EXPLORERS de Joe Dante / 1985
Produit par Paramount
Scénario : Eric Luke Photographie : John Hora Musique : Jerry Goldsmith Conception des créatures : Rob Bottin Avec : Ethan Hawke (Ben), River Phoenix (Wolfgang), Jason Presson (Darren), Amanda Peterson (Lori), Dick Miller (Charlie), Robert Picardo (Starkiller, Wak, père des aliens), James Cromwell (père de Wolfgang), Eric Luke (prof de Darren) Suite au phénoménal succès de Gremlins, Joe Dante est devenu la coqueluche de Hollywood, responsable d'un des films les plus rentables de son temps. La Warner tente alors de l'intéresser en vain à son nouveau gros projet : l'adaptation cinématographique de Batman (on sait qui en héritera finalement). Mais c'est la Paramount, et en son nom Jeffrey Katzenberg, qui va emporter la mise avec Explorers. Le scénario d'Eric Luke plaît très vite à Dante qui se met au travail avec enthousiasme. Mais en pleine production, Katzenberg est appelé à rejoindre Disney, laissant ainsi le chantier sous la responsabilité d'une nouvelle équipe et transformant en cauchemar ce qui s'annonçait comme une partie de plaisir.
On comprend que Dante ait été séduit par le récit proposé. Explorers met en effet en scène des héros typiques de son univers. Trois enfants en décalage avec leur environnement et fans de sous-culture. Les rêves de Ben sont nourris par les vieux films de science-fiction que diffuse une télévision allumée même la nuit, influençant directement son inconscient, exactement comme les extraterrestres qu'il va rencontrer. Le début du film nous le montre s'endormant sur The War of the Worlds (Byron Haskin, 1953). On retrouvera ce personnage de gamin banlieusard et cinéphile dans Small Soldiers. Le protagoniste de Matinee est quant à lui un spectateur contemporain de ce même cinéma (l'action étant située dans les années 50), et on ne prendra pas trop de risques en y voyant un portrait à peine déguisé du jeune Joe Dante (Matinee étant sans doute son film le plus directement autobiographique).
Dante appartient en effet à la même civilisation de l'image que ses personnages. De la même manière qu'un Spielberg, il se débrouille toujours pour placer dans le corps de ses oeuvres des écrans de télévision qui passent ses films préférés, avec une tendance marquée pour ces séries Z dont il est friand (citations qui sont ici tout à fait à leur place puisque ce sont précisément ces visions qui, pour les aliens, seront un reflet de l'humanité). Et lorsqu'il ne cite pas des films authentiques, il les crée de toutes pièces. Ainsi Starkiller, l'irrésistible pastiche de SF-spaghetti à la Starcrash projeté lors de la scène du drive-in, mimétique jusque dans la mauvaise synchronisation du doublage (autre exemple plus tardif : le troublant Mants, le film dans le film de Matinee). Notons également l'amusant hommage rendu au cartoonist Chuck Jones, une des influences les plus importantes et revendiquées du cinéaste, avec le Charles M. Jones High School où vont étudier les enfants.
Le cinéma permet de vivre par procuration. Explorers nous convie à une véritable traversée du miroir, ou plutôt de l'écran. Ce film, l'un des plus personnels de son auteur, est d'autant plus intéressant qu'il contient une inattendue critique de sa propre cinéphilie et du pouvoir des images, devenues à notre époque le seul référent pour comprendre le monde alors que leur vérité est souvent factice. Les personnages eux-mêmes se retrouvent à vivre une aventure digne de celle des films qu'affectionne Ben. Au détour d'une scène, il cite This Island Earth (Les Survivants de l'infini, 1955). L'allusion n'est pas gratuite. Eric Luke a reconnu s'être inspiré de cette oeuvre phare du ciné SF 50's pour son scénario. Dans ce film de Joseph Newman, les héros fabriquaient une machine dont ils ignorent la finalité et qui se révèle être un instrument de communication avec une civilisation extraterrestre sur le déclin. Dans Explorers, Ben rêve des composants de cette machine, qu'il communique à Wolfgang (le principe sera encore repris dans le très beau Contact de Robert Zemeckis, autre cinéaste cinéphile issu du même moule que Dante). Les enfants sont ainsi littéralement projetés dans un récit de science fiction qui épouse les schémas narratifs des classiques du genre. Leur réalité se confond pour un temps avec l'illusion. Le vaisseau spatial qu'ils fabriquent de bric et de broc en est la parfaite illustration, littéralement absorbé le temps d'une scène par le film de drive-in, puis projeté hors de l'écran pour rejoindre les étoiles. Le spectateur est ainsi amené à se délecter de cette vertigineuse mise en abyme, relecture très premier degré de tout un imaginaire cinématographique. Dans Gremlins et sa suite, Gizmo ne se rêve-t-il pas en Clark Gable puis en Rambo, singeant les actions de ces deux icônes, les transposant dans la réalité avec succès ? Dans Explorers, derrière le filtre hollywoodien, la réalité va cependant s'avérer désespérément triviale.
