CINETUDES
Jeudi 15 Mai 2008
0:23

Le Bond Diplomatique - 2e

Les Années 80 : ROMPRE LA GLACE



Le Général Gogol, chef du KGB bondien de 1977 à 1987
Le Général Gogol, chef du KGB bondien de 1977 à 1987
Avec Rien que pour vos Yeux, la série vient donc s'écraser dans la réalité des années 80, qui n'est donc plus vraiment un monde parallèle de mégalomanes dans leur base secrète (pour raisons budgétaires). Le début de Rien que pour vos Yeux en est une profession de foi, lorsque Bond défénestre un Méchant chauve ressemblant curieusement à Blofeld, le chauve ami des chats, chef du Spectre. Roger Moore devenant de plus en plus quinquagénaire, les films prennent un ton plus conservateur avec Bond vu plus que jamais comme une institution aussi britannique que Big Ben ou Thatcher, et accusant son âge. Le politique prend un coup de froid, puisque Rien que pour vos Yeux est le seul film de la série où les Russes sont désignés explicitement comme les seuls ennemis du scénario.

Dans cette course pour un McGuffin vital pour les intérêts anglais, le chef du KGB – le Général Gogol – allié de circonstance dans L'Espion qui M'Aimait, devient un adversaire. Au vu du contexte international de l'époque (invasion russe de l'Afghanistan en 1979, boycott américain des JO de Moscou, Solidarnosc bâillonné) et de l'alignement inconditionnel de Mme Thatcher avec Mr Reagan, on comprend que Bond se raidisse (la relation spéciale anglo-britannique n'est plus renversée). L'humeur n'est pas à la joie.

Mais comme pour s'excuser d'avoir cédé à la réalité, les films suivants - jusqu'à Tuer n'est pas Jouer (1987) - vont faire la distinction entre bons et méchants Russes. Le Général Gogol, plus apaisé, tempère le belliciste Général Orlov et ses plans de domination de l'Europe (Octopussy) ainsi que le psychopathe Max Zorin, qui veut détruire Silicon Valley dans Dangereusement Vôtre. Si l'idée d'un tremblement de terre provoqué parait fumeuse (en tout cas un peu moins que l'idée initiale de Dangereusement Vôtre qui était de détourner sur Terre la Comète de Halley), deux films sont à examiner de plus près pour leur pertinence politique :

Le Général Orlov
Le Général Orlov
- Dans Octopussy, le Général Orlov compte faire exploser une bombe atomique sur une base américaine en Allemagne, ce qui apparaîtra comme un "accident" vu qu'aucune trajectoire de missile (russe) ne sera décelée. Dans un contexte pacifiste (les sittings sur les bases américaines en Allemagne, le slogan en vogue de l'époque "Better red than dead"/"Plutôt rouge que mort"), un mouvement populaire général demanderait alors un désarmement unilatéral, se traduisant par le retrait des Euro-missiles (missiles Pershing stationnés en Europe et braquées sur le bloc soviétique)… laissant l'Europe à la merci de l'Armée Rouge (un Orlov hystérique, dans une scène empruntant à Dr Folamour de Kubrick , constate la supériorité numérique des troupes soviétiques en Europe). A notre humble avis, ce plan diabolique est crédible, ou du moins, tient vraiment compte des réalités de l'époque.


Le Général Koskov
Le Général Koskov
- Tuer n'est pas Jouer (premier opus du mal-aimé Timothy Dalton) propose une intrigue modeste d'espionnage, en adéquation avec le retour aux sources littéraires, voulu par l'acteur. 007 lève le voile sur un trafic compliqué d'armes-héroïne-diamants monté par un général russe véreux. Le Méchant se livre à une vraie contorsion idéologique puisqu'il doit traiter avec un marchand d'armes américain et des Moujahidins afghans à qui il achète de l'opium (leur permettant en fait de financer leur combat contre l'occupant soviétique !). Volontairement ou non, l'intrigue rappelle en fait le scandale alors contemporain de l'Irangate, marchandage tout aussi complexe et politiquement incorrect consistant pour les Américains à vendre illégalement des armes à un pays ennemi, l'Iran, en vue de libérer des otages au Liban et de financer la guérilla des Contras au Nicaragua. Le scandale éclata en novembre 1986, au moment où la production de Tuer n'est pas Jouer était avancée. Référence alors ? On notera juste que le personnage du marchand d'armes américain est présenté comme un mercenaire très à droite et belliciste, évoquant quelque peu le colonel Oliver North, le militaire américain le plus impliqué dans le scandale.


Max Zorin et l'inquiétante May Day
Max Zorin et l'inquiétante May Day

A bien y regarder, la distinction entre Méchants et Bons soviétiques n'est pas neutre puisque dans au moins trois films ( Octopussy , Dangereusement Vôtre , Tuer n'est pas Jouer ), le Méchant russe est au final un crypto-capitaliste, corrompu par les valeurs occidentales. Max Zorin, dans Dangereusement Vôtre , est un agent dormant du KGB envoyé en Europe, sous la couverture d'un golden boy arriviste. L'espion voudra ensuite voler de ses propres ailes, se rebellant contre ses supérieurs pour dominer le marché mondial de l'électronique à ses fins personnelles.

En cela, les Bond des années 80 sont visionnaires dans leur manière de signifier la stérilité du modèle communiste, puisque ébranlé de l'intérieur par de petits profiteurs cachés sous le masque d'apparatchik bon teint. A moins qu'il ne s'agit tout simplement de propagande martelant la perméabilité des communistes au modèle consumériste ? Pour aussi faiblard qu'il soit dans l'ensemble, Dangereusement Vôtre est encore un modèle de contorsion idéologique ambiguë, Bond se voyant remettre à la fin du film la plus haute décoration soviétique pour avoir sauvé Silicon Valley, indispensable à la recherche de l'URSS selon les propres termes du chef du KGB. Moyen in extremis d'évoquer une coexistence des deux blocs plus ou moins pacifique, dont l'existence de l'un se nourrit de l'autre (on se définit par rapport à, on espionne l'autre). La pirouette est néanmoins un brin trop discrète pour faire du film un modèle de réconciliation comme L'Espion qui M'Aimait .





A SUIVRE ...


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Filmographie James Bond :

1962 : Docter No – James Bond contre Dr No
1963 : From Russia with Love – Bons Baisers de Russie
1964 : Goldfinger – Goldfinger
1965 : Thunderball – Opération Tonnerre
1967 : You only live Twice – On ne vit que Deux Fois
1969 : On Her Majesty's Secret Service – Au Service Secret de sa Majesté
1971 : Diamonds are Forever – Les Diamants sont Eternels
1973 : Live and Let Die – Vivre et Laisser Mourir
1974 : The Man with the Golden Gun – L'Homme au Pistolet d'Or
1977 : The Spy who Loved Me – L'Espion qui M'Aimait
1979 : Moonraker – Moonraker
1981 : For Your Eyes Only – Rien que Pour Vos Yeux
1983 : Octopussy – Octopussy
1985 : A View To Kill – Dangereusement Vôtre
1987 : The Living Daylights – Tuer n'est pas Jouer
1989 : A Licence to Kill – Permis de Tuer
1995 : GoldenEye – GoldenEye
1997 : Tommorrow Never Dies – Demain ne Meurt Jamais
1999 : The World is not Enough – Le Monde ne Suffit Pas
2002 : Die Another Day – Meurs un Autre Jour
2006 : Casino Royale- Casino Royale

Vendredi 16 Juillet 2004
John Constantine

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