plus d'être finalement réaliste (ils sont en fuite, rappelons-le, et n'ont guère le loisir de songer à leur garde-robe).
La mise en scène se sort fort honorablement des moyens dont elle dispose, chaque épisode bénéficiant d'environ six jours de tournage. On se gardera toutefois de citer les différents réalisateurs, scénaristes et techniciens ici à l'oeuvre, tous abonnés aux productions télévisées et dont les noms nous demeurent inconnus. On retiendra cependant Gerald Perry Finnerman, chef opérateur de Star Trek, qui assure la photographie de l'ensemble de la série. Le thème principal composé par Lalo Schifrin s'inscrit quant à lui tout à fait dans le style initié par Jerry Goldsmith : percussions et cuivres au premier plan pour un résultat souvent inquiétant. Planet of the Apes est donc une série de belle qualité, à la fois distrayante et animée de nobles intentions. Et si elle est incontestablement moins profonde que les films, elle nous apparaît aujourd'hui comme l'heureuse exploitation d'un concept toujours d'actualité. Mais en 1974 la concurrence du prime time est impitoyable et le 6 décembre, après seulement 13 épisodes, CBS décide de cesser la diffusion et la production, insatisfaite du taux d'audience. Les aventures de Peter, Alan et Galen demeurent donc inachevées. On ne s'échappe pas de la planète des singes. La série sera néanmoins vendue à l'international, avec parfois un réel succès comme en Grande Bretagne qui diffusera notamment le 14e et dernier épisode resté inédit aux États-Unis (The Liberator). En 1981, des remontages d'épisodes ou de simples bouts-à-bouts donneront lieu à des téléfilms sous des titres plus ou moins imaginatifs (Back to the Planet of the Apes, Forgotten City of the Planet of the Apes, Farewell to the Planet of the Apes). Loin de témoigner d'un quelconque renouveau dont pourrait encore bénéficier la franchise, ils en sont les derniers feux. RETURN TO THE PLANET OF THE APES - 1975-1976
13 épisodes diffusés sur NBC
Produit par DePatie-Freleng Réalisé par Doug Widley En parallèle à la série télévisée, la Fox ne craint pas de saturer son audience et propose à NBC la diffusion d'une nouvelle série, en dessin animé. Il s'agit cette fois de cibler un public jeune et de favoriser ainsi la vente de jouets estampillés Planet of the Apes. Un grand nom de l'animation est sollicité. Vétéran ayant commencé sa carrière au sein des tous premiers studios Disney (série des Alice dans les années 1920), Fritz Freleng contribua de près à l'âge d'or du dessin animé à la Warner, réalisant et produisant de nombreux Looney Tunes dès la fin des années 30. Avec son partenaire David DePatie, il fonde DePatie-Freleng Enterprises qui va connaître un immense succès avec les cartoons de la Panthère Rose, personnage créé d'abord pour les besoins du générique de The Pink Panther (Blake Edwards, 1963). Lorsque la compagnie est cependant engagée pour produire Return to the Planet of the Apes, les standards en matière d'animation sont tombés bien bas. La full animation n'est plus qu'un lointain souvenir. C'est le règne télévisuel d'Hanna-Barbera avec des séries produites à la chaîne pour un budget dérisoire, reproduisant ad libitum les mêmes concepts (The Flintstones, The Jetsons, Scooby-Doo, Yogi Bear). Freleng et DePatie confient la commande au réalisateur Doug Widley. Dans les années 60, ce dernier avait travaillé sur d'autres séries aussi populaires que peu coûteuses (Hulk, Captain America, Iron Man, Jonny Quest). Il sait qu'en animation, le temps c'est vraiment de l'argent et il va s'efforcer de mettre en oeuvre toute une série de gimmicks souvent lamentables qui s'efforcent d'économiser ainsi au maximum le temps d'animation réelle.
Return to the Planet of the Apes prend ainsi des airs de véritable bible du dessin animé non animé, roublard et fauché, ce qui rend le spectacle au mieux risible. L'animation est désespérément primitive, recyclant sans honte les mêmes boucles sommaires. Les arrière-plans peints par Richard Thomas (collaborateur de Freleng depuis l'époque Warner) sont surexploités, avec des effets de mouvements de caméra qui s'efforcent de donner l'illusion de l'animation (zooms, travellings). Ces procédés dissimulent mal le vide et les épisodes souffrent ainsi d'un rythme bien laborieux. Le doublage lui-même témoigne d'ambitions revues à la baisse puisque les voix appartiennent à d'illustres inconnus. Même Roddy McDowall, emblème de la franchise, manque à l'appel. Manifestement la série a été produite pour un coût minimum, peut-être le plus faible de toutes les productions labellisées Planet of the Apes depuis 1968. D'une certaine manière, les détenteurs de la franchise semblent prêts à racler les fonds de tiroir jusqu'à épuisement du filon, tant que des bénéfices aussi maigres soient-ils peuvent en être tirés. Sur ces bases inquiétantes, Return to the Planet of the Apes parvient cependant à se montrer à la fois fidèle à l'univers créé par Serling et Wilson à partir du roman de Pierre Boulle, mais également à apporter suffisamment de nouveautés pour qu'on ne rejette pas la série aux oubliettes. Le style graphique, sévère et réaliste est finalement assez terrifiant, le design des singes étant directement inspiré du travail de John Chambers. La musique aux rythmes évidemment tribaux signée Dean Elliott impose dès le générique une atmosphère pesante et particulièrement dramatique (Elliott est un compositeur spécialisé dans l'animation, des Mr Magoo de UPA aux réalisations télévisées de Chuck Jones). On devine qu'à l'époque de sa diffusion de nombreux enfants ont du être assez effrayés devant leur écran, conservant aujourd'hui encore un souvenir marquant de la série.