En effet, la rencontre du troisième type aura bien lieu mais laissera les enfants totalement frustrés. Les deux extraterrestres, Wak et Neek, n'auront strictement rien à apprendre aux enfants et se révèleront même incapables de communiquer. Wak n'est qu'un récepteur sur pattes, une sorte de zapping monstrueux, un show à lui tout seul qui n'est au fond pas très dépaysant. Il est parfois drôle, certes, mais surtout quelque peu inquiétant. Des extraits du Jour où la Terre s'arrêta et de À des millions de kilomètre de la Terre montrent les humains en lutte contre des extraterrestres. Pour Wak et Neek, ces images sont une mise en garde contre l'accueil que pourraient leur réserver les Terriens. Ben sera incapable de faire saisir la nuance, tant il est vrai que son peuple ne cache pas par ailleurs un goût marqué pour la guerre. Du point de vue d'un système de pensée autre, fiction et actualité n'ont soudain plus de frontière. Les images ne peuvent être mises en doute. Jusqu'ici Ben a toujours su faire la distinction entre artifice et réalité, et le comportement de Wak le consterne plus qu'il ne l'amuse. On dit parfois que la télévision fait fondre le cerveau, Wak semble en être la preuve. Comme l'écrit très justement Charles Tesson : " Wak est un peu le double monstrueux du cinéphile que Ben pourrait devenir, auquel il n'a pas forcément envie de ressembler. Il lui offre le spectacle d'un répondeur automatique qui débite en tranches les images qu'il a ingurgitées, tel un Gizmo adipeux et immature à qui la boulimie du cinéma n'aurait pas trop réussi. " Bref, l'abus de films est dangereux pour la santé (cinéphiles de tous pays, vous voilà prévenus !). Ben est parti la tête pleine de questions existentielles (sommes-nous seuls ?). La réponse obtenue n'est pas très satisfaisante. Pour sa part de mystère non résolu, le rêve se révèle au final bien plus beau que sa réalisation.
La dimension onirique est constamment au premier plan. Dans son mélange constant entre réalité et imaginaire, vérité et fiction, on finit par ne plus trop savoir ce qui est du domaine du songe et ce qui appartient à la "vraie" vie. Le film s'ouvre et se ferme sur un même rêve de vol, le premier mettant en scène Ben tout seul, le dernier étant collectif, avec les trois enfants auxquels est venue se joindre la jeune Lori. Dans ce final, Ben rejoint totalement les héros de l'enfance : son vol nocturne au-dessus de la ville fait penser à Peter Pan, et son poing tendu en avant imite la pose mythique de Superman (cette dernière image étant assez grisante, joliment soutenue par le thème de Jerry Goldsmith). Communion cosmique, appel à plonger dans l'imaginaire... Au fond, on pourrait très bien considérer que le film entier n'est qu'un rêve, peuplé de tout l'univers personnel de Ben. La machine volante extraterrestre ne lui a-t-elle pas permis de vivre un fantasme, en allant espionner Lori à sa fenêtre ? De même, l'exploration de l'intérieur du vaisseau extraterrestre avec ses décors extravagants et ses mécanismes sans logique s'apparente à une promenade qui oscillerait entre le rêve et le cauchemar.
Derrières ses apparences de film d'aventures familial, Explorers traite ainsi du mensonge et de la dissimulation. Pour réaliser leur expérience et vivre leur rêve, les enfants ne cessent de donner le change à leurs parents (les extraterrestres feront de même), systématiquement laissés à l'arrière-plan tout simplement parce qu'ils ne comprendraient pas. Wolfgang manque à plusieurs reprises de pulvériser sa maison, sans que sa famille, fort nombreuse, ne s'en inquiète vraiment. A l'origine, Dante avait tourné davantage de scènes montrant les parents de Ben et de Darren, qu'il a éliminé au montage. L'aventure ne leur est pas destinée. Ce sont réellement les enfants les héros. D'ailleurs de nombreux plans, par leur cadrage, suggèrent clairement un point de vue proche d'un regard d'enfant. Même le personnage de Dick Miller, un temps présenté comme une menace typiquement adulte, s'avèrera finalement être un double de Ben (encore un), ayant grandi sans avoir pu réaliser son rêve. Pilote d'hélicoptère, on le voit ainsi dans son appartement avec des maquettes de fusées à l'arrière-plan. Il est proche en cela du personnage de Peter Coyote (Keys), dans E.T., qui est révélé tardivement comme partageant sincèrement la même fascination qu'Elliot. C'est pourquoi Miller est le seul à découvrir le secret du trio. On lit parfaitement l'émerveillement dans son regard lorsqu'il assiste au décollage du vaisseau spatial. Son personnage, bien que brièvement présent à l'écran, apparaît ainsi comme foncièrement émouvant, loin des rôles de faire-valoir comique auxquels on l'associe souvent.
