Or dans
A Woman’s Secret , rien de tout cela : le film est certes bancal, mais la faute en revient au scénario de
Herman Mankiewicz .
Nicholas Ray s’est contenté de montrer un travail original, mais qui n’a pas encore commencé. Un "work in progress" embryonnaire, non-identifiable, qui n’existe pas.
Dans l’œuvre de
Nicholas Ray , seuls deux films n’existent pas : celui de notre étude et
Les Diables de Guadalcanal (1951). Comme si le cinéaste souhaitait une pause dans son testament. Le saut d’une ligne, l’interruption pendant la pensée et l’écriture. Il n’y a pas de soulagement, ni de répit, ni de calme dans ces deux films, uniquement une fatigue, un repli, un saut entre deux passions, deux révoltes. Pourtant, comme nous l’écrivions précédemment,
A Woman’s Secret est un joyau de l’œuvre de
Nicholas Ray , parce qu’il est la première des deux exceptions. Il est un écrin précieux, parce qu’il est différent, car il est calme, somnolent, endormi. L’œuvre toute entière de
Nicholas Ray ne comporte ainsi aucun film. Il n’y a qu’une et unique œuvre, de plus de vingt titres, tournée en moins de vingt ans. Une fulgurance artistique, où généralement les cinéastes hollywoodiens composaient pendant plus de trente ans. Cette œuvre toute entière est un empressement.
Nicholas Ray a voulu vite tourner, car il était persuadé de ne plus pouvoir, dans peu de temps. Cet empressement est constant chez lui. Une œuvre faite des sentiments, de la colère, de la rage, du désespoir, de la révolte que traduisent la fragilité, l’instabilité, l’incertitude, l’existence et l’inexistence. Même dans
A Woman’s Secret . C’est probablement ce qu’il y a de plus beau chez ce "poète de la nuit qui tombe" : le crépuscule testamentaire d’une œuvre testament de toute une vie.
- Vous pouvez d'ores et déja discuter de la carrière de Nicholas Ray et du texte sur la partie du FORUM qui lui est réservée.