CINETUDES
Vendredi 03 Juillet 2009
22:45
Films Etudiés

DUNE de David Lynch / 1984



DUNE de David Lynch / 1984
Une production Dino De Laurentiis
Un film écrit et réalisé par David Lynch
Photographie : Freddie Francis - Musique : Toto

Avec : Kyle McLachlan (Paul Atréides), Francesca Annis (Dame Jessica), Jürgen Prochnow (Duc Leto), Kenneth McMillan (Baron Vladimir Harkonnen), Patrick Stewart (Gurney Halleck), Sean Young (Chani), José Ferrer (Shaddam IV), Sting (Feyd-Rautha), Virginia Madsen (Princesse Irulan)



DUNE de David Lynch / 1984

"C'est à l'heure du commencement qu'il faut tout particulièrement veiller à ce que les équilibres soient précis."
Extrait du Manuel de Muad'Dib par la Princesse Irulan




Des spectateurs aux lecteurs, en passant par le réalisateur lui-même, il est une opinion assez largement partagée : l'adaptation à l'écran du roman-fleuve de Frank Herbert est une œuvre d'inspiration au mieux inégale, parfois fulgurante, souvent maladroite. À tel point que le film est non seulement renié par son réalisateur mais régulièrement éludé par les commentateurs de sa filmographie. Ces derniers refusent en général de considérer Dune autrement que comme une commande impersonnelle qui ne mérite que la pudeur de l'oubli. Nous avons voulu dans cette étude aborder avec honnêteté les qualités et les défauts d'un film auquel malgré tout nous sommes attachés. Cette approche assume inévitablement sa part de subjectivité.

Avant d'être spectateur, nous avons été lecteur et la connaissance de l'œuvre d'Herbert est devenue un élément de détermination important dans notre appréciation du film. Le Cycle de Dune est demeuré pour nous une inoubliable expérience de lecture que son adaptation filmique nous permet de revivre. Quand bien même nous souscririons au principe qu'une adaptation doit avoir une valeur en soi, décontextualisée de sa source, nous reconnaissons que la plaisir pris devant ce film repose sur la connaissance préalable de l'histoire et des personnages et que nous sommes capables de combler les lacunes du scénario, d'en relativiser les trahisons. Nous en venons alors à considérer Dune le film comme l'"illustration" d'un monument de la littérature et nous réjouissons simplement de voir ainsi s'animer sous nos yeux les Duncan Idaho, Gurney Halleck, Feyd-Rautha et autre Révérende Mère, et de les entendre prononcer les étranges et familières inventions lexicales d'Herbert.

DUNE de David Lynch / 1984




PRÉLUDE


Le film Dune est une pure oeuvre de commande. C'est un fait. La décision d'en confier la réalisation à David Lynch revient à Raffaella De Laurentiis. La fille du célèbre mogul Dino De Laurentiis faisait alors ses débuts dans la profession. Elephant Man l'avait émerveillée et convaincue que le jeune cinéaste serait l'homme de la situation. Produit par Mel Brooks en 1980, Elephant Man a été un grand succès public et critique, qui fit entrer Lynch dans la cour des grands, lui qui venait à peine de quitter le circuit underground. Le réalisateur est ravi de voir alors les propositions affluer : " Je ne sais pas ce qui serait arrivé si j'avais continué à faire des films comme Eraserhead. Je ne sais pas si j'aurais pu continuer à faire du cinéma, tout simplement. "(*1) Un projet de collaboration est envisagé avec American Zoetrope, qui échoue suite aux difficultés financières rencontrées par le studio de Coppola. George Lucas le sollicite pour réaliser Return of the Jedi mais Lynch refuse, conscient qu'il aurait une marge de manoeuvre bien réduite pour clore une telle saga. Suite à la proposition de De Laurentiis, il lit le roman d'Herbert et s'enthousiasme immédiatement. Un contrat est signé, assurant à Lynch la production de ses futurs projets : Blue Velvet ainsi que le fameux Ronnie Rocket (ce dernier étant un peu l'Arlésienne du réalisateur). Universal se chargera de la distribution, le budget sera de 45 millions de dollars. Lynch a alors 36 ans. Une telle confiance de la part des commanditaires peut s'expliquer par le fait que le projet d'adaptation cinématographique de Dune s'éternisait depuis déjà longtemps.

DUNE de David Lynch / 1984
Dès 1971, soit 6 ans après sa parution, le producteur américain Arthur P. Jacobs prend une option sur le roman d'Herbert. Il prévoit d'en confier la mise en scène à David Lean. À juste titre, il estime que le caractère romanesque et épique du livre, le destin de Paul Atréides, et bien sûr la présence écrasante du désert pourraient convenir à l'homme à qui l'on doit Lawrence d'Arabie. De plus, de nombreux autres éléments apparaissent parfaitement en phase avec certaines préoccupations contemporaines (drogue, écologie, spiritualité, anti-impérialisme). Mobilisé sur sa franchise de La Planète des Singes, Jacobs décède malheureusement deux ans plus tard. Alejandro Jodorowsky entre alors en scène et convainc le producteur Michel Seydoux d'acquérir les droits désormais disponibles. Habité par une vision du livre toute personnelle, le cinéaste chilien qui vient d'achever le tournage de The Holy Mountain, envisage de réunir un casting composé de Mick Jagger (Paul), Orson Welles (Baron Harkonnen), David Carradine, Alain Delon, Gloria Swanson (Révérende Mère Mohiam) ou encore Salvador Dali (Empereur Shaddam IV), et de confier l'illustration sonore de la planète Arrakis à Pink Floyd, celle de Giedi Prime à Magma et Caladan à Mike Oldfield. Il rencontre également le spécialiste des effets spéciaux Douglas Trumbull (2001 : a space odyssey) qui vient de réaliser son premier long métrage, Silent Running. Suite à une mésentente, il engage finalement à sa place le jeune Dan O'Bannon, remarqué pour sa polyvalence sur Dark Star, le premier long-métrage de John Carpenter. Jodorowsky va alors installer son bureau à Paris et s'entourer d'artistes conceptuels tels que le dessinateur de bande-dessinée Mœbius (Jean Giraud) pour les costumes, l'illustrateur anglais Chris Foss pour le design des vaisseaux spatiaux, ainsi que le peintre suisse H.R. Giger qui donne libre cours à ses obsessions pour concevoir les décors de Giedi Prime. Le brainstorming s'étalera sur deux ans pour aboutir à un scénario intégralement storyboardé par Mœbius. Le coût du projet s'annonce pharaonique. Jodorowsky prévoit de tourner en 70mm pour une durée fleuve d'une dizaine d'heures et l'on devine que la fidélité au roman n'est pas sa priorité : " Je ne voulais pas respecter le roman, je voulais le recréer. Pour moi Dune n'appartenait pas à Herbert ainsi que Don Quichotte n'appartenait pas à Cervantès, ni Œdipe à Eschyle. " Partenaires incontournables, les studios hollywoodiens sont sollicités en vain. Jodorowsky et Seydoux sont consternés par les exigences de Dali souhaitant être payé 100 000 dollars de l'heure pour interpréter un Empereur Padishah déféquant sur son trône. Les droits finissent par leur échapper. " Le projet fut saboté à Hollywood. Il était français et non américain. Son message n'était pas "assez Hollywood". Il y a eu des intrigues, du pillage. Le storyboard a circulé parmi tous les grands studios. Plus tard, l'aspect visuel de Star Wars ressemblait étrangement à notre style. Pour faire Alien, on a appelé Mœbius, Foss, Giger, O'Bannon, etc. Le projet a signalé aux Américains la possibilité de réaliser des films de science-fiction à grand spectacle et hors de la rigueur scientifique de 2001 : l'odyssée de l'espace ", déplorera Jodorowsky.