Le film ne fonctionne donc pas sur le schéma classique qui oppose bons et méchants, à l'image du vaisseau extraterrestre qui inquiète par sa bizarrerie mais s'avèrera finalement sans danger et presque aussi ridicule que ses occupants. Wak et Neek sont complètement inoffensifs. L'araignée mécanique qui accueille les enfants effraie d'abord avant de faire sourire puis d'agacer par son comportement à la limite du burlesque. À l'arrivée du père extraterrestre, Wak tente encore une fois de faire jouer le référent cinématographique en tentant de le faire passer aux yeux des Terriens pour un pirate de l'espace, mais là encore, la réalité sera bien plus triviale. Les enfants aliens ont simplement fait une fugue et se font gronder. À chaque fois, la menace ne dure qu'un temps. À chaque fois, une situation cliché nous est proposée avant d'être désamorcée. Le seul personnage qui pourrait à la rigueur incarner l'archétype du "méchant" est le sale gosse du collège qui rosse Ben au début du film, brute sans cervelle vite éjectée des préoccupations du scénario. Aussi, on pourra considérer Explorers comme un des films les plus intelligents consacrés au monde de l'enfance, vivement conseillé à tout âge.
Parlons maintenant de l'interprétation. Si le film a autant de charme et de fraîcheur, c'est en grande partie grâce à la vérité de jeu du trio d'enfants, à leur complicité. Certains plans réjouissent par le naturel des jeunes interprètes. Lorsqu'ils baptisent leur véhicule par exemple, le lancer de bouteille d'Ethan Hawke lui procure une joie qui apparaît tellement spontanée qu'on a l'agréable impression de surprendre une émotion authentique. Dante s'est efforcé de favoriser une dynamique de groupe, fondée sur la propre personnalité des acteurs choisis, en résonance avec le caractère de leurs personnages respectifs. Pour un film mettant en scène des enfants, l'étape du casting est primordiale et Dante a personnellement assisté aux auditions.
Né en 1970, Ethan Hawke a commencé très tôt par faire du théâtre. Il déclamait déjà du Shakespeare sur les bancs de l'école. Il est la pièce maîtresse d'Explorers , son visage exprimant merveilleusement la candeur et la volonté qui seront le moteur du film. Car Ben est un personnage qui non seulement n'a pas perdu le goût du rêve, mais surtout qui continue à y croire. Quatre ans plus tard, Hawke se fera davantage connaître du grand public avec son rôle de garçon timide dans Dead Poets Society (Peter Weir, 1989) et poursuivra la carrière qu'on lui connaît, plutôt orientée films d'auteur, passant à deux occasions derrière la caméra. Un peu comme Wolfgang, River Phoenix est fils d'une famille nombreuse un peu hippie, un peu saltimbanque, et partageant une attirance suffisamment affirmée pour la comédie puisque son frère Joaquin et sa soeur Summer iront à leur tour sous les feux de la rampe. Après quelques apparitions dans des séries télévisées, il rejoint le plateau de Joe Dante puis fera à nouveau briller son talent dans le Stand by me de Rob Reiner (1986), inoubliable chronique de l'enfance adaptée d'un roman de Stephen King . En marge d'Hollywood, acteur bohème, il aura l'honneur d'incarner dans le prologue d'Indiana Jones and the last crusade (1989) le jeune archéologue-aventurier, avant de donner sa prestation la plus bouleversante dans My own private Idaho de Gus Van Sant (1991) et de décéder d'une overdose en 1993, âgé de 23 ans. Avant Explorers, Jason Presson a déjà joué au cinéma un rôle d'enfant taciturne dans The Stone boy (Christopher Cain, 1984), entouré de Glenn Close et Robert Duvall. Il fera par la suite un peu de télévision et quelques films sans jamais vraiment percer. On le croisera néanmoins une nouvelle fois dans l'univers de Dante lors d'une apparition complice dans Gremlins 2.