Le concept des héros cosmonautes est conservé, mais il s'agit cette fois d'un trio mixte : Judy la blonde, Bill le blond, Jeff le noir). Ayant quitté la Terre en 1976, ils s'apprêtent à rentrer de mission en 2081, constatant que le voyage à travers l'espace est aussi un voyage à travers le temps. Ils sont alors pris dans une sorte de faille spatio-temporelle alors que leur planète est en vue. Leur capsule se crashe dans un lac et le compteur affiche l'année 3979. Ce ressort dramatique décidément surexploité en vient à nous interroger sur la fiabilité du matériel de la NASA. Les trois rescapés se mettent en route avec leur pack de survie au milieu d'une étendue désertique, exploration pleine de dangers (chaleur, tremblements de terre) qui les confrontent aux mystères de cette étrange planète. Judy disparaît bientôt dans un gouffre. Bill et Jeff sont recueillis par leurs semblables, réduits à l'état d'hommes des cavernes plutôt pacifiques. Parmi eux, la belle Nova avec qui ils sympathisent. Les singes ne tardent pas à les assaillir, annoncés par le bruit bien caractéristique de leur cor de chasse. Les deux astronautes vont alors découvrir un monde sens dessus-dessous. Jusqu'ici, le spectateur n'est pas dépaysé face à cet énième remake de l'aventure de Charlton Heston. On retrouve la barrière de feu vue dans Beneath the Planet of the Apes qui, au milieu du désert, protège les frontières de la cité, on traverse une nouvelle fois les ruines de New York. On y rencontre les mêmes mutants télépathes. On s'amuse au passage de quelques idées visuelles (un Mont Rushmore aux têtes de singes sculptées). Le faible coût de l'animation par rapport à la prise de vue réelle aura au moins pour avantage de mettre en scène une civilisation simiesque bien plus évoluée que tout ce qu'on a pu voir jusqu'ici. Dans les films pour la Fox, le choix d'une société rurale était clairement dicté par des contraintes budgétaires. Ici, les singes n'attaquent plus à dos de cheval mais au volant de lourds véhicules motorisés, jeeps, blindés à tourelle, avions. Leurs fusils sont remplacés par des rayons laser. Finies les huttes et les constructions sylvestres primitives, Ape City est une ville moderne à l'architecture néo-impériale (grandes places, arches, sculptures, arènes). Les humains y sont domestiqués, exploités dans des jeux du cirque, derrière les vitrines des animaleries, au zoo, réduits en bêtes de somme ou en simple proies à l'occasion de véritables safaris. La question de leur extermination est régulièrement débattue lors d'assemblées démocratiques. Quelques chimpanzés y sont opposés, préférant les étudier pour mieux comprendre leurs propres origines. Les gorilles assurent comme il se doit l'ordre militaire. Les orangs-outans tranchent. Le dessin animé permet ainsi de revenir à la vision imaginée par Pierre Boulle dans son roman, plus spectaculaire. Lancée en 1973 également sur NBC, la série Star Trek the animated adventures se proposait elle aussi de profiter du support animé pour accroître le champ des possibles de la série d'origine, dépeignant de vastes cités et multipliant les interventions d'extraterrestres. C'est également ainsi que procédaient à la même époque les comic books Marvel d'Adventures on the Planet of the Apes.
Néanmoins, les scénarios ne vont que peu profiter de cette toile de fond plus ambitieuse pour renouveler la dynamique du récit, conviant sans grande inspiration les mêmes archétypes de personnages. Avec la caution scientifique du Dr Zaïus (toujours lui), Cornelius et Zira (encore eux) sont autorisés à examiner les spécimens récemment capturés. Intrigués par les yeux bleus de Bill, ils le soumettent à quelques tests de logique qui témoignent d'une intelligence bien supérieure à celle des autres humains. Mais lorsqu'ils envisagent d'opérer son cerveau, Bill proteste et les singes découvrent stupéfaits qu'il possède le don de parole. Ils savent que les hommes ont autrefois dominé la planète, que c'est leur soif de pouvoir, leur folie et leur avarice qui ont provoqué le cataclysme. La possibilité que l'humanité retrouve son intelligence et renouvelle les erreurs passées est donc la plus grande crainte de leurs instances dirigeantes. Le couple de chimpanzés choisit son camp et aide nos héros à fuir. Et leur traque va se poursuivre inlassablement d'un épisode à l'autre. Toujours en quête de preuves de l'existence d'hommes intelligents, Bill, Jeff et Judy auront également l'occasion de libérer quelques-uns de leurs semblables et parviendront à construire une forteresse qui leur permettra de tenir tête aux velléités guerrières des gorilles. Au sein d'une série qui privilégie les péripéties et le remplissage, le propos humaniste et alarmiste de la saga passe vite au second plan, même s'il demeure présent. Tous les samedis matins, du 6 septembre au 29 novembre 1975, NBC diffusera 13 épisodes d'environ 25 minutes, coupures publicitaires non comprises. Là encore, faute d'audience satisfaisante, la série est brutalement suspendue. Le 14e épisode est demeuré au stade de l'écriture et les aventures de Judy, Bill et Jeff se concluent dans un inachèvement identique à celles de Virdon, Burke et Galen.
Réactions et discussion au sujet de la saga sur notre FORUM ! INTERNET The Forbidden zone Article de Philippe Heurtel Fiche imdb de la série télé Fiche imdb de la série animée L'intégrale de la série La Planète des Singes est disponible en DVD chez 20th Century-Fox Home entertainment. Le dessin animé, pour sa part, est à ce jour inédit. À SUIVRE: 4e partie : 1993-2001 Lundi 10 Mars 2008
Elias Farès (Max Schreck)
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