DUNE de David Lynch / 1984

En 1978, Dino De Laurentiis se porte à son tour acquéreur des droits et confie directement à Frank Herbert le soin d'en rédiger l'adaptation. L'auteur échouera cependant à condenser son œuvre, son scénario est jugé trop long et inexploitable. Le projet revient alors Ridley Scott, qui avait précisément été le premier à bénéficier pour Alien des talents débauchés par Jodorowsky. Le réalisateur va s'épuiser dans un laborieux travail d'écriture, secondé par Rudolph Wurlitzer (Two-lane blacktop, Pat Garrett & Billy the kid). Le budget estimé à 50 millions de dollars décourage la production et le film est une nouvelle fois abandonné. En 1981, détenteur malheureux, De Laurentiis reconduit tout de même ses droits et répond favorablement à la suggestion de sa fille d'engager Lynch. Après s'être cassé les dents sur les noms prestigieux, confier pareille entreprise à un jeune artiste passionné ne lui pose désormais plus de problème. La bizarrerie de ses films pourrait trouver un débouché intéressant dans un univers de science-fiction. De Laurentiis se vantera par la suite de son flair : " Quand j'ai fait La Strada avec Fellini, les critiques italiens ont dit : bof, Fellini. Mais la critique française a dit que c'était un des plus grands films jamais faits. Pour David Lynch, c'était pareil. D'abord il avait fait un petit film à la con (Eraserhead), puis il a fait un vrai film (Elephant man). Je l'ai choisi pour Dune. J'ai encore inventé un nouveau metteur en scène. "(*2)



FONDATION


À cette date, la nouvelle norme en matière de cinéma SF c'est évidemment Star Wars. Ne puisant pas à la même source du récit d'aventures de type serial ou pulp, Dune sera comparativement un film beaucoup plus adulte, plus posé, plus sombre aussi. Herbert propose une tragédie politique et familiale, teintée de mysticisme et d'écologie, un monde duquel les ordinateurs ont été bannis (lors de la Grande Révolte, ou Jihad Butlérien, qui imposa le commandement suivant : Tu ne feras point de machine à l'esprit de l'homme semblable). Contrairement au courant "hard science", son roman refuse la fascination technologique. Aussi, une adaptation cinématographique ne peut se contenter de tout miser sur les effets spéciaux. L'intrigue et les personnages doivent primer. Lynch s'attelle au scénario, entouré d'Eric Bergren et Christopher De Vore, ses coscénaristes d'Elephant man. Mais les premières versions le laissent insatisfait et il décide de s'acquitter seul de cette tâche écrasante qui lui prendra un an et demi. Durant cette longue gestation, il trouvera tout de même le temps de travailler à l'adaptation du Dragon Rouge de Thomas Harris, que tournera finalement Michael Mann sous le titre Manhunter (autre production De Laurentiis) en 1986.

DUNE de David Lynch / 1984

Après avoir pensé à une trilogie, on s'accorde sur l'idée d'un diptyque, avec un premier film relatant les événements du roman Dune tandis que le second condenserait l'intrigue des tomes suivants parus à ce jour (Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune, L'Empereur-Dieu de Dune). La saga d'Herbert est un best-seller et Lynch sait qu'il est attendu au tournant. Le livre s'ouvrait sur l'arrivée sur Caladan de la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam pour faire passer à Paul l'épreuve du gom jabbar. En reportant cette scène à plus tard et en choisissant de créer de toutes pièces une entrevue entre un navigateur de la Guilde et l'Empereur Shaddam IV, Lynch parvient à se dépêtrer plutôt habilement du problème des scènes d'exposition. Quand bien même le spectateur doit faire preuve d'une attention soutenue, les enjeux nécessaires à la compréhension du récit nous y sont donnés sans trop de lourdeur, complétant les indications plus didactiques données par la Princesse Irulan dans la séquence prégénérique. Les jeux d'alliance et de traîtrise au sein du Landsraad entre l'Empereur, la Guilde des navigateurs, le Bene Gesserit, les Atréides et les Harkonnens pour la domination de l'épice sont bien là, de même que toute la dimension mystique de l'œuvre d'origine. Le spectateur va s'identifier au jeune Paul Atréides qui se renseigne dans sa première scène sur les différentes planètes de l'Imperium. On sera ensuite amené à ressentir l'attachement et la fidélité des personnages qui l'entourent, ainsi que le respect que leur doivent leurs compétences : Thufir Hawat et son sens du devoir, Gurney Halleck et sa noblesse guerrière, le Dr Yueh déchiré par un odieux chantage. Duncan Idaho, personnage si emblématique chez Herbert, est bien rapidement évacué mais son accolade avec Paul charrie d'autant plus de chaleur que le spectateur-lecteur connaît son destin.

DUNE de David Lynch / 1984

Évidemment, la richesse et la profondeur du roman se voient inévitablement simplifiées. Mais la lecture proposée par Lynch démontre sa compréhension, sa sensibilité et ses efforts pour être le plus fidèle à l'œuvre et le plus inspiré sur l'écran. La vision du navigateur de la Guilde nageant dans sa cuve de gaz orangé au début du film est directement tirée des descriptions qu'Herbert donne de ces créatures dans Le Messie de Dune. De même, le lien de parenté entre Dame Jessica et le Baron Harkonnen n'est jamais mentionné mais les spectateurs avisés remarqueront que les cheveux de Jessica et d'Alia sont du même roux que ceux des Harkonnens. Bien que présents, d'autres aspects du roman tout de même essentiels nous semblent cependant trop vite expédiés. En particulier l'importance de la Discipline de l'eau, les quelques notations écologiques ainsi que le krys, ce couteau sacré des Fremens monté à partir d'une dent de Shaï-Hulud, le ver des sables. Le Comte Fenring disparaît et il ne sera pas fait mention de la Missionaria protectiva et de la Panoplia propheticus, cette implantation de superstitions destinée à protéger les soeurs du Bene Gesserit lorsqu'elles échouent sur des planètes reculées. L'idée d'une foi manipulée disparaît ainsi tandis que l'espérance messianique qui anime le peuple fremen perd sa dimension préfabriquée. On peut légitimement le regretter, mais il faut là encore accepter qu'une adaptation cinématographique ne puisse que toucher du bout des doigts la complexité d'une œuvre telle que celle d'Herbert.