Concernant le reste de la distribution, en plus de Dick Miller que nous avons déjà évoqué on retrouve Robert Picardo, autre figure emblématique du cinéma de Dante, qui incarne ici pas moins de trois personnages : le capitaine du film Z italien Starkiller, l'extraterrestre Wak et son père (il fait également la voix du père alcoolique de Darren, toujours hors champ). Sa capacité à improviser en fait un interprète idéal pour Wak, son texte n'étant qu'une suite de répliques de films cinéma et publicitaires. Il livre une performance réellement jubilatoire, en totale roue libre et en cohérence parfaite avec son rôle. Les géniaux costumes de latex de Rob Bottin le firent suer des litres d'eau, torture dont il avait déjà une certaine habitude. Picardo est un partenaire infiniment précieux pour Dante puisque c'est tout simplement un des comédiens les plus aptes à porter des prothèses et combinaisons de latex pour incarner parmi les plus belles créations des studios d'effets spéciaux de maquillage d'Hollywood. Rob Bottin avoue être lui-même admiratif de son travail, de sa capacité à rendre expressif le latex. C'est d'ailleurs en compagnie de Dante et Picardo que Bottin s'est fait remarquer à Hollywood avec son travail sur les loups-garous de The Howling (1981). La même année qu'Explorers, Picardo et Bottin composeront encore la magnifique et terrifiante créature des marais dans le Legend de Ridley Scott (1985).
Pour les décors, Dante a la chance de travailler avec de prestigieux vétérans. Sont ainsi crédités en tant que production designer et décorateur de plateau Robert Boyle (North by northwest, The Birds, Fiddler on the roof) et George Nelson (Little big man, The Godfather part II, Apocalypse now, Hammett, The Right stuff). Et c'est au directeur de la photographie John Hora qu'incombe la tâche de les filmer. Hora a rencontré Dante sur le plateau de The Howling et apparaîtra dès lors au générique de la majorité de ses productions. Il sait parfaitement souligner la poésie d'une séquence, la peur d'une autre, et capturer l'atmosphère paisible et rêveuse des paysages naturels (la forêt en bordure de la banlieue). Mais dans ce domaine, les plus belles scènes du film, les plus remarquables, sont assurément celles du vaisseau extraterrestre dont la bizarrerie des décors et les éclairages baroques évoquent explicitement le Technicolor des années 50 (Les Survivants de l'infini, Les 5000 doigts du Dr T.) ou l'esthétique de Mario Bava (La Planète des vampires), dont Hora partage le goût avec Dante.
On l'a déjà constaté, Dante aime travailler en famille. On ne surprendra donc plus personne en notant la présence de Jerry Goldsmith, indispensable et désormais regretté compagnon rencontré sur le sketch de The Twilight zone : the movie (1983). Après avoir brillamment transformé l'essai sur Gremlins, le père Jerry livre ici une partition particulièrement dynamique et riche par ses atmosphères, Dante insistant pour donner au score une tonalité mélancolique. Un des passages les plus jouissifs, plein d'une malice enfantine, est peut-être celui accompagnant la fabrication du vaisseau (The Construction), avec son montage typique à la Agence tous risques, qui exprime à la fois la force de volonté des enfants et la concrétisation de leurs rêves. Le thème, de martial devient lyrique, aérien, jusqu'à l'envol du véhicule. Goldsmith crée une de ces mélodies qu'on garde en mémoire et qu'on se plaît à fredonner une fois le film terminé, l'air ravi.
Le tournage se déroulera entièrement en Californie, d'octobre 84 à février 85, tant en extérieur qu'au sein des studios Paramount. Dante devra faire face à un timing extrêmement serré puisqu'avec le changement de l'équipe de production, la sortie du film est brutalement avancée obligeant ainsi à réécrire le scénario en cours de route et à mettre en boîte des séquences alors que décors et effets spéciaux sont loin d'être finalisés. Destiné à être son blockbuster de l'été, la Paramount a énormément misé sur le film, mais la seule chose qui compte désormais pour son service marketing est la date de sortie. Dante a la désagréable impression d'être revenu au temps de New World, au rafistolage et à l'amateurisme.
