DEATH RACE 2000 (La Course à la mort de l'an 2000) et CANNONBALL de Paul Bartel / 1975 - 1976
Puisqu'un dossier Dante (donc forcément rattaché aux productions Corman) est en cours sur Cinétudes, puisque une étude de Mad Max a été publiée, et puisque la production de Death Race 3000 est en chantier, il n'est pas inutile de se pencher sur le cas de Death Race 2000, le film de course automobile produit par la New World, ainsi que sur sa suite plus ou moins directe, Cannonball, tous deux réalisés par le décédé Paul Bartel.
Produit au sein de la New World, la compagnie de Roger Corman, Death Race 2000 est un typique film d'exploitation dans la veine des autres productions maison. Tous les éléments constitutifs des productions Corman (et dans une plus large mesure de tout film d'exploitation) sont présents. Déjà un générique composé d'habitués : à la réalisation, le regretté Paul Bartel, réalisateur fidèle à la New World et acteur de caméos à l'occasion (on a ainsi pu le voir dans de nombreux films signés de son ami Dante, dans le Frankenweenie de Tim Burton et dans le Los Angeles 2013 de John Carpenter). Au scénario, Charles B. Griffith, un des collaborateurs de longue date de Corman puisqu'il avait déjà participé aux scénarii de films aussi anciens que Rock All Night (1957), Bucket of Blood (1959) ou La Petite Boutique des Horreurs (1960), entre autres... Niveau acteurs, Mary Woronov, vue dans un chapelet de films produits par Corman (notamment de nombreux Dante) et Don Steele (idem) complètent non exhaustivement le tout, achevant de faire de l'ensemble un film d'exploitation certes, mais de famille avant tout. Typique de la marque de fabrique cormanienne. Sans compter la conception elle-même du film, qui ne sort pas des règles maison : budget serré, violence, filles dénudées, durée réduite (73 minutes), tout en surfant sur un effet de mode récent (le Rollerball de Jewison, sorti la même année)... Tout y est !
L'histoire elle-même donne clairement le ton de la série B. En l'an 2000, les Etats-Unis, après une grave crise financière, sont devenus un pays fasciste où tous les ans la Death Race est organisée et médiatisée largement à travers le territoire, avec l'appui du président. La compétition consiste en une course de voitures, les participants devant aller de la côte est à la côte ouest. En chemin, ils marquent des points... en écrasant les passants. Et plus le passant est faible (les enfants, les vieillards), plus les points sont nombreux. En cette cuvée 2000, donc, les candidats sont au nombre de 5 : Nero the Hero, le beauf notoire ; Calamity Jane (Mary Woronov), la texane pur souche ; Matilda the Hun, la néo-nazie. Puis les deux principaux candidats : "Machine Gun" Joe Viterbo (Sylvester Stallone, dans l'un de ses premiers films), un homme prétentieux en provenance de Chicago, ce qui explique sûrement son côté mafio-machiste ; et enfin Frankenstein (David Carradine), ancien vainqueur amoché, dissimulé des pieds à la tête sous un costume de cuir noir. Tout ce petit monde, avec chacun un co-pilote du sexe opposé, va se faire la guerre pendant la course. Et le piment va être ajouté par la présence de la résistance américaine, une organisation qui s'évertue à faire capoter la course en s'en prenant aux médias et surtout aux pilotes...
Bref, vu le sujet et vu la durée, le film ne se perd jamais dans la mollesse (ce qui est bien ce que l'on demande à une série B). Très direct, il va droit au but, non sans une certaine habileté cinématographique qui fait de l'œuvre un peu plus qu'un simple film d'exploitation vite vu et vite oublié. Certaines méthodes de réalisation laissent ainsi entrevoir le futur Mad Max de George Miller (1979), principalement lors des scènes de caméra embarquée sur le capot des voitures. En revanche, contrairement au film de Miller, rares sont les scènes ne se déroulant pas pendant la course. Lorsque c'est le cas, Bartel nous présente des substituts capables d'entretenir le rythme du film, de même que le ton guerrier mais comique qui plane sur l'ensemble des scènes d'action à proprement parler. Les coureurs se querellent, se battent, et les filles qui les accompagnent sont souvent dénudées... Bien qu'inspiré par Rollerball , le film de Bartel se veut donc très axé sur l'action, plus que sur la réflexion profonde. L'action comporte donc son lot généreux de scènes violentes et cruelles. C'est une véritable succession de scénettes de ce type (et furtivement gores parfois) qui nous est présentée, avec toujours un grand succès. Un succès non pas dû à la violence seule, mais aussi et surtout à l'humour noir qui s'en dégage. Une cruauté gratuite très jouissive, qui culmine pour beaucoup dans la mythique scène relative à "la journée de l'euthanasie". Du reste, les personnages et leurs voitures (hormis Frankenstein et sa co-pilote, que leur gravité font ressortir – ce ne sont pas les héros du film pour rien) sont tous éminemment comiques. Mis en scène un peu comme des catcheurs modernes, tendance WWF. Ce qui leur donne de ce fait un aspect plutôt kitsch, d'autant plus que le film est tout de même bien typé 70's (il n'y a qu'à voir le "tuning" des voitures). Pour peu, le spectateur pourrait avoir l'impression d'assister à une version cinéma du dessin animé Les Fous du Volant .
Pourtant, Corman est de gauche. Il le revendique ouvertement. Malgré leur côté exploitation, il aime que ses films soient également assez engagés (propos partagés par bon nombre de ses disciples). Bien sûr, puisque l'essentiel demeure l'action et que la durée est courte, les films de la New World n'ont pas le temps de s'appesantir sur leur message. Ils sont de ce fait délivrés avec une quasi totale absence de délicatesse. Caricatural à l'extrême, très naïf, le message de Death Race 2000 l'est. Et Bartel le sait. Il en profite pour faire de cette faiblesse une qualité. Il choisit d'orienter ce message vers un aspect satirique très appuyé, rajoutant encore volontairement une touche de kitsch au délire ambiant (la démarche de Tim Burton sur Mars Attacks! n'est pas très loin, finalement). Et pourtant, malgré tout, il y a bel et bien une critique sociale. C'est là qu'intervient principalement l'influence de Rollerball. A savoir la dérive des jeux télévisés, de plus en plus sauvages, de plus en plus racoleurs (un discours qui reste extrêmement d'actualité, donc). Puis le comportement des médias, qui va dans le même sens et qui, en plus de se faire dominer par le pouvoir corrompu, prend ses spectateurs pour des imbéciles en s'adressant à eux comme à une masse d'abrutis, et ce avec un grand sourire. Pourtant, à force de promouvoir les gloires du jeu, les médias et même le pouvoir en place prennent un risque : celui de voir une vedette les doubler en terme de popularité, ce qui pourrait se révéler dangereux si cette célébrité venait à être infidèle au régime...
Le discours est donc bien présent, même si on est loin de la prise de conscience progressive du personnage de Jonathan dans le film de Jewison. Ici l'humour est omniprésent, la caricature et la satire sont évidentes et - gage des bons films - encadrées par une réalisation permettant de les mêler directement à l'action du film, sans avoir à compartimenter le tout en instaurant des plages "humour", des plages "action", des plages "dialogues pour faire évoluer l'intrigue". Penchons nous maintenant sur le cas de Cannonball, du même Paul Bartel, réalisé l'année suivante, en 1976... Comme tous les ans, une course trans-Amérique de Los Angeles à New York est organisée, et ce malgré l'opposition policière. La course est ouverte à tous, et tous les coups sont permis. Coy Buckman (David Carradine), dit "Cannonball" du nom de sa voiture, en est le favori. D'autant plus que malgré lui, son frère (Dick Miller) a pris quelques arrangements pour qu'il arrive le premier à New York...
Suite officieuse de Death Race 2000, Cannonball lui est, avouons le, bien inférieur. Si tous les coups sont officiellement permis, rien de bien méchant n'est en revanche pratiqué ici. Il faut dire qu'il n'y a plus ici de points à ramasser en écrasant les passants, ce qui a pour effet de diminuer l'irrévérence qui faisait la force du film de 1975 et du même coup d'assagir considérablement ce Cannonball, le privant d'une bonne dose d'humour. De ce fait, les différents compétiteurs se livrent à une course assez classique, et les coups tordus se limitent principalement à des duels de pare-chocs à pare-chocs ou bien à des pneus crevés. Une chose en amenant une autre, les personnages eux-mêmes (de même que leurs voitures, non décorées cette fois) sont loin d'égaler ceux de Death Race 2000. Si ce n'était pour un seul d'entre eux, tous apparaissent comme étant plutôt sympathiques : le héros (qui cette fois n'est pas ambigu comme l'était Frankenstein), le teuton aristocrate, le copycat du héros, le jeune afro, les filles délurées, le couple de beaufs... Reste donc l'ennemi du héros, mais qui ne sera pas non plus bien méchant jusqu'à la rencontre finale. Une rencontre qui fait d'ailleurs également pas mal penser à Mad Max. Quoi qu'il en soit, la violence n'est pas le seul élément présent dans Death Race 2000 à faire défaut dans Cannonball . Exit ainsi l'érotisme gentillet du premier, malgré la présence de 3 filles au sein de la course, présence sous-exploitée. Elles se contentent principalement d'échauder un peu leurs collègues masculins, sans que la caméra ne suive pour autant : le tout reste assez prude. Dommage. Dommage aussi que l'aspect politique soit épuré, malgré quelques piques ironiques à l'encontre de la police. Ainsi, le film perd énormément de son côté "Rollerball" et perd même l'aspect anticipation. Jusque dans les médias, quasiment absents, si ce n'est pour un journaliste filmant la course, tout en promettant de ne pas diffuser ce qu'il a filmé avant la fin de l'épreuve. Il ne tiendra pas parole... Un côté légèrement "plisskenien" pas franchement audacieux.
Cannonball se veut donc un film d'action assez brut. Mais même si ce qui nous est montré n'est pas non plus très violent, suffisamment de péripéties sont présentes pour éviter l'ennui. De plus, chose assez audacieuse cette fois, le héros du film est présenté comme un vrai perdant : malgré sa voiture, censée être la plus puissante, il se fait sans cesse battre par son rival, se fait déposer par le coureur teuton, et c'est grâce à son frère et à ses combines mafieuses qu'il restera dans la course. Coy Buckman, le héros du film, bien que joué par le même David Carradine, est l'anti-Frankenstein, l'opposé du héros de Death Race 2000. D'ailleurs si ce n'était pour cela, le film aurait pu être vu comme la même course trans-Amérique organisée après le dénouement de Death Race 2000. Ce qui aurait d'ailleurs donné une version désabusée du nouveau monde, laquelle n'est tout de même pas totalement absente si l'on veut bien se donner la peine de faire abstraction de l'acteur interprétant Frankenstein dans le film précédent.
Si le film possède pas mal de défauts, en revanche il possède tout de même une très bonne atmosphère, une bonne humeur ambiante, qui est en grande partie due à la présence de nombreux membres de la famille Corman au casting, dans des rôles plus ou moins importants. Ainsi, outre David Carradine et Dick Miller, on retrouve entre autres Roger Corman, Paul Bartel (le réalisateur lui-même), Mary Woronov, Belinda Balaski, Archie Hahn, Allan Arkush, Michael Finell, Jonathan Kaplan et même Martin Scorsese et Joe Dante. Bref des piliers de l'écurie Corman, auxquels on ajoutera Sylvester Stallone.
Death Race 2000 et Cannonball sont donc des films de qualité non égale, mais qui pourtant sont à voir en duo tant l'expérience de voir un même sujet traité de façon différente peut se révéler instructive quant aux codes faisant la force du cinéma produit par la New World. Certes, Death Race 2000 se suffit à lui-même, mais le cinéphile gagne à pouvoir le comparer à sa suite/remake… Et puis, l'occasion de voir une bonne partie de l'équipe Corman de l'époque face à la caméra dans Cannonball n'est pas non plus négligeable. Là encore, le côté "famille" prédomine, ce qui fera plaisir aux habitués des films New World…
- DEATH RACE 2000 en DVD Zone 2 :
Avec : David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Mary Woronov...
Editeur : Opening distributions
Format image : 1.33 – 4/3
Format son : Français, Anglais (mono d'origine)
- CANNONBALL en DVD Zone 2 (Royaume-Uni) :
Avec : David Carradine, Bill McKinney, Veronica Hamel, Gerrit Graham...
Editeur : Cinema Club
Loic Blavier (Walt Paisley)
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