En sus des raccourcis et omissions, Lynch s'autorise d'intéressants ajouts et modifications qui témoignent de sa volonté de s'accaparer la commande. L'une des inventions les plus spectaculaires est sans doute celle des modules étranges, sortes de rayons lasers qui fonctionnent avec la voix. Ce concept donnera lieu à une idée belle et poétique, lorsque Paul entraîne ses troupes fremen et découvre que la prononciation de son nom est redoutablement dévastatrice : " Mon nom est un mot qui tue. " Plus tard, lors de son duel contre Feyd-Rautha, il ouvrira les entrailles de son ennemi par un simple cri, preuve de son accomplissement dans cet art. Dans la scène qui le voit goûter l'Eau de vie, Paul est assisté de sa concubine Chani et de sa Garde de Fedaykins, alors que dans le roman il buvait le breuvage empoisonné seul et à l'insu de tous. Lors de sa transe, subie en plein désert, des vers des sables viennent se dresser autour de lui tel un cercle protecteur qui l'assimilerait à la planète. Cette scène semble faire écho à la transformation de Leto II et à son face à face avec les vers dans le roman Les Enfants de Dune. Lynch nous montre ensuite Paul pleurant des larmes de sang, et loin de là sa mère, sa soeur ainsi que la Révérende Mère Mohiam soudain prises de saignements du nez ; une façon comme une autre de signifier la conscience collective qui relie tous ces personnages, leur capacité à maîtriser leur corps mise en déroute par l'accession de Paul à un nouveau pouvoir, celui du Kwisatz Haderach. Enfin, le final avec la pluie qui tombe réalise un miracle absent du roman. Si la victoire de Paul et sa reconquête du trône d'Arrakis entraîneront effectivement des bouleversements climatiques, en particulier la réduction progressive du désert, chez Herbert cette transformation de la planète s'étale sur une vingtaine d'années (sans jamais aller jusqu'à faire tomber la pluie). Lynch synthétise cette évolution et confirme ainsi la vérité divine de son héros en faisant coïncider ce prodige avec sa victoire. Il surenchérit sur cette vision en faisant se dérouler son générique de fin sur des images de vagues toutes puissantes.

DUNE de David Lynch / 1984



L'ÉVEIL D'ARRAKIS


" Mes films sont très différents, mais il doit y avoir un rapport entre mes deux précédents et Dune, un mélange de qualités oniriques et abstraites et une composante technico-industrielle ", reconnaissait en 1984 le réalisateur. Son script n'est pas avare en "bizarreries lynchiennes", ces détails et visions imprévisibles et inquiétants qui enrichissent le terreau de ses films. On pourrait citer les costumes tendance cuir et vapeur qui habillent les représentants de la Guilde et les Sardaukars, l'étrange antidote à base de chat à traire destiné à Thufir Hawat, la présence de nains lors d'une scène où un bovidé bandé est dépecé les quatre fers en l'air. Figure déjà ignoble dans le roman, machiavélique et perverse, le Baron Harkonnen crée dès sa première apparition une ambiance trouble et malsaine, annonçant les grands ogres lynchiens à venir, natures humaines excessives qui effraient et fascinent à la fois (Frank Booth dans Blue Velvet, Marietta ou Bobby Peru dans Wild at Heart). Dans ce rôle, Kenneth McMillan est assez impressionnant. Il compose un méchant inoubliable, bien au-delà des attentes du lecteur. On le voit en train de se faire soigner (?) ses affreux pustules, puis s'asperger d'une sorte de liquide de vidange avant de massacrer un jeune éphèbe qui venait déposer des fleurs en plastique (!). Tout ce qui touche aux Harkonnens est d'ailleurs d'une sauvagerie sans complexe, faite de chair et de sang (Rabban la bête, toujours en train de bâfrer). Tous les films de Lynch possèdent une dimension sado-masochiste. Quand le réalisateur décide de faire mal, il va jusqu'au bout, créant des images assez mémorables (la main de Paul qui se consume lors de l'épreuve de la boîte).


Voilà pour l'aspect cauchemar. À l'inverse, la représentation des visions de Paul, à base de flashes d'images surréalistes et de surimpressions vaporeuses, est comparable à celles qu'on trouve dans Eraserhead, Blue Velvet, Twin Peaks Fire walk with me ou Lost Highway. Dune s'ouvre sur un plan du cosmos, avec le visage de la Princesse Irulan qui en surgit, s'adressant directement par le regard et par la voix au spectateur. Cette ouverture déstabilisante évoque celles aux motifs semblables d'Elephant Man et d'Eraserhead. On peut y voir une manière à la fois naïve et parfaitement intelligible pour le réalisateur de faire basculer ses spectateurs dans un univers autre, avec des procédés proches de l'hypnose, parfaitement pertinents dans ce cas précis.

DUNE de David Lynch / 1984

" Lorsque vous dormez, vous ne contrôlez pas votre rêve. J'aime me plonger dans un monde onirique, mais fabriqué par moi, un monde que j'ai choisi et sur lequel j'ai tout contrôle. " (*3) Paul Atréides semble traverser toutes les épreuves qui menacent son existence comme un dormeur au fil de son rêve. Il est tiré de son sommeil par la Révérende Mère venue tester son humanité au début du film. Son père encourage le dormeur qu'il est à se réveiller (The sleeper must awaken). Le parcours de Paul s'apparente en effet à une lente et continue opération pour sortir du rêve et l'amener enfin à la totale conscience de lui-même qui, dans son cas, sera également la pleine conscience de l'univers, éveillée par son contact avec le mélange. Telles des bouffées d'oxygène, les senteurs d'épice font surgir dans son esprit de mystérieuses images — le visage de Chani, une goutte d'eau, la seconde lune, la mort de Leto — comme autant de pièces d'un puzzle en attente d'être ordonnées. La scène où il reçoit l'illumination dans le désert, lorsqu'il y est abandonné avec Jessica par les Harkonnens, est à ce titre magnifique. Il fait un rêve éveillé, parsemé d'étranges visions qui sont en fait l'expression de sa prescience qu'il ne maîtrise pas encore, et soudain se tourne vers sa mère en lui annonçant qu'il sait qu'elle est enceinte. Se révélant comme l'élu, le Kwizatz Haderach au regard de somnambule, il aura désormais l'impression de marcher dans les pas d'un destin vécu mille fois. Le spectateur lui-même est amené à partager ces "trips" sensoriels et à plonger dans la contemplation fascinée des images du film et de certains décors, jusqu'à l'éveil final lors de la transe de l'épice qui fera alors basculer le récit dans la charge guerrière du troisième et dernier acte. Ce seul aspect suffit à démontrer que Dune est loin d'être un titre à part, qui n'entretiendrait aucun rapport avec le reste de l'œuvre lynchienne, profondément marquée du sceau du rêve. Ici, la logique est plus sensible mais elle émerge depuis des visions oniriques.

DUNE de David Lynch / 1984





LES ENFANTS DE DUNE


Pour répondre à l'ambition et à sa conception du projet, Lynch est parvenu à réunir autour de lui un casting aussi classieux qu'hétéroclite avec des acteurs de nationalités variées. Parmi eux : José Ferrer, rescapé du Lawrence d'Arabie de Lean, est couronné Empereur Padishah ; Jürgen Prochnow, remarqué grâce à Das Boot qui lui a ouvert — ainsi qu'à son réalisateur Wolfgang Petersen — les portes d'Hollywood, est promu Duc ; futur Capitaine Picard et Professeur Xavier, Patrick Stewart endosse l'uniforme de Gurney Halleck ; l'impeccable Max von Sydow apporte beaucoup de subtilité au Dr Kynes, l'écologiste impérial ; Sean Young, évadée de Blade Runner, incarne la belle Chani. On notera également la brève apparition de Silvana Mangano dans le rôle de la Révérende Mère des Fremens. À peine plus présent, Sting dégage quant à lui un puissant charisme, d'autant plus chargé en érotisme qu'il nous est souvent montré du point de vue concupiscent du Baron. Le chanteur avait déjà tourné, notamment dans le très beau Quadrophenia (Franc Roddam, 1979). Sa participation à Dune coïncide avec son accession la même année au statut de rock star, quittant Police pour démarrer la carrière solo que l'on sait. Agé de 24 ans, Kyle MacLachlan faisait ici ses débuts à l'écran, devenant pour un temps l'alter ego de son réalisateur (Blue Velvet, Twin Peaks). Même s'il est plus âgé que ce que demande le rôle (dans le roman, Paul a 15 ans), son visage incarne parfaitement le mélange d'enfance encore modelable et de détermination souveraine qui caractérise son personnage. Telles des figures tutélaires du réalisateur, le casting est complété par Freddie Jones (Thufir Hawat) qui jouait l'atroce forain de Elephant Man, et Jack Nance, l'inoubliable protagoniste de Eraserhead, ici en Harkonnen muet dont on ne saisit jamais vraiment l'utilité (il porte le nom de Nefud, qui dans le roman est un caporal promu capitaine, drogué à la semuta). Enfin, de nouvelles têtes font ici leur entrée dans le cinéma de Lynch : Brad Dourif, dans le rôle du mentat Piter De Vries, Dean Stockwell en Docteur Yueh et Everett McGill pour Stilgar le brave. On recroisera les deux premiers dès Blue Velvet et le troisième dans Twin Peaks et The Straight Story.

