Seijun Suzuki * voit le jour en 1923 dans un quartier prolétaire de Tokyo, quelques années à peine avant que l'ère Taisho, la Belle Epoque nippone, ne touche à sa fin avec l'avènement de l'empereur Hirohito. Tandis que son pays prend la voie du militarisme et de l'ultranationalisme, que tentatives de coups d'états et groupuscules d'extreme-droite se multiplient, Suzuki suit un cursus scolaire classique auquel la guerre l'arrachera quand en 1943 il est embrigadé dans la marine nationale qui défend l'empire colonial nippon dans les îles du Pacifique. D'abord tout près de mourir noyé lors du naufrage de son navire aux Phillipines puis décoré et rapatrié en 1946, Suzuki sortira profondément marqué par son expérience du conflit de laquelle il tirera une indéfectible abomination de toute forme d'autorité.
A son retour, il trouve un Japon détruit et occupé, où tout est à reconstruire. Il termine son lycée et est diplômé en 1948. Il entame alors de très courtes (trois mois !) études de cinéma, avant d'être engagé comme assistant-réalisateur par le Studio Shochiku alors spécialisé dans le mélodrame classique et dont la figure emblématique n'est autre que le futur réalisateur de L'Île Nue et Onibaba , Kaneto Shindo . C'est là qu'au fil des tournages et des années, Suzuki fera son apprentissage de la technique cinématographique. En 1956, il est passé au Studio Nikkatsu où on le juge suffisamment experimenté pour réaliser lui-même son premier film, La Victoire est à Nous.