ILM parviendra cependant miraculeusement à tenir les délais de postproduction. Le film s'ouvre sur des images de synthèse à la Tron, qui démarrait lui-même sur un générique semblable. Grosse maison de production, budget confortable, réalisateur en état de grâce. Explorers s'annonçait comme un superbe terrain de jeu pour la compagnie de George Lucas, surtout entre les mains de véritables pointures en matière d'effets spéciaux. Nommé responsable des effets visuels, Bruce Nicholson a en effet fait ses preuves sur la première trilogie Star wars, les deux premiers Indiana Jones, mais aussi Poltergeist ou L'Histoire sans fin. Les matte paintings sont l'oeuvre de Michael Pangrazio (E.T., Dark crystal, Starman, Dragonslayer). On sent, dans certains plans composites, que la finition a été un peu bâclée. Les incrustations semblent parfois un peu approximatives. Le travail est cependant d'une réelle qualité. Mais ce sont surtout les effets mécaniques réalisés live sur le plateau qui se distinguent, notamment toute la scène de la petite sphère du champ de force qui traverse et dévaste la cave de Wolfgang. La synchronisation et le réalisme des effets sont stupéfiants, qui plus est remarquablement mis en scène, et demeurent aujourd'hui bien plus impressionnants que s'ils avaient été réalisés numériquement.
Pressé par le temps, Dante est condamné à passer des nuits blanches sur sa moviola, faisant sauter de nombreuses scènes. Il s'était embarqué sur un projet qui lui tenait à coeur et pour lequel il n'y avait pas de personne plus qualifiée que lui. Et c'est déchiré qu'il s'astreint désormais aux exigences du studio et qu'il voit son film lui échapper. Il exprime son état d'esprit dans un mémo au ton désabusé : " Je n'accepte que parce que j'ai compris que le studio a décidé de sortir le film le 12 juillet, avec ou sans ma coopération, terminé ou inachevé, en contradiction flagrante avec la date spécifiée dans mon contrat. En fin de compte, mon besoin de rester avec le film l'emporte sur mon envie de suivre ceux qui me conseillent de traîner l'affaire devant la justice. Je ne peux pas supporter de voir un an de travail m'être arraché dans les dernières semaines de finition. Je dois mieux que cela à moi-même et à tous ceux qui ont travaillé sur ce film. " Au final, Dante estime que le résultat obtenu est un tout autre film que ce qui était prévu. L'expérience sera douloureuse mais malheureusement pas unique puisque le réalisateur la vivra à nouveau, mais en pire, avec Small soldiers. Il est d'ailleurs étonnant de constater que si l'on ignore ces conditions de travail déplorables, ces deux films arrivent à vraiment bien tenir la route et constituent d'authentiques réussites qui ne dissimulent rien de la voix de leur auteur (The ‘Burbs, à la production tout aussi chaotique, est quant à lui bien plus boiteux).
Annoncé fièrement comme " le nouveau film du réalisateur de Gremlins ", Explorers écope d'une promotion catastrophique. Sorti le 12 juillet 1985, retiré au bout de 2 semaines, le film aura rapporté 7,4 millions de dollars soit le tiers de sa mise. Dante voit ainsi enchaîner son plus gros succès avec son plus éprouvant fiasco. La thématique du film n'est sans doute pas pour rien dans le rejet du public et la difficulté du service marketing de la Paramount à le vendre. Dante en convient : " (Ben) espérait apprendre les secrets de l'univers et en fin de compte, il n'obtient qu'une copie carbone de lui-même. C'était un concept assez peu spielbergien... en fait, c'est de l'anti-Spielberg. Le film va contre l'idée qu'on regarde les étoiles en y cherchant Dieu, alors que tout va bien ici et maintenant. Et le public a été déçu, comme l'étaient les enfants dans le film. "
Blessé par cette épreuve au goût amer, Dante décide de fonder "Renfield", sa propre société de production, en association avec son producteur de longue date Michael Finnell. Les deux hommes ont fait leurs débuts ensemble au sein de New World et collaboreront très régulièrement à partir de The Howling. Renfield établira un partenariat avec Warner Bros et c'est sous cette nouvelle houlette que les opus suivants de Dante verront le jour. Direction le forum pour en discuter !
Toutes les citations sont extraites de l'ouvrage Joe Dante et les Gremlins de Hollywood , Éd. Cahiers du Cinéma/Festival international du film de Locarno, 1999 - Lire la chronique
Fiche imdb du film
Paramount a édité le film en DVD en 2004 dans une édition minimale. Diffusion télévisée et VHS proposaient le film augmenté de deux scènes, que ce DVD ne présente inexplicablement qu'en supplément en tant que scènes coupées. La qualité d'image et de son est néanmoins tout à fait appréciable.
Format image : 1.78:1 anamorphique Son : anglais 5.1, français, espagnol, allemand, italien surround Sous-titres : français, anglais et une dizaine d'autres Mardi 10 Janvier 2006
Elias Fares (Max Schreck)
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