DUNE de David Lynch / 1984

Assumant l'atmosphère science-fictionnelle de son film, Lynch va jouer sur le dépaysement en imposant à ses acteurs un jeu très légèrement décalé. La civilisation décrite dans Dune est en effet déjà bien éloignée de la nôtre. Le rapport à soi et aux autres détermine un port et une diction marqués par les usages. L'emploi assez fréquent de la voix-off, procédé très littéraire qui a été assez mal jugé par la critique et le public, crée un curieux décalage qui, à force, tente de rendre familière cette civilisation où l'on peut pénétrer les pensées des autres, capacité que possèdent ceux qui ont suivi l'enseignement Bene Gesserit. Ce procédé risqué, jugé à tort comme paresseux, vient en réalité charger d'un poids insolite les répliques des différents personnages et leur réception dans l'esprit de leur interlocuteur. Les chuchotements envoûtants qui parcourent régulièrement la bande-son ne sont pas l'aspect le moins séduisant du film.

DUNE de David Lynch / 1984

ASPECTS DE L'IMPERIUM


Dune ayant l'ambition d'être un nouveau jalon du space-opera, se devait d'être spectaculaire et de mériter son accroche publicitaire : " Un monde au-delà du rêve, un film au-delà de votre imagination. " Le chef décorateur Anthony Masters (2001 : a space odyssey) parvient à inventer une architecture qui ne renvoie à rien de connu mais qui demeure cohérente, telle une nouvelle Renaissance : robustes piliers, mélange d'art européen médiéval et oriental, entre archaïsme et raffinement. Tout aussi originaux par leur design, les divers véhicules volants manquent quelque peu de crédibilité et surtout de cinégénie. On pourra notamment regretter que les ailes des ornithoptères soient fixes mais ce serait trop s'attacher à la lettre du roman. Les chenilles chargées d'extraire l'épice sont par contre tout à fait réussies. Artiste peintre américain renommé, c'est Mentor Huebner qui assume le poste de concepteur-illustrateur. Huebner possède un palmarès impressionnant à Hollywood puisqu'il a notamment collaboré aux visuels de films tels que Forbidden Planet, Ben-Hur, The Longest Day, Blade Runner. Bob Ringwood, dont le travail sur les costumes d'Excalibur a été très remarqué, conçoit des distilles au design particulièrement convaincant bien qu'il y manque la cape, emblématique de la silhouette des Fremens dans le roman. Cette volonté d'insolite aide à poser un univers de pure science-fiction — c'est-à-dire dépaysant — qui soit également crédible et évite de faire trop vieillir le visuel du film.

DUNE de David Lynch / 1984

Cet aspect doit évidemment également être pris en charge par le département des effets spéciaux. On trouvera au poste des effets optiques Barry Nolan (Star Wars, Flash Gordon) et le talentueux Terry Cox (Outland, Brazil, Labyrinth, Who framed Roger Rabbit, Batman, Alien 3, Saving private Ryan). Ils parviennent notamment à composer un rendu très intéressant des champs de force des boucliers, réalisés en animation simulant la 3D. Pour les incrustations des vaisseaux, le pionnier John Dykstra est débauché de chez ILM (presque entièrement mobilisé au même moment sur Return of the Jedi). Estimant qu'elle manque de contrôle sur le technicien, Raffaella De Laurentiis décide finalement de confier ces effets à Jeremy Gibbs du studio Van der Veere (Flash Gordon, The Last Starfighter, Exorcist II : the heretic). Collaborateur de prestige, Albert Whitlock, qui a beaucoup travaillé avec Hitchcock notamment sur The Birds, supervise les nombreux matte-paintings du film, finement exécutés par Syd Dutton (Cat People, Out of Africa, The Addams Family). Maître en la matière, Kit West (Raiders of the Lost Ark, Young Sherlock Holmes, Empire of the Sun) assure les effets mécaniques sur le plateau. Les explosions de miniatures sont réalisées avec beaucoup de soin par Emilio Luis del Rio (Supersonic Man, Conan the Barbarian, Red Sonja, El Espinazo del Diablo). Enfin c'est à Carlo Rambaldi (Alien, Possession, E.T.) que l'on doit la conception et l'animation des navigateurs de la Guilde et surtout des vers des sables. Ces derniers sont de superbes créations, absolument convaincants, fascinants et massifs à la fois, aux mouvements très réalistes et toujours filmés sous des angles pensés pour les rendre plus impressionnants (ainsi ce plan où la caméra tremble avec le surgissement d'un gros ver). En parallèle, Rambaldi concevait — avec beaucoup moins de bonheur quant au résultat — le dieu Dagoth, affronté par Arnold Schwarzenneger dans le final de Conan the Destroyer.

DUNE de David Lynch / 1984

Côté techniciens, Lynch retrouve le vétéran Freddie Francis, son chef opérateur de Elephant Man (ils travailleront encore une fois ensemble sur The Straight Story) et Frederick Elmes en opérateur de la seconde équipe. Elmes, qui avait participé à Eraserhead supervisant notamment quelques effets spéciaux, signera ensuite les photographies de Blue Velvet et Wild at Heart, avant de devenir le directeur photo attitré de Jim Jarmush. Pour son premier film en couleurs, grand spectacle oblige, Lynch tourne sur pellicule 70 mm et conserve le format cinémascope déjà exploité sur Elephant Man. Les décors sont souvent remarquablement mis en lumière, des boiseries de Caladan qui évoquent parfois Rembrandt à l'or éclatant de la salle du trône de l'Empereur. La décision de construire les décors d'Anthony Masters en dur a cependant considérablement réduit les possibilités de placement de la caméra et de l'éclairage, aucun mur n'étant modulable. L'aspect figé que va alors afficher la mise en scène n'est pas trop gênant lorsqu'il s'agit de filmer des dialogues solennels et Lynch signe souvent des cadres savamment composés. Au sein de l'écran large, il inscrit ses personnages dans de lourds décors empreints d'une noblesse presque antique, sans que jamais cet apparent statisme n'apparaisse visuellement ou dramatiquement pauvre. Le Dune de Lynch entretient à ce titre de nombreux rapports tant esthétiques que thématiques avec le genre du peplum.
Autre collaborateur fondamental du début de carrière de Lynch, son camarade des Beaux-arts Alan Splet est de la partie pour créer ces étranges textures sonores qui baignent tous les films du réalisateur, de The Grandmother à Blue Velvet : bruits de ventilation, de machines, résonance de la Voix, etc. Son sound design est ici relativement discret mais vient constamment nourrir les différentes ambiances du récit, d'autant plus que le procédé Todd-AO permet une répartition sur 6 canaux. Pour l'accompagnement musical, Lynch choisit de faire appel au groupe Toto, qui va proposer un mélange plutôt ambitieux de sonorités symphoniques, électroniques et rock. Les orchestrations sont assurées par Marty Paich (le père de David Paich, membre fondateur du groupe) qui dirige le Vienna Symphony Orchestra et les choeurs du Vienna Volksoper. Le résultat ne sera pas du goût de tout le monde. Pourtant les accents majestueux et la solennité pompière de ce score s'accordent bien avec la lourde atmosphère de Dune, entre héroïsme et sens de la destinée. Les visions de Paul Muad'Dib seront superbement baignées dans les nappes du Prophecy theme, un morceau composé par Brian Eno, Roger Eno et Daniel Lanois.

DUNE de David Lynch / 1984

Toute l'équipe s'installe aux studios de Churubusco Azteca, Mexico, où le film sera intégralement tourné. Ce complexe de vastes dimensions a souvent accueilli des productions hollywoodiennes délocalisées telles que Butch Cassidy and the Sundance Kid, Bring me the head of Alfredo Garcia, puis, après Lynch, Under the Volcano, Total Recall, Frida. Bon marché quant à la main-d'œuvre (techniciens et figuration), il possède en plus l'avantage d'avoir des dunes de sable à proximité. Frank Herbert en personne viendra donner le premier clap d'un tournage qui va durer presque une année entière. Lynch devra ensuite lutter avec la matière filmique recueillie pour monter sa commande. " Nous essayons de faire un film de 2h et demie, ce qui est long pour un film américain. J'aime les films européens. J'aime 2001 aussi. J'aime les longues scènes, les silences, ce genre de choses. Cela va être dur pour moi de faire tenir le film que je vois dans ces deux heures et demie. " (*4)

DUNE de David Lynch / 1984



LE SENTIER D'OR


Soutenu par une importante campagne médiatique, capitalisant à la fois sur la renommée de l'œuvre d'Herbert — qui publie cette même année le cinquième volet de son cycle : Les Hérétiques de Dune — sur le talent déjà reconnu du réalisateur et la présence au générique de Sting la nouvelle idole, le film est vendu comme l'événement d'une année 1984 déjà riche en productions SF-fantastique (Terminator, Starman, 2010, Mad Max 2). Distribué aux États-Unis à Noël, Dune est conspué par les fans comme par la critique. Le public est davantage au rendez-vous en Europe et au Japon, mais le film sera loin de rentrer dans ses frais et traîne aujourd'hui encore sa réputation de flop. La suite du diptyque que Lynch avait déjà commencé à écrire ne sera évidemment pas mise en chantier. De Laurentiis respectera néanmoins pour une part son contrat et sa collaboration avec le réalisateur, produisant bientôt un Blue Velvet bien moins ruineux. L'attente était assurément démesurée. Les épaules du jeune réalisateur se sont révélées trop frêles devant l'énormité du l'entreprise. La part du producteur n'est sans doute pas négligeable. Il est temps de pointer ces déficiences.

DUNE de David Lynch / 1984

Le tournage au Mexique fut éprouvant. Entre les maladies, la chaleur, la pollution, les authentiques tempêtes de sable, la corruption des autorités locales, l'équipe a souffert et le budget s'en est vu d'autant plus alourdi. Preuve de la gestion peu avisée de la production, le tournage de Conan the Destroyer, une production De Laurentiis, se déroulait en parallèle aux studios Churubusco Azteca, sans doute dans un souci de rentabilité. Richard Fleischer et Lynch ont évidemment souffert de cette cohabitation forcée, obligés de se partager certains équipements, Raffaella faisant son possible pour satisfaire les deux réalisateurs : " Pour une scène, sur la dune de droite il y avait Arnold Schwarzenegger sur son cheval, des barbares encornés et un squelette de mammouth, et sur la gauche les Fremens au grand complet, avec leurs distilles, en train d'escalader et de dévaler les dunes "(*5). Bénéficiant d'un très grand nombre de figurants, Lynch peine vraiment à les diriger pour créer des plans de bataille impressionnants. On sent que des efforts sont faits, notamment un jeu appuyé sur la symétrie dans l'opposition des belligérants. Mais malgré les bonnes intentions, force est de reconnaître que les scènes d'action sont cadrées et montées sans dynamisme, abusant des sauts à trampoline et faisant tristement tomber à plat le climax du film. Elles sont coordonnées par Richard Humphreys (Knightriders, Predator) et on notera la présence dans son équipe de Vic Armstrong, cascadeur génial abonné aux James Bond (de You only live twice à Die another day), également à l'oeuvre sur Superman the movie, Raiders of the Lost Ark, Conan the Barbarian, Last action hero, Starship Troopers, Charlie's Angels ou encore Gangs of New York. Mais la charge des Fremens montés sur vers n'a rien de palpitant, provoquant plutôt l'embarras chez le spectateur. Il faut dire à ce sujet que les figurants, recrutés parmi la population locale, dissimulent mal leur manque de conviction. Qu'ils soient au premier ou au second plan, on a parfois de la peine pour eux. Les seules scènes d'action qui parviennent à faire illusion sont les corps à corps réglés par le chorégraphe Kiyoshi Yamazaki (maître d'escrime également employé sur le plateau de Conan). Ainsi lorsque Paul maîtrise quelques Fremens dans la caverne où il a trouvé refuge avec sa mère et surtout lors du duel final avec Feyd-Rautha. Le découpage aurait certes gagné à se montrer plus alerte, mais les corps se meuvent avec une belle grâce qui correspond bien à l'art du combat imaginé par Herbert.

Quand aux effets spéciaux optiques, découpages, incrustations et transparences, ils apparaissent malheureusement souvent plus qu'approximatifs. Beaucoup semblent inachevés. Lors de la bataille finale, les rayons lasers qui traversent l'écran dans tous les sens donnent l'impression de ne jamais toucher leur cible. Là encore, l'évasion et la crédibilité de l'univers sont quelque peu plombées. Comme on l'a vu, ce n'est pourtant pas faute d'avoir avec soi des collaborateurs au nom prestigieux. La décision de Raffaella De Laurentiis de faire réaliser directement les effets au Mexique pour gagner du temps a sans doute joué. Seul le travail de Carlo Rambaldi apparaît vraiment réussi et irréprochable, demeurant aujourd'hui encore impressionnant.

DUNE de David Lynch / 1984

Mais l'aspect technique et les questions de logistique ne sont pas seuls en cause pour justifier l'échec du film. Nous avons loué plus haut le travail d'adaptation de Lynch. Toutefois, il ne faut pas se leurrer et notre frustration est réelle de voir certains éléments sous-exploités. La trahison de l'œuvre originale est en fait moins problématique que cette incapacité à avoir fait exister tous les personnages retenus pour le film. La nécessité d'en réduire le nombre n'est pas en cause. Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon l'écrivent assez justement : " Sur le plan de la simple intelligibilité, l'histoire est incompréhensible à qui ne connaît pas le roman, malgré un déluge d'informations complémentaires fournies par le commentaire. Les personnages, les conflits, réduits à des schémas hâtivement esquissés, n'ont aucune épaisseur, aucune force de conviction. Une dépense énorme de talent n'aboutit à créer qu'une suite de décors alors qu'il fallait recréer un univers. "(*6) En dehors du Baron, les autres Harkonnens sont inexistants. Malgré la présence magnétique de Sting, son Feyd-Rautha est réduit à un élément de décor et le défi qu'il lance à Paul à la fin et qui l'amène enfin au premier plan intervient un peu comme un cheveu sur la soupe. Lynch s'est vu contraint de réduire la longueur du métrage. La leçon lui servira puisque par la suite il exigera systématiquement le final cut, au prix de budgets moindres. Il est clair que le film souffre de problèmes de rythme. L'atmosphère envoûtante du premier acte laisse un peu le spectateur sur sa faim tandis que le second acte (la fuite de Paul et Jessica, leur intégration chez les Fremens) est un peu trop vite expédié. Les Fremens eux-mêmes, ce peuple rude et noble, manquent dramatiquement d'épaisseur. On les voit trop peu vivre. Le désert, en dehors de ses très beaux vers des sables, a assez peu de réalité. L'amour qui lie Paul à Chani n'a rien d'émouvant. Leur relation nous est donnée comme un simple constat, comme quelque chose qui était écrit et devait se réaliser. Alors que dans le roman, Paul est torturé à l'idée de conduire le Jihad, cette répression sanglante contre l'ennemi Harkonnen, le Paul du film est très vite décidé à réclamer vengeance, quel qu'en soit le coût. À partir de là, il cesse d'être un personnage auquel on puisse s'identifier, il apparaît plus distant et sans doute Lynch parvient-il à l'élever ainsi au rang divin auquel il est promis. Mais cette évolution est rendue trop peu sensible ; une telle démarche court le risque de brider l'empathie du spectateur. Ces nombreuses faiblesses seront cependant moins encombrantes pour les connaisseurs du roman.

DUNE de David Lynch / 1984

Quand bien même nous évitions sciemment l'appellation de "grand film malade", Dune conserve pour David Lynch un arrière-goût de cadeau empoisonné. Mais malgré tous les défauts qu'on peut donc imputer à la fois aux difficultés de production et au manque d'expérience du réalisateur, il n'en reste pas moins que ce film parvient à quelque chose de suffisamment ambitieux et singulier pour qu'on puisse le considérer comme un titre important dans l'Histoire du cinéma de science-fiction, si l'on accepte de considérer le genre autrement que comme un divertissement sans conséquence.

" Selon moi, les gens en voulaient plus. Ce qu'ils ont vu était fidèle à mon livre même si une grande partie est restée dans la salle de montage. Les fans de Dune peuvent imaginer les scènes manquantes, mais ils attendent toujours après ces scènes. "
Frank Herbert



DUNE VERSION LONGUE, THE SPICE MUST FLOW


En mai 1988 aux États-unis, le film est sauvagement reformaté à l'occasion d'une diffusion télévisée sous forme d'une mini-série en deux épisodes d'1h30 (hors coupures publicitaires). Des scènes éliminées du montage cinéma y sont intégrées pour la première fois. Elles sont loin d'être dénuées d'intérêt. En plus du temps de présence supplémentaire alloué à des personnages comme le Dr Kynes, Gurney (que l'on voit jouer de sa balisette), le Duc Leto ou Dame Jessica, on assiste à quelques rituels fremens qui donnent beaucoup plus de poids au second acte du récit et à l'intronisation de Paul. Celui-ci doit par exemple relever le défi lancé par Jamis, un guerrier qu'il a bousculé. Plus tard nous sera révélé le processus de fabrication de l'Eau de vie, produite par la noyade d'un Petit Faiseur. Sur ces plans, les effets spéciaux n'ont pas été finalisés et les yeux des Fremens ont perdu le bleu de l'ibad qui les caractérise. S'il est effectivement regrettable que ces scènes n'aient pas été conservées pour la version sortie en salles, parce qu'elles apportent incontestablement une dimension supplémentaire aux personnages et à l'univers dans lequel ils évoluent, les autres ajouts de ce remontage sont beaucoup plus discutables. Il s'agit pour la plupart d'éléments qui s'efforcent de rendre plus explicite l'intrigue : long et fastidieux prologue illustré, voix-off surexplicative d'un narrateur à la voix grave, scènes prolongées par des répliques lourdement didactiques. On notera également la censure des scènes les plus choquantes du film : l'arrachage de valve du serviteur Harkonnen, le crachat du Baron sur Jessica ligotée.

DUNE de David Lynch / 1984

La musique de Toto est quant à elle bien massacrée, plaquée sans aucun respect des thèmes sur toute la durée du film, transformée en tapis sonore vite lassant. Des effets de montage pitoyables s'autorisent la récupération intempestive de bouts de plan réintercalés sans aucun rapport avec leur contexte d'origine. Les séquences de vaisseaux spatiaux se voient ainsi multipliées, raccordées avec des gros plans de personnages censés être à bord. Le pire étant sans doute atteint lors des scènes de batailles où ces effets semblent vouloir multiplier le nombre de combattants en réutilisant les mêmes plans de figurants en action, rendant le montage encore plus joyeusement confus qu'il ne l'était à la base. Néanmoins les fondus enchaînés d'origine ont été conservés (les hallucinations de Paul). Enfin le recadrage au format 1.33 achève de défigurer l'œuvre de Lynch qui refusera d'être crédité au générique. Le scénario sera ainsi ironiquement signé Judas Booth, tandis que le fameux pseudonyme Alan Smithee trouvera une nouvelle occasion de prouver son utilité. Pour ses quelques scènes supplémentaires, cette version mérite d'être découverte. Mais il est peu probable que David Lynch accepte aujourd'hui de venir retravailler sur ce film maudit pour en proposer son director's cut.

DUNE de David Lynch / 1984

DUNE de David Lynch / 1984
Réactions et discussions autour du film sur notre ESPACE DE DISCUSSION



*1 David Lynch, cité in Chion, p. 63
*2 Dino De Laurentiis, cité in Chion, p. 35
*3 Lynch, cité in Chion, p. 229
*4 Lynch, cité in Chion, p. 91
*5 Raffaella De Laurentiis, citée in Chion, p. 90
*6 Coursodon & Tavernier, 50 ans de cinéma américain, p. 672




FILMOGRAPHIE DAVID LYNCH (longs métrages cinéma)
Eraserhead, 1976
Elephant man (The Elephant man), 1980
Dune, 1984
Blue velvet, 1986
Sailor & Lula (Wild at heart), 1990
Twin Peaks fire walk with me, 1992
Lost highway, 1997
Une histoire vraie (The Straight story), 1999
Mulholland drive, 2001
Inland empire, 2006


BIBLIOGRAPHIE
Michel Chion, David Lynch, éd. Cahiers du cinéma, Paris, 1992

Le Cycle de Dune de Frank Herbert est édité en poche chez Pocket. Il comprend :
- Dune, 1963-1965
- Le Messie de Dune (Dune messiah), 1969
- Les Enfants de Dune (Children of Dune), 1976
- L'Empereur-dieu de Dune (God emperor of Dune), 1981
- Les Hérétiques de Dune (Heretics of Dune), 1984
- La Maison des mères (Chapterhouse Dune), 1985


INTERNET
Dunivers.com
Dune wiki

Fiche imdb du film


DUNE de David Lynch / 1984
DVD
L'édition de référence en Z2 est l'ultimate edition d'Opening contenant 3 disques. Images et sons superbement remasterisés, documents à l'intérêt réel et présence dans une qualité moindre mais néanmoins regardable de la version longue télévisée.
Format image : 2.35:1 anamorphique
Son : Anglais, Français (5.1 Dolby digital, DTS)
Sous-titres : Français




Vendredi 22 Décembre 2006

Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte


1. Posté par angel le 13/04/2008 17:07
Vraiment félicitations pour ton travail Dune n'est pas assez vu, et compris quel dommage
http://http://une-vie-de-reve.diblogotus.com/

2. Posté par N'Usul le 10/05/2008 22:57
Bravo pour ce texte, vraiment tres poussé en analyse.

Même si en pur fan-boy, je serais moins négatif sur l'aspect général du film. Pour moi Kyle à toujours été l'idée que je me faisait de Paul, Kyle a ce carisme fulgurant à l'écran qu'il porte en lui le personage.

Les effets spéciaux un peu kitch pour certains (je ne met pas du tout les boucliers dedans, qui sont tres bien pensé) sont vites oubliés par la beauté des décors!

Je l'ai vu en bluray dernierement et ce fut une redecouverte
http://www.nusul.com

3. Posté par VINCE le 18/09/2008 18:24
Un chef d'œuvre ! Innégalable ! Immortel !!! Félicitation M. LYNCH

4. Posté par Amaury le 03/10/2008 11:24
Je n'ai vu 2 fois au cinema que 2 films : - Dune (a 12 ans, quelle claque !)
- Amelie Poulain (en prenant bien soin d'eviter la promo auparavant, quelle claque !)

Ah oui, Jamais au grand Jamais je ne regarde les bandes-annonce....je prefere les surprises.


5. Posté par Thierry le 21/10/2008 22:37
vraiment super ce site !! félicitations ;)

(je cherche la même coupe de blouson cuir que les fremens, quelqu'un saurait ou en trouve ??? ;)

6. Posté par Patrixe le 24/01/2009 13:27
Vraiment bien construit, info précises, rien à redire
J'ai vu la nouvelle version en 2 coffrets ainsi que la version 1984 cinéma resortie dernièrement
Je ne m'en lasse pas
il faut vraiment prendre le temps de lire le livre, c'est ainsi que l'on apprend que toute l'histoire se déroule dans notre futur à près de 10000 ans et que l'ordre religieux unique a été une réponse à la multitude de religion et des guerres qu'elles ont engendré
Herbert est un visionnaire
(s) Un fan

7. Posté par Brad le 07/02/2009 17:18
Le film dune est un excellent film, mais malheureusement les gens ont tendance à aimer les films moin compliqué et moin enigmatique que Dune.Pour moi Dune est une projection dans un futur très probable.... Pour qulqu'un qui a bien étudié les différentes religions....Il peut très bien comprendre la signification de ce film.

Mille bravo pour toute l'équipe de dune

8. Posté par Thibault le 16/02/2009 17:06
Exposé très intéressant, riche est bien écrit.
Concernant le film en lui même je vais malheureusement être moins élogieux que les commentaires précédents. Je suis surement moins sensible au coté artistique du film, celui ci étant plus vieux que moi, je l'ai en plus vu assez jeune. Mais plus que l'age, ce qui a posé problème c'est que j'avais déjà lut Dune (je l'ai eu en mains à 8/9 ans), si le film suit dans les grandes lignes l'intrigue principale, celle-ci se trouve simplifié à l'extrême voire caricaturé (notamment la baron, présenté comme une simple brute mais qui fait preuve dans le livre d'une grande subtilisée, ou les files ininterrompues de vaisseaux entrant dans le long courrier). Pour moi le film est loin de représenter le génie de l'œuvre initiale. De plus le film, comparé à d'autres comme starwars, a très mal vieilli visuellement.
Pour ne pas condamner injustement le pauvre david, j'avoue quand même avoir pris du plaisir par moment, certaines scènes comme le survol du désert au début était tout de même très belles. De plus le vraie problème de ce film est avant tout que Dune est une œuvre extrêmement dure à transcrire au cinéma, surtout dans un film aussi court, et je doute qu'une grosse production moderne y arrive.

9. Posté par N'Usul le 18/02/2009 07:13
Thibault: Moi je trouve que Dune a mieux vieilli que star wars en deux points:
- les effets spéciaux dans dune ne sont pas nécessaires, l'histoire est suffisamment envoutante pour ca. Alors que dans SW c'est vital, sinon l'histoire est plate...
- Dans Dune, le jeu d'acteur (pour les princpaux) reste d'actualité et il y a une réelle incarnation de Kyle. Dans SW je ne sais pas si Hamill peut être mis dans la catégorie acteur? :-)

Mais bon je suis ultra subjectif...
http://www.nusul.com

10. Posté par Thibault le 19/02/2009 11:08
Bonjour N'usul
Si j'ai pris l'exemple de strar wars, c'est que les effets spéciaux, même si ils sont moins impressionnant que les fims plus récents, sont toujours agréable à regarder (même plus que les images de synthèse actuelles), mais aussi que l'esthétique (décors, costumes, designs) est toujours d'actualité (en grande partie parce que Star wars a influencé la vision que le publique de fait de la SF). Non pas que Dune est visuellement moche, mais en tant que spectateur j'ai l'impression qu'il est sortie cinq ans avant. Quoi qu'il en soit ce point n'est pas vraiment l'aspect principal de ma critique, mais il peut décourager les jeunes spectateurs (ce qui n'est pas plutôt stupide en soi d'ailleurs).

Pour les acteurs tu es sans doute mieux placé que moi pour en juger, le jeu dans l'un ou l'autre film na m'a pas vraiment marqué sur le coup (trop jeune quand j'ai vu les deux films sans doute), mais les deux rôle principaux ne sont pas vraiment comparable: Luc est un type ordinaire entrainé dans une grande aventure, Paul est tout sauf un type ordinaire, cela permet sans doute une interprétation plus poussée.

La différence majeur aussi entre ces deux film, est que l'un est une œuvre inventée de toute pièce, nouvelle, qui ne pouvait décevoir personne, et qui ensuite été prise comme référence, l'autre est une adaptation d'un roman (et quel roman !) qui suscitait une attente énorme et qui avait de grande chance de décevoir les fans (j'ai rarement vu une bonne adaptation de roman au cinéma), et c'est ce qui m'est arrivé, mes attentes était trop grande et j'ai été déçu. Je pense que si j'avais vu le film avant de lire le livre je l'aurai bien mieux accueilli, admirant l'originalité des décors, la force de l'histoire, j'aurai surement moins fait attention a ses défauts (les nombreuses scènes qui n'apparaissent pas, et ces horribles "modules étranges").

11. Posté par N'Usul le 19/02/2009 21:47
En fait mes problemes (plus ou moins ;) ):

- J'ai préféré le film au livre
- C'est aujourd'hui encore mon film préferé fantastique (à la limite de l'idolatrie)
- J'aime bien star wars, mais ca n'a jamais été à mes yeux une série anthologique
- Je préfere les 3 derniers star wars aux anciens :)
- J'attache énormement d'importance au jeux d'acteurs. Et là, ils m'ont transporté. Dans SW je me suis lamenté...

Mais ca n'est qu'un querelle de cloché :)
http://www.nusul.com

12. Posté par Aska le vilain le 11/03/2009 23:49
Une simple question : que peut comprendre de Dune un enfant de 9 ans ?
Quand à l'esthétique je renvoye tout le monde au concept de "steampunk" qui est une vision anti-technicienne de la litterature d'anticipation. Désolé s'il manque un sabre laser par-ci, un R2D2 par là, mais 10191 ans après le Jihad Butlérien ces absences sont logiques.
Il faudrait enfin tordre le coup au mythe de "l'adaptation"...!!! Lynch, pas plus que Ridley Scott ou Jodorowsky n'a jamais voulu "adapter"... Le langage cinématographique doit être pris au sérieux, il a ses propres références et sa propre grammaire. attendre un décalque servile de l'écrit est d'une puérilité sans nom...
Pour continuer, lire Vinge, Chion et Naha.
http://rakis.coinpomme.com

13. Posté par Thibault le 12/03/2009 18:47
Je crois que l'on m'a mal compris, j'ai pris Star Wars non pas comme une référence, mais à titre d'exemple. Ces deux films sont deux films de SF, sont sortis à la même période et sont très différent l'un de l'autre. Je ne suis en aucun cas un fan inconditionnel de Star Wars (mais plutôt du livre de Frank Herbert).
Ce que peut comprendre de Dune (le livre) un enfant de 9/10 ans ? Pas mal de chose en fait, je ne prétend pas avoir saisi à l'époque toutes les subtilités de l'œuvre (que je relis depuis dix ans), mais j'en ai retenu les faits, certains symboles et métaphores; c'est d'ailleurs plus tard que j'ai vu le film.
Ce que je regrette ce n'est pas R2D2 ou un sabre laser, en regardant le film je savais que Dune est bien plus qu'un simple étalement technologique (celle ci étant très contrôlée), mais quand je dis esthétisme, c'est l'aspect visuel global, qui plait à certain et pas à d'autres, pour moi plusieurs éléments ne me plaisent pas(l'ornithoptere, certains costumes, les files ridiculement longues de vaisseaux spatiaux ...), question de gouts.
Pour ce qui est de "l'adaptation" du film ou de son "interprétation" par l'auteur c'est un débat que j'hésite à aborder, je ne suis peut être pas un assez bon cinéphile, certains vont voire un film pour "voire" leur livre (comme moi), mais je ne pense pas que cela soit incompatible avec le travail artistique d'un réalisateur, celui ci pouvant travailler sur tout ce qui n'apparait pas dans le livre (jeu d'acteur, tout le travail visuel ...) ou même y rajouter sa propre réflexion (tant qu'elle ne dénature pas celle de l'auteur, c'est mon avis).
Pour finir je pense que vous êtes tous de bien meilleurs spécialistes en septième art que moi, me messages viennent juste exprimé mon opinion en tant que spectateur critique, Dune de Lynch n'est pas un mauvais film, j'en attendait beaucoup (trop) et il ne correspondait pas à mes attentes. Je vous remercie tout de même de m'avoir répondue, vos avis et cet article m'ont rendue bien plus indulgent envers ce film.

14. Posté par Aska le vilain le 12/03/2009 20:23
Pardon, je ne voulais pq être blessant, je suis parfois un peu brute de décoffrage !
Ton avis [entre herbertians on se tutoye ;-) ] est légitime. Il est même majoritaire au sein du fandom et c'était déjà le cas en 1984. À tel point que frank herbert s'était cru obligé de défendre le film dans son recueil Eye, ainsi que dans la presse.
L'esthétique steampunk (je te laisse googleïser ou wikiser tout ce que ça recouvre) est très liée à l'influence néo-spenglérienne qui caractérise des courants aussi divers que les dystopies (1984/Farenheit), le cyberpunk (Neuromancien) ou les planet-opera contre-utopiques comme Dune. Il s'agit de montrer que le futur n'est pas nécessairement inscrit dans une vision idyllique de progrès irénique et idyllique. Bref, le monde de demain ne ressemble pas obligatoirement au décor léché et coloré des gentils vaisseaux de Star Trek. De ce point de vue Lucas en grand admirateur de Dune a bien compris que le futur pouvait être parfois un "futur antérieur"! Jameson a écrit des choses merveilleuses là-dessus. Reste que Lucas montre une dépendance excessive aux canons du monomythe campbellien : une sorte de grammaire du héros, des archétypes et des situations nécessaires à son accomplissement. Or Herbert, comme Lynch, se sont acharnés à briser le délire adolescent du roman d'apprentissage (Bildungsroman allemand ou Shonen japonais) pour lui substituer un long récit de dévoilement de l'inanité du messianisme. On comprend que cela ne plaise pas toujours : Campbell (l'éditeur, pas l'anthropologue) refusa avec horreur de pré-publier Messiah, tandis que Dino de Laurentiis charcuta à ce point le montage du film que ce dernier n'est plus qu'une vulgaire ode au superhomme omniscient. La vérité est qu'il devait en être tout autrement. L'esthétique du film, pour ne retenir que ce seul aspect des choses, dénonçait ainsi le théâtre de marionnettes des pantins féodaux tous droit tirés de Sylvanie ou d'une version kitsch de Sissi impératrice, le décor néo-saxon tout en lignes spartiates faisant contraste avec les dorures vulgaires de Kaitain, ses nains à la Velazquez, sans oublier duègnes, mantilles et crinolines...Évidemment, quand on joue à briser les "codes" d'un genre on se condamne à être compris de peu de personnes. L'art plutôt que l'entertainment.
D'autres analyses sur le forum DAR (De Dune à Rakis) / Section Atelier d'écriture / Fil Concordance
http://rakis.coinpomme.com

15. Posté par Kwisatz Haderach du 61 le 23/03/2009 14:46
Dune a tout changé pour moi.Je suis devenue un très grand fan.Le livre de Herbert est magnifique et le film de Lynch et monstueusement magistral tant la poésie y est grande.Quand le film est fini,on est triste de quitter un monde si magnifique,sniff...

Vivement le remake de Peter Berg !!Je conseil à ceux qui veulent lire le livre de dabord voir le film,comme je l'ai fait.
http://rakis.coinpomme.com

16. Posté par Kwisatz Haderach du 61 le 23/03/2009 14:55
Entièrement daccord avec toi N'Usul !!!!!!!!!!!

Dune éclate largement Star Wars.

Dis moi si tu vivais dans le monde de Dune, à quelle grande maison appartiendrais-tu ?Moi je n'appartiendrait à aucunes maisons mais plutôt aux Fremens.
http://rakis.coinpomme.com

17. Posté par aska le vilain vilain le 23/03/2009 15:18
je viens de me relire, c'est illisible...il faudrait prendre le temps de détailler ça sur plusieurs pages...
bon ! notez bien la nouvelle adresse DU forum francophone de Dune
http://forum.rakis.be/

18. Posté par Kwisatz Haderach du 61 le 22/06/2009 14:01
Juste, si vous aimez Dune, vous aimerez Le Clan des Otori, qui est à ce jour mon livre préféré (adresse du site officiel www.leclandesotori.com/ ).
C'est un peu le seigneur des anneaux version Japonais = EXCELLENT.
En plus, il vont en faire un film.

En tout cas pour Dune, vivement le remake de Peter Berg.
http://rakis.coinpomme.com

Nouveau commentaire :

B i u  QUOTE  URL

Films Etudiés | Coups de Coeur